Santé / Sciences

«Je ne veux pas qu'elle devienne une vulgaire ex que je méprise»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Nathan, séparé il y a huit mois de son premier amour, et qui peine à passer à autre chose tant il est attaché à elle.

«L’évocation de son souvenir et de ces trois ans passés ensemble reste toujours aussi vive.» | Per Gosche via Flickr 
«L’évocation de son souvenir et de ces trois ans passés ensemble reste toujours aussi vive.» | Per Gosche via Flickr 

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 26 ans. Il y a huit mois, je me suis séparé de mon ex, qui est mon premier grand amour. Ce furent trois belles années, où nous avons créé tous les deux un petit monde magnifique. Nous étions très compatibles, et avions mille passions et centres d'intérêts.

Nous nous sommes séparés au bout de trois ans d'un commun accord car les modalités de notre couple ne nous convenaient plus. Nous avons habité sûrement trop vite ensemble. Nous avions besoin de plus d'indépendance. J'avais le sentiment de tout le temps passer au second plan, de ne pas être une priorité, de l'attendre.

Elle avait le sentiment d'étouffer et d'avoir trop de comptes à rendre. Il faut également savoir que plusieurs fois durant ces trois ans elle a perdu ma confiance mais je lui ai pardonné, ce qui a entraîné des phases compliquées où je suis parfois tombé dans la paranoïa, et je suis conscient que cela nous a éloignés. La vie à Paris n'était pas toujours heureuse, mais les moments passés à deux, sans interférences extérieures, étaient parfaits. Nos voyages en particulier.

Aujourd'hui, cela fait huit mois que nous sommes séparés et l'évocation de son souvenir et de ces trois ans passés ensemble reste toujours aussi vive.

J'y pense tous les jours et je sais qu'elle aussi. Nous en discutons très souvent. J'essaie inlassablement de passer à autre chose, avec d'autres relations, d'autres rencontres (et je sais qu'elle également), de couper le lien qui nous unit, mais rien n'y fait. Au moindre signe de vie de l'autre, nous replongeons tous les deux dans la tristesse de l'évocation de nos magnifiques souvenirs et de cette manière dont nous nous entendions si bien.

Nous avions évoqué l'idée de nous retrouver peut-être un jour, sûrement par lâcheté mais aussi parce que cela fait un peu de bien au cœur. Mais je sais qu'inévitablement le temps passe et que nous finirons par nous éloigner.

Je suis à la fois heureux et mal à l'aise en pensant à cette idée. On se dit que nous étions jeunes, que nous ne referions pas les mêmes erreurs, et cela pourrait être mieux. Je ne veux pas qu'elle devienne une vulgaire ex que je méprise et dont je ne veux plus recevoir de nouvelles.

Et en même temps, je suis encore jeune, j'ai encore toute la vie devant moi, comme on dit, j'ai un million d'autres belles personnes à découvrir. Je me dis aussi que des gens qui s'aiment vraiment ne se séparent pas, et que quelqu'un qui ne veut plus être un jour avec vous ne mérite pas votre amour.

Vers où aller? C'est si compliqué!

Nathan

Cher Nathan,

Il ne faudrait pas idéaliser ces moments heureux et oublier qu'ils n'existaient qu'à la condition de vivre en autarcie. Vous vous êtes séparé·es pour le mieux, pour elle comme pour vous. Fantasmer sur ces souvenirs pourrait vous pousser à la répétition dans une relation future.

C'est beau de garder des sentiments positifs pour une personne avec qui on a été en couple. Rien ne vous oblige à «mépriser votre ex». Certaines personnes se vautrent dans ce sentiment pour s'éviter de voir l'échec du couple comme le résultat de torts partagés. On jette le bébé avec l'eau du bain.

Mais je crois bien qu'il est tout de même difficile de reconstruire une histoire sur les cendres encore fumantes de la précédente. Non, vous ne referiez peut-être pas les mêmes erreurs (même si ce n'est pas assuré), mais le moindre conflit porterait en lui les ombres de tous les conflits précédents.

Il existe un juste milieu entre l'ex que l'on méprise et celle avec laquelle on rêve de se remettre. Du moins, j'en suis convaincue. Il y a des ex qui peuvent devenir des amies précieuses, parce qu'elles nous connaissent mieux que quiconque et acceptent, par leur amitié, autant nos qualités que les défauts dont elles ont conscience.

Vers où aller? Quand on se pose cette question, je suis toujours sûre que la meilleure réponse est: à l'aventure. Si vos liens sont aussi forts que vous semblez le décrire, vous ne perdrez rien à vous donner le temps de vous focaliser sur vous et peut-être sur quelqu'un d'autre. Vous ne voyez qu'elle. C'est le moment idéal pour faire votre introspection. Que ce soit pour elle ou pour une autre, vous avez besoin de travailler sur les sentiments qui ont conduit votre relation à sa perte. Apprenez à être seul, pour pouvoir à l'avenir accepter que l'autre puisse avoir également besoin de temps pour elle.

Pour l'instant, pour elle comme pour vous, votre histoire est comme un doudou. Vous ne voyez que les bons moments et les qualités quand il semble qu'en trois ans seulement vous avez aussi partagé bon nombre d'épreuves, de conflits et de doutes. L'un et l'autre vous chérissez les moments joyeux pour pouvoir vous dire que, quoiqu'il arrive, vous ne finirez pas seul·e.

Il y a d'autres personnes en ce bas monde. D'autres gens avec qui vous partagerez d'autres passions, d'autres moments doux ou passionnés. D'autres personnes avec lesquelles le beau ne sera pas abîmé par des difficultés. De ça, je suis convaincue. Les personnes que vous rencontrez aujourd'hui, dans ces conditions, ne trouveront jamais totalement grâce à vos yeux parce que vous les comparez à un fantôme qui n'existe pas.

Il existe plusieurs manières de se détacher de ce fantôme. Mettre de la distance entre vous, physiquement et émotionnellement, peut être une solution. Vous faire accompagner par un·e professionnel·le en est une autre. Pour l'instant vous servez tous les deux de béquille à l'autre, avec une relation intermédiaire qui ne porte même pas de nom. Huit mois après la rupture, phase qu'on peut assimiler à un moment de deuil, vous avez besoin de prendre une décision. Soit vous vous remettez réellement ensemble et vous faites, avec un conseiller conjugal, le travail nécessaire pour vous donner l'opportunité de construire une relation solide. Soit vous prenez votre indépendance, physiquement et intellectuellement, et vous vous éloignez. Rien n'empêchera que, par la suite, vous repreniez contact.

Vous avez un choix à faire, Nathan. Mais regardez d'abord avec honnêteté et sincérité l'histoire que vous regrettez tant. Même dans vos mots, je vois des éléments qui méritent d'être réfléchis. Et je crois, au fond de moi, que vous ne pourrez, à l'avenir, qu'être plus heureux.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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