Société / Monde

La Nouvelle-Zélande aussi est confrontée à une paralysie des transports

Temps de lecture : 3 min

La principale compagnie de bus d'Auckland a suspendu 800 chauffeurs grévistes, perturbant les déplacements de milliers de personnes. Cette situation pourrait durer jusqu'à Noël.

Ce n'est pas contre une réforme des retraites que les chauffeurs de bus protestent, mais pour une amélioration de leurs conditions de travail. | Augustine Passilly
Ce n'est pas contre une réforme des retraites que les chauffeurs de bus protestent, mais pour une amélioration de leurs conditions de travail. | Augustine Passilly

L'Île-de-France n'est pas la seule à devoir se passer de transports publics. De l'autre côté de la planète, les chauffeurs d'Auckland ont cessé leur activité samedi 7 décembre, soit deux jours après le début de la grève illimitée entamée par les agent·es de la SNCF et de la RATP. Le parallèle entre ces deux mouvements sociaux s'arrête là.

Dans la plus grande ville de Nouvelle-Zélande, aux quelque 1,6 million d'habitant·es, ce n'est pas contre une réforme des retraites que les employé·es de la compagnie NZ Bus –en charge de plus d'un bus sur trois– protestent. Mais pour une amélioration de leurs actuelles conditions de travail, à savoir une hausse des salaires et une diminution des horaires.

Les chauffeurs grévistes n'ont pas non plus choisi de bloquer la soixantaine de lignes de bus –seul mode de transport en commun de la métropole avec les ferrys– qu'ils conduisent. Ils subissent au contraire la décision de leur employeur qui les a suspendus, arrêtant de fait de les rémunérer jusqu'à nouvel ordre et perturbant les déplacements de milliers de personnes.

Voyages gratuits

«Les syndicats ont annoncé une grève partielle consistant à ne plus faire payer les usagers et ont affirmé que cela pourrait durer jusqu'au 24 décembre. Comme toute entreprise, si nos salariés cessent de collecter des revenus auprès de nos clients, nous n'avons plus les moyens de continuer à fonctionner, indique, navré, Scott Thorne, responsable commercial de la compagnie NZ Bus. D'où la décision de suspendre nos services jusqu'à ce que les chauffeurs acceptent à nouveau de percevoir le prix des transports.»

Durant les cinq jours précédant leur arrêt de travail forcé, la quasi-totalité des 800 conducteurs de cette société ont en effet offert leurs voyages aux Aucklandais·es, habituellement payés à l'unité ou déduits de leur carte d'abonnement rechargeable «At Hop». Un moyen pour eux d'attirer l'attention sur leur sort, après que les deux syndicats qui les représentent, First Union et Tramways Union, ont refusé un nouvel accord collectif prévoyant une valorisation des salaires de seulement 2%.

Des journées de quatorze heures

Cette mésentente a beau prendre un tournant inédit, les chauffeurs aucklandais descendent régulièrement dans les rues depuis 2013, date à laquelle une réforme des transports menée par le gouvernement libéral de l'ancien Premier ministre John Key a accru la concurrence entre les différentes compagnies de bus.

À chaque fois, les grévistes déplorent leurs journées à rallonge. «On nous impose une longue pause non payée au milieu. Ils appellent cela les quarts de travail fractionnés. Cumulé à notre service, cela peut atteindre un total de dix à quatorze heures par jour», précise Matthew Hubble, qui a participé à la manifestation du 9 décembre dans les rues d'Auckland.

Âgé de 27 ans et nouveau dans la profession, ce chauffeur estime qu'il peut, pour l'heure, «tenir le coup» sans salaire. Il demeure toutefois conscient que «le moment choisi [deux semaines avant Noël, ndlr] est regrettable et va avoir un impact majeur sur les employés qui ont des familles à charge».

70.000 usagèr·es concerné·es

Sans être a priori privé·es de revenus, environ 70.000 Aucklandais·es subissent les conséquences de la suspension des lignes quotidiennement empruntées. Grégoire Sieuw, manager de 28 ans, s'est par exemple résolu à troquer son habituel trajet direct pour enchaîner bus –géré par une autre compagnie–, marche de 1,5 kilomètre et train.

La métropole s'étendant sur plus de 1.000 kilomètres carrés (soit dix fois la ville de Paris), certain·es doivent même renoncer à leurs déplacements. Comme Sara Struckman qui a reporté, à une date encore inconnue, deux réunions liées à son activité professionnelle. «Si la grève ne se termine pas, nous devrons probablement louer une deuxième voiture», prévoit cette mère de famille dont le seul véhicule du foyer suffit en temps normal. «Sans être dramatique, ça s'avère très frustrant», déclare cette résidente originaire du Nebraska aux États-Unis.

Agacement partagé par Édouard Tomasini, jeune Français de 22 ans venu étudier l'anglais à Auckland et qui s'inquiète du contrecoup de cette grève sur son budget. «Pour l'instant, mon unique solution consiste à prendre un Uber jusqu'à la gare routière, puis un train ou un bus en service, explique-t-il. Mon école se situe à une heure à pied de chez moi donc pour aller en cours le matin, c'est un peu compliqué. Ou alors il faudrait que je me lève très tôt...»

Libéralisation du marché

Ces perturbations pourraient en tout cas effectivement durer jusqu'à Noël dans la mesure où aucun accord n'a été conclu le 10 décembre, au deuxième jour des négociations entre les syndicats et NZ Bus. Or, si le maire d'Auckland Phil Goff qualifie ce mouvement de «conflit entre les différentes parties à propos d'un accord collectif» dans lequel il refuse d'intervenir, le secrétaire général de First Union Jared Abbott l'impute, lui, à la réforme ayant conduit à la libéralisation du marché depuis six ans.

Un rapport auquel le média néo-zélandais Stuff a eu accès en juillet dernier accuse d'ailleurs ce changement d'être responsable de «la perte importante de parts de marché de l'opérateur historique NZ Bus, [ce qui] a considérablement modifié le paysage des salaires et des conditions de travail des conducteurs». Mais ce constat ne suffit pas à remédier au statu quo qui se révèle, tout comme en France, en la défaveur à la fois des salaires des grévistes et de la mobilité des usagèr·es.

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