Parents & enfants / Santé

«Il me disait que je ferais une mauvaise mère et qu'il se mettrait avec une autre»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Anita, dont la décision de mener à son terme une grossesse imprévue n'a pas été accueillie comme elle l'aurait espéré par son partenaire.

«Il ne fallait pas que je lui parle du bébé et que je le laisse tranquille.» | Mohd Fazlin via Flickr
«Il ne fallait pas que je lui parle du bébé et que je le laisse tranquille.» | Mohd Fazlin via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Pour faire court, j'étais mariée depuis trois ans avec mon ex. Tout allait bien, nous étions partis en voyage en Europe. Nous avions fêté notre anniversaire de mariage à Venise, et il m'avait fait la plus belle déclaration d'amour.

À notre retour, je pensais que l'on était sur la même longueur d'onde. On m'avait assuré que je ne pourrai pas faire d'enfant naturellement. De ce fait, j'étais rassurée de me dire que nous savions où aller ensemble et que le temps venu, nous verrions comment gérer ce problème.

Finalement, petit à petit, tout s'est dégradé. Il est devenu distant et ne rentrait plus. Un jour, un mois après notre voyage, il m'a dit qu'il m'aimait moins qu'avant.

On s'est donc séparés. Cependant, on ne pouvait s'empêcher de dormir ensemble et de continuer à se voir et à s'écrire régulièrement –ce qui le faisait extrêmement souffrir. Finalement, je passais plus de temps avec mon mari qu'auparavant. Il me désirait plus que jamais mais ne voulait pas revenir avec moi.

Un soir arriva ce qui arriva: je ne sais par quel miracle, je suis tombée enceinte. C'était littéralement impossible. Je n'étais pas en période d'ovulation; la trompe qui me restait était bouchée. Bref, un miracle.

Quand je l'ai annoncé, il l'a très mal pris. Il m'a demandé d'avorter. Il m'a même dit: «Je vais m'occuper de toi et te faire un grilled cheese J'ai refusé, bien que je veuille être proche de lui. J'aurais tout fait pour le satisfaire ou être à ses côtés, mais ce bébé, c'était mon miracle, ma chance d'être mère.

J'ai décidé de quitter Montréal et de rentrer en France. Par la suite, je me suis fait harceler par sa sœur, qui me disait que je devais avorter, que j'étais horrible. Lui me disait que je ferais une mauvaise mère, qu'il se mettrait avec une autre et me prendrait mon enfant.

J'ai pensé à avorter pour que ça s'arrête. J'ai finalement réussi à trouver un accord avec lui: il ne fallait pas que je lui parle du bébé et que je le laisse tranquille.

Mais au fil des mois, j'ai senti cet enfant grandir et j'ai voulu que son père fasse partie de sa vie. Je voulais qu'il lui inculque des choses. Je me disais que ce n'est pas possible de ne pas vouloir connaître ce petit être merveilleux.

Je lui ai envoyé plein de messages, sans jamais recevoir de réponse. J'ai appris par des tiers qu'il disait des trucs horribles sur moi et à qui voulait l'entendre que ce n'était pas son enfant.

J'ai finalement eu une réponse. Nous recommençons à nous parler. Mais c'est plutôt lui qui parle de lui-même, et il ne veut rien entendre du petit. Récemment, j'ai appris des détails de sa vie sexuelle, alors que je suis enceinte de lui jusqu'au cou.

Nous avons la relation la plus bizarre du monde.

J'attends de voir la suite.

Anita.

Chère Anita,

Rien n'oblige à ce que cette personne vraisemblablement toxique soit celle qui transmette des choses à votre enfant. En réalité, avez-vous vraiment envie que cet enfant grandisse dans un monde où son géniteur est quelqu'un qui ne respecte pas sa mère et n'a aucune envie de s'impliquer dans son existence?

Je ne suis pas favorable à ce qu'on oblige des gens à être parents «malgré eux». Cette personne vous a permis d'être mère, totalement sans le savoir ou le vouloir. C'est une forme de cadeau involontaire qu'il faut accepter. Maintenant, vous ne lui devez rien –comme lui ne vous doit rien. Vous avez fait le choix, très compréhensible, de devenir mère. Maintenant, vous devez penser à vous et à votre enfant.

Cet enfant ne sera pas sans personne pour lui servir de guide: il a déjà une mère. Je vous souhaite de reformer autour de vous un cercle amical et sentimental qui pourrait bien devenir le terreau d'une enfance heureuse et épanouie, avec des gens qui vous aiment et vous respectent, qui ont fait le choix conscient de vous accompagner et d'accompagner cet enfant. C'est une richesse, vous savez, de pouvoir remplacer un père toxique par des individus bienveillants –amis, amants, soignants.

La violence que vous vous infligez en persistant à garder le contact avec le géniteur semble être la punition inconsciente que vous vous imposez pour avoir changé les règles du jeu en cours de partie. Vous n'avez pas à subir cette agressivité et cette négativité.

Votre maternité miracle mérite même que vous en soyez fière. Laissez les jaloux et les sceptiques cracher leur venin. Vous avez fait un choix courageux et vous allez devenir mère.

La première fois que je suis devenue mère, j'ai souffert des réactions négatives de ce qui avait été pendant des années mon entourage. J'ai été jugée et critiquée. J'ai beaucoup souffert. Je n'étais pas seule, mais je le vivais comme une solitude. J'avais été répudiée. J'étais source de honte et de dégoût. Et puis finalement est arrivée une petite fille merveilleuse pour laquelle j'ai voulu le meilleur.

J'ai mis derrière moi ma vie d'avant, ces gens et leurs critiques. J'ai recréé un cocon pour mon enfant qui s'est, au fur et à mesure des années, agrandi. Le sentiment de honte a disparu quand je suis devenue mère. Je suis devenue fière d'être la mère d'une si formidable petite personne, et rien n'a pu me faire douter ou regretter ça.

Les pères ne sont pas nécessaires au bon développement des enfants; les mères non plus, en réalité. Les enfants ont besoin d'amour, d'écoute et de compréhension. Ils ont besoin de gens présents, en qui avoir confiance.

J'espère que vous saurez mettre derrière vous ce géniteur qui ne vous apporte que de la souffrance et qui n'a donc rien à apporter de positif à votre enfant. Parce que tous les deux, vous méritez de la bienveillance.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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