Culture

«Mortel», la série française la plus enthousiasmante de 2019

Temps de lecture : 6 min

Malgré quelques légers défauts, on se laisse volontiers séduire par le dynamisme de cette petite pépite cheloue.

Mortel, son lycée et sa salle d'arts plastiques plus vraie que nature. | Capture écran via YouTube
Mortel, son lycée et sa salle d'arts plastiques plus vraie que nature. | Capture écran via YouTube

La fin de l'année approche et c'est le moment de faire le bilan, calmement. On doit dire que 2019 a été un excellent millésime. Bien sûr, il y a eu des déceptions, comme la saison finale bâclée et mal écrite de Game of Thrones, un nouveau chapitre de The Crown assez médiocre ou une deuxième saison de Big Little Lies dont on se serait franchement passées.

Mais l'année écoulée nous a également offert la brillante deuxième saison de Succession, qui nous a rappelé pourquoi on aime tant la télé; Fleabag et son hot priest, qui ont prouvé qu'une saison de série pouvait être vraiment parfaite; et plus récemment Watchmen, qui continue de nous époustoufler semaine après semaine (et dont on vous reparle plus bas). Trois titres qui ont déjà leur place au panthéon des meilleures séries de la décennie et qui dominent une année riche en excellence (mentions aussi à Russian Doll, Better Things, Unbelievable…).

Avec la multiplication des productions et la guerre des plateformes de streaming, on a parfois l'impression de perdre en qualité au profit de la quantité. Ou alors, on peut avoir une interprétation plus optimiste: les meilleures œuvres parviennent toujours à se démarquer de la masse, et le format sériel n'ayant jamais été aussi populaire et attractif, on peut espérer d'autres très belles productions à l'avenir.

Elles sont méchantes, vaines, odieuses, antipathiques, agressives, mauvaises mères, imbues d'elles-mêmes et égoïstes… De Carrie Bradshaw (Sex and The City) à Betty Draper (Mad Men) en passant par Hannah Horvath (Girls), les séries télé regorgent de personnages féminins qu'on aime détester –en grande partie parce qu'elles refusent d'obéir aux règles de la féminité traditionnelle. On vous en parle dans l'épisode 6 de Peak TV, le podcast.

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Le gros plan: «Mortel» (Netflix)

Cette année aura été riche en succès pour les séries françaises: Les Sauvages, L'Effondrement... Mais c'est cette petite pépite cheloue qui nous a le plus charmées. Créée par Frédéric Garcia, Mortel suit les aventures de trois lycéens de banlieue, Sofiane, Victor et Louisa, qui se retrouvent confrontés à un démon vaudou.

Le casting est sans faute: le trio de jeunes acteurs crève l'écran, chaque personnage a de la profondeur (même les brutes du lycée et le démon Obé) et Firmine Richard offre une présence rassurante dans le rôle de Mamie.

Si Mortel nous happe dès son premier épisode, c'est surtout parce qu'elle est incroyablement énergique, rythmée par l'une des meilleures bandes-son de l'année, à base d'électro, de rap français et de vieux tubes nostalgiques («Flamme» de Slaï!). Et c'est sans compter la réalisation dynamique et inventive de Simon Astier et Édouard Salier, qui savent comment tirer le meilleur parti visuel de chaque scène.

En utilisant le registre fantastique pour mieux mettre en exergue le mal-être des ados, Mortel se situe ouvertement dans la lignée de Buffy contre les vampires (avec notamment un personnage qui entend les pensées de ses camarades de classe). Mais on peut aussi lui trouver des points communs avec Misfits, Chronicle ou même Veronica Mars (lorsqu'un harceleur sexuel se retrouve puni dans la cour du lycée).

Bien mieux qu'Elite ou Euphoria, Mortel est un teen show qui réussit à véritablement capturer la façon dont les ados agissent et réfléchissent. La série retranscrit aussi parfaitement les spécificités du lycée français, des tenues des élèves à l'ameublement de la salle d'arts plastiques –même la prof d'anglais est tellement réaliste qu'elle réveillera peut-être de vieux traumatismes chez certain·es. Alors malgré quelques petits défauts, on se laisse volontiers séduire par le dynamisme de cette série qui n'a pas froid aux yeux.

On regarde aussi...

The Marvelous Mrs. Maisel (Amazon) – Tellement sucré qu'on frôle parfois l'indigestion. Sans plus de substance, ce qui était charmant dans la première saison commence à devenir lassant.

The L Word: Generation Q (Canal+) – Tout ne fonctionne pas, mais on s'en fout un peu. On veut juste plus de Bette, d'Alice et de Shane dans nos vies (et les nouvelles ont l'air sympa).

La Foire aux vanités (Arte) – Une adaptation un peu plan-plan qui peine à maintenir notre intérêt éveillé.

Servant (Apple) – Ce thriller aussi léché que divertissant a démarré sur les chapeaux de roues, mais il commence déjà à s'essouffler.

Work in Progress (Canal+) – Une comédie très douce et attachante sur une lesbienne de 45 ans en pleine crise existentielle. On recommande.

Home for Christmas (Netflix) – Une comédie de Noël norvégienne qui tombe parfois dans la facilité mais qui se regarde avec plaisir, notamment grâce à son héroïne pleine de charme.

Truth Be Told (Apple) – C'est confirmé: y a rien de moins intéressant que les séries sur les gens qui font des podcasts.

L'épisode culte: «This Extraordinary Being» («Watchmen», S1E6)

Certes, il est assez incongru qu'on qualifie de «culte» un épisode sorti il y a deux semaines. Mais Watchmen, qui a déboulé sur nos écrans comme une tornade en octobre dernier, ne fait rien comme les autres et mérite déjà sa place dans le panthéon des grandes séries.

Dans ce sixième épisode, l'héroïne Angela avale une boîte entière de cachets de Nostalgia, une pilule qui permet de revivre des souvenirs. Sauf qu'il ne s'agit pas de ses souvenirs à elle mais de ceux de son grand-père Will, désormais centenaire, qui était un policier noir à New York dans les années 1930. En pleine psychose, Angela revit alors une série d'événements violents et racistes vécus par son aïeul.

À l'aide d'une réalisation virtuose en plans-séquences et de la double performance saisissante de Regina King et Jovan Adepo, «This Extraordinary Being» crée une expérience sensorielle foudroyante, où chaque image est chargée de sens.

En mettant en perspective les expériences de Will et Angela, l'épisode offre un commentaire saisissant sur le poids du traumatisme et la manière dont il se transmet de génération en génération. La scène du lynchage, filmée en caméra subjective, force le public à se mettre à la place d'un homme noir victime de racisme.

C'est aussi cet incident qui incite Will à devenir Hooded Justice, le premier justicier masqué de l'histoire –une révélation explosive, puisque l'identité du héros était inconnue dans le comic d'origine et qu'il a toujours été considéré comme blanc.

Damon Lindelof et son coscénariste Cord Jefferson donnent ainsi un nouveau sens à l'œuvre culte d'Alan Moore et Dave Gibbons et réécrivent l'histoire de la pop culture américaine en faisant du premier super-héros un homme noir et queer.

Le crush: Kate Moennig (Shane dans «The L Word»)

Parce qu'elle a éveillé la sexualité de beaucoup de femmes, que même les hétéros ne peuvent pas lui résister et que ça fait quinze ans qu'on attend de la revoir briser des cœurs.

Peak de chaleur: Quand elle sauve la culture lesbienne en rachetant un bar de Los Angeles.

Le courrier des séries

«En prévision du marathon de la Cinémathèque, quels épisodes regarder pour se mettre à Buffy?» – Marie

Pour ne pas vous demander un investissement trop important, on a décidé de s'en tenir à moins de dix épisodes –ça n'a pas été facile et on a un peu triché avec quelques épisodes en deux parties, mais comme c'est nous qui faisons les règles, c'est comme ça.

La première saison de Buffy n'est vraiment pas sa meilleure, mais «Welcome to Sunnydale», le pilote de la série, reste indispensable pour en saisir l'univers et découvrir les personnages. La scène d'ouverture de l'épisode, qui renverse tous les clichés des films de vampires, résume à elle seule toute la subversion et le culot de la série.

Continuez avec «Innocence», un épisode de la saison 2 sur la relation entre Buffy et Angel révélant toute la pesanteur émotionnelle de la création de Joss Whedon.

Poursuivez avec «Becoming», le final en deux parties de la saison 2 et l'un des chapitres les plus tragiques de toute la série.

La troisième saison est quasiment parfaite du début à la fin, mais si on ne devait choisir qu'un épisode, ce serait «The Wish», qui se déroule dans un univers parallèle où Buffy ne serait jamais venue à Sunnydale.

Passez ensuite à «Hush», un épisode terrifiant, presque entièrement muet et qu'on vous recommande de ne pas regarder seul·e chez vous le soir.

«The Body» est sûrement le plus émouvant de toute la série, avec un deuil violent et irréversible qui n'a pour une fois rien de surnaturel.

«The Gift», le centième épisode de Buffy, qui conclut sa cinquième saison, montre tout le potentiel épique de la série.

Enchaînez avec «Once More With Feeling», peut-être le chapitre préféré des fans, un épisode musical où tous les personnages avouent leurs plus lourds secrets en chanson.

Finissez avec «Tabula Rasa», un chef-d'œuvre d'humour et d'émotion comme seule Buffy sait les créer.

Si avec tout ça, vous n'avez pas envie de dévorer la série du début à la fin, on ne peut vraiment pas vous aider.

Ces textes sont parus dans la newsletter bimensuelle Peak TV.

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