Santé

«Je souffre mais le corps médical estime que c'est normal»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Camille, dont les règles ont toujours été abondantes et douloureuses.

«Mon gynécologue m'a conseillé de “faire un enfant pour réguler tout ça” et de “manger plus de fer”.» | J Stimp via Flickr
«Mon gynécologue m'a conseillé de “faire un enfant pour réguler tout ça” et de “manger plus de fer”.» | J Stimp via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 24 ans et ça fait près de quinze ans que je suis, comme beaucoup d'autres femmes, littéralement malade tous les mois: j'ai mes règles depuis mes 10 ans.

J'ai beau savoir que les règles sont un phénomène naturel, les miennes sont si abondantes, si douloureuses et elles occasionnent tellement de désagréments que j'ai du mal à les voir comme telles.

Je dois changer mes protections et vider ma cup toutes les deux heures, pendant au moins sept jours. Je prends antalgique sur antalgique et j'évite de bouger. Je suis épuisée, comme si j'avais une terrible crève. Mon corps est extenué, douloureux, au point de ne plus pouvoir dormir la nuit. Je vois bien que c'est anormal –mes proches aussi, d'ailleurs. Je dors sur une serviette pour ne pas tâcher mes draps.

Mon souci est le suivant: ces symptômes n'inquiètent personne. Ni mon médecin, ni ma famille, et surtout pas mon gynécologue, qui aujourd'hui, alors que j'ai anormalement saigné pendant vingt jours, a refusé de m'ausculter et de me fournir un arrêt maladie.

J'ai déjà consulté pour détecter une endométriose, mais il n'y a rien de physique, alors les spécialistes m'ont dit de «faire un effort». Personne n'a cherché à trouver la cause de mes règles hémorragiques. Aucun moyen de contraception n'a pu changer la donne; au contraire, ils ont aggravé les symptômes.

Aux dernières nouvelles, mon gynécologue m'a conseillé de «faire un enfant pour réguler tout ça» et de «manger plus de fer». Moi, j'en suis à me demander si une stérilisation ne vaudrait pas mieux qu'être exsangue tous les mois. C'est mon copain qui fait la gueule, du coup.

Aujourd'hui, je suis épuisée et pourtant, je m'apprête à aller travailler alors que je tiens à peine debout. Je suis révoltée et en colère, et j'aimerais avoir des conseils pour trouver une solution, ou du moins apprendre à mieux vivre avec ça. Je suis aussi blessée, car je souffre mais le corps médical estime que c'est normal.

Camille.

Chère Camille,

Vous avez eu raison de chercher conseil auprès du corps médical, mais on fait rarement la bonne rencontre du premier coup. Si votre douleur et votre mal-être ne sont pas suffisamment pris au sérieux à votre goût (car votre appréciation personnelle est capitale ici), alors il faut essayer de voir d'autres personnes.

Vous pouvez évidemment vous tourner vers les gynécologues, mais aussi vers les médecins généralistes et les sages-femmes (dont les compétences vont bien au-delà du suivi de grossesse). Il existe sur internet des listes tenues par des femmes de professionnel·les de santé ayant un comportement respecteux envers leurs patient·es, quelle que soit leur situation. Une chose est sûre: vous ne devez pas rester seule avec ce problème.

Vous pouvez aussi vous tourner vers Les Flux, qui propose des groupes de parole et divers ateliers de réappropriation de la gynécologie par les femmes cisgenres.

Aujourd'hui, celles-ci sont de plus en plus nombreuses à partager leurs expériences et leur savoir à travers des projets qui vont de la newsletter féministe, comme La newsletter de ma chatte, à la plateforme collaborative, à l'image de Cyclique. Il ne faut pas hésiter à les consulter et à les contacter pour en apprendre plus sur vous-même et sur votre corps.

Vous n'êtes pas seule, Camille. Le tabou des règles est encore bien trop présent dans notre société, malgré les quelques évolutions dont nous avons pu profiter grâce à des personnes engagées.

De mon enfance à aujourd'hui, j'ai vu les femmes de mon entourage souffrir du manque de réponse adaptée aux problématiques de leurs corps. Combien de temps de vie leur a-t-on volé? Je parle du temps qu'elles ont passé à avoir des crampes, des migraines, des règles hémorragiques, des problèmes de santé à cause d'une contraception inadaptée. Combien de temps ai-je perdu moi-même?

Doucement, la parole se libère. C'est un premier pas vers une réelle prise en charge accessible à toutes, j'en suis convaincue. Ne vous résignez jamais. N'acceptez jamais votre sort. Il n'y a pas de fatalité. Je vous souhaite de tout cœur de trouver l'accompagnement que vous méritez.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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