Boire & manger / Sciences

Digérer l'alcool aurait permis à nos ancêtres singes d'éviter l'extinction

Temps de lecture : 2 min

Une espèce de singe dont nous descendons aurait muté pour pouvoir ingurgiter des fruits fermentés et alcoolisés.

Un fruit bien fermenté peut atteindre un degré d’alcool compris entre 1% et 4%. | Jamie Haughton via Unsplash
Un fruit bien fermenté peut atteindre un degré d’alcool compris entre 1% et 4%. | Jamie Haughton via Unsplash

Nous ne sommes pas là pour vous inciter à aller vider des pintes de bière à la fin de votre journée mais, c'est un fait, nos très lointains ancêtres avaient déjà un penchant pour l'alcool.

Comme le rapporte le nouveau livret intitulé Alcool and Humans: A. Long and Social Affaire des professeur·es Robin Dunbar, de l'Université d'Oxford, et Kim Hockings, de celle d'Exeter, l'évolution d'un singe africain dont nous sommes les descendant·es leur aurait permis il y a environ 10 millions d'années de mieux ingérer l'alcool présent dans les fruits et ainsi de sauver leur espèce.

Cette évolution du métabolisme de nos ancêtres s'est faite sous la contrainte. Poussés par la faim en période de sécheresse et par la concurrence féroce avec d'autres singes, les primates sont descendus des arbres pour manger les fruits trop mûrs, et donc fermentés, qui étaient tombés au sol.

Petit à petit, cet ancêtre que nous partageons également avec les gorilles, les chimpanzés et les bonobos a développé une protéine qui lui permettait de métaboliser l'éthanol, le composé chimique de l'alcool, présent dans ces fruits.

On est loin d'un taux d'alcool équivalant à celui d'une bouteille de vodka ou d'un gin tonic, mais un fruit tombé sur le sol et resté trop longtemps à terre peut tout de même atteindre un degré d'alcool compris entre 1% et 4%, soit une bière blanche assez douce.

Le fruit de trop

Vu leur gabarit, nul doute qu'après deux ou trois mangues bien fermentées ces singes devaient déjà ressentir les effets de l'ivresse. C'est là tout l'intérêt de cette nouvelle caractéristique, comme l'explique le généticien américain Matthew Carrigan: «Dégringoler, ivres, des arbres ou s'assoupir dans un environnement où rodaient les prédateurs leur aurait été fatal.»

Pour éviter pareille mésaventure, cette mutation leur a permis de digérer l'éthanol quarante fois plus vite qu'auparavant, et ainsi d'éviter d'être trop longtemps sous l'emprise de l'alcool. Il s'en est fallu de peu pour que nous devions assumer des gueules de bois d'une centaine d'heures.

Par ailleurs, l'ingestion d'éthanol a eu bien des avantages pour l'évolution de ces primates: elle permet de ralentir le métabolisme, de faciliter la digestion et favorise le stockage des graisses. Notre espèce serait-elle génétiquement prédisposée à être attirée par l'alcool?

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