Monde / Culture

Le soft power chinois n'est pas celui auquel vous pensez

Temps de lecture : 14 min

Pour imposer une alternative idéologique à l'Occident, l'empire du Milieu déploie tous azimuts une politique étrangère protéiforme.

Un dragon-volant, lors d'une compétition à Qingdao, en Chine, le 6 avril 2019. | STR / AFP
Un dragon-volant, lors d'une compétition à Qingdao, en Chine, le 6 avril 2019. | STR / AFP

Lors de sa visite en Chine fin novembre, le président Emmanuel Macron n'a pas soufflé un mot sur les Ouïghours, mais n'a certes pas manqué d'emmener dans sa délégation le directeur du zoo de Beauval, afin de demander à son homologue chinois une rallonge de dix ans concernant l'accueil de Rondouillard et Joyeuse, deux pandas géants prêtés à la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Entre-temps, un petit nouveau était arrivé en août 2017, baptisé Yuan Meng («réalisation d'un rêve»), et dont la marraine n'est autre que Brigitte Macron. Ces transactions d'ursidés face caméra ont un nom: la «diplomatie du panda».

Vieille de quatorze siècles et revivifiée sous Mao Zedong, elle consiste à offrir des pandas géants à certain·es dignitaires étrangèr·es avant d'entamer des négociations diplomatiques –façon symbolique d'afficher une bonne entente préalable des deux partis. Mais l'avantage est ici à celui qui donne: la Chine, soucieuse d'améliorer son image à l'international, utilise les pandas comme émissaires privilégiés de sa politique de soft powerce que l'on traduit habituellement par «pouvoir de convaincre».

Il s'agit de séduire pour étendre son influence politique et économique. Le concept a été développé par Joseph Nye en 1990 dans son livre Bound to Lead: The Changing Nature of American Power («Appelé à dominer: La nature changeante du pouvoir américain»): «Qu'est-ce que le soft power? C'est la capacité à obtenir tout ce que vous voulez grâce à la séduction plutôt que grâce à la coercition ou à l'argent. Il naît de l'attractivité de la culture d'un pays, de ses idéaux politiques et de ses politiques.»

L'exemple le plus efficace est le fantasme du rêve américain, qui a infusé la culture populaire à l'échelle mondiale, et remodelé nos habitudes aussi bien que nos cadres de représentations: d'abord, le rock'n'roll, les blue jeans, les comics, les westerns et les chewing-gums… ensuite, la démocratie et le libéralisme économique. Le soft power produit du mimétisme. Les industries culturelles américaines s'exportent aisément hors même de l'Occident, et l'essentiel du modèle idéologique des États-Unis avec elles.

Opération séduction

En regard, l'influence de la République populaire de Chine (RPC) sur notre quotidien semble bien timorée. En 2007, lors du dix-septième congrès du Parti communiste chinois (PCC), l'ancien président Hu Jintao avait formulé pour la première fois l'objectif de développer une politique culturelle de soft power. Une façon de renforcer la cohésion nationale, et de faire reconnaître le pays à l'international comme une grande puissance, tout en réformant l'image de la «Chine menaçante» qui lui collait à la peau.

Tout un marketing national s'est ainsi construit autour d'une culture chinoise qui serait d'abord rattachée aux traditions et à un folklore pointant vers l'idée d'une culture millénaire: c'est l'image d'une Chine éternelle, qui brasse et mélange allégrement les clichés des empereurs, de Confucius, du sage à moustaches devant son temple, sa pagode ou sa théière, du Yin et du Yang, des raviolis, du kung-fu ou encore des feux d'artifice du nouvel an chinois –le cochon en 2019, le rat pour 2020... Bref, une image d'Épinal –ou de Pékin– volontiers orientaliste.

Défilé de la communauté chinoise parisienne à l'occasion du Nouvel an chinois de 2002, placé sous le signe du cheval, dans le XIIIe arrondissement de Paris. | Pierre Verdy / AFP

«La Chine est un gigantesque pays, avec une histoire très longue, et de nombreuses nuances culturelles, mais Pékin contrôle absolument tout, et vient aseptiser l'ensemble. On sort du réel, c'est un discours à destination des masses, sans aucune nuance ni porosité possible. Cela tient à la nature autoritaire du régime, puisque les organes officiels contrôlent tout ça, et que la société chinoise a déjà intériorisé la propagande», explique Emmanuel Véron, directeur scientifique de la Société de géographie, spécialisé dans la géopolitique de la Chine contemporaine.

La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 est éloquente à cet égard. Chorégraphiée par le cinéaste Zhang Yimou (le réalisateur du Secret des poignards volants), ayant remplacé Steven Spielberg qui avait démissionné pour protester contre l'implication de la Chine dans la guerre civile au Darfour, elle constituait une véritable démonstration de force:

«C'était un spectacle digne d'une mise en scène hollywoodienne, dont l'objectif était de représenter 5.000 ans d'histoire de la Chine dans les cinquante premières minutes. Ce qui est intéressant c'est de voir où se trouvent les coupes consenties dans cette histoire plurimillénaire: ni la tradition post-impériale, ni la période socialiste, ni l'étape postcoloniale n'ont été présentées. Étaient mis en avant les éléments consensuels de l'histoire chinoise: l'unification des Trois Royaumes, les grandes inventions, les arts martiaux, la fleur de lotus, le tambour rouge, le dragon, l'opéra chinois etc.», relève Nashidil Rouiaï, docteure en géographie, spécialiste du soft power chinois. Avec ses 14.000 figurant·es parfaitement synchronisé·es, dont plus de la moitié étaient des soldat·es de l'Armée populaire de libération (APL), l'objectif était de «mettre en avant la dimension holiste de la société chinoise», poursuit Rouiaï.

Des performeurs lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, au Stade national, le 8 août 2008. | William West / AFP

De fait, le soft power chinois passe par un effort de dépolitisation –apparente– de la culture, visant à promouvoir une image qui n'a finalement presque aucun lien avec la Chine contemporaine, et encore moins avec le régime actuel. Cela va pourtant à contre-courant de tout le discours national produit par le Parti sur la modernisation fulgurante de la Chine, qui revendique un leadership sur les techniques de pointe.

«C'est tout le paradoxe de la stratégie de soft power de la Chine: en interne, on met en avant le développement extraordinaire du pays, mais à l'étranger, on n'a pas envie d'avoir cette image d'hyperpuissance», remarque Selma Mihoubi, doctorante en géopolitique à la Sorbonne.

Hollywood et les films de sabres

En matière d'industries culturelles, c'est surtout à travers le cinéma que la Chine tire son épingle du jeu. Si les cols Mao n'ont pas rencontré un succès fou dans la fashion sphère, pas plus que la C-pop sur les ondes (elle reste la cousine malheureuse des boys band et girls group coréens et japonais), les «films de sabre» ont su conquérir un large public international, notamment occidental. Sorti en 2000, le film Tigre et Dragon, de Ang Lee, a propulsé sur le devant de la scène le genre cinématographique des wu xia pian (soit «film de chevalier errant»):

«La qualité esthétique, le traitement de l'image proche des grands succès hollywoodiens, la rigueur scénaristique, la vive tension dramatique et le casting du film, ont permis à ce wu xia pian, cette épopée historique made in China, issue d'un genre jadis réservé aux critiques et à quelques aficionados, d'accéder au marché global et à un public plus large», explique Nashidil Rouiaï. À ce jour, Tigre et Dragon reste le film non anglophone ayant engrangé les plus grosses recettes de l'histoire du cinéma aux États-Unis (130 millions de dollars sur un total de 214 millions).

Jackie Chan lors de la promotion de son centième film, La Révolution Xinhai, réalisé pour le 100e anniversaire de la Révolution chinoise de 1911, à Tokyo, le 21 octobre 2011. | Toshifumi Kitamura / AFP

À cela s'ajoute le développement au galop de l'industrie cinématographique chinoise. Forte d'un box-office qui rivalise avec celui des États-Unis, la Chine représente un marché colossal, qui attire naturellement la convoitise des sociétés de production internationales. Or la Chine protège son industrie en limitant chaque année à trente-quatre le nombre de films étrangers autorisés à être distribués sur son territoire –sous réserve de plaire à la très sourcilleuse National Radio and Television Administration (NRTA). Le seul moyen de contourner ce quota est d'obtenir un statut de coproduction. «Ma théorie est qu'aujourd'hui, en termes cinématographiques, Hollywood est le plus grand promoteur du soft power chinois», affirme Rouiaï.

C'est que les critères d'obtention du statut de coproduction conditionnent en partie les représentations qui seront données de la Chine: le tournage doit partiellement avoir lieu sur le sol chinois, le film doit présenter au moins un acteur et personnage chinois, être produit par une ou plusieurs compagnies chinoises… «Si bien que les coproductions avec la Chine ne peuvent montrer un visage du pays qui déplairait aux autorités, ajoute Rouiaï. C'est selon moi la plus grande réussite culturelle de la stratégie d'influence chinoise, et une sorte de révolution en termes de soft power.» C'est le cas de films comme Transformers: L'âge de l'extinction, X-Men: Days of Future Past, ou encore Iron Man 3, gros succès mondiaux qui présentent à leur avantage des personnages chinois, quitte à réécrire certains rôles de l'univers Marvel pour passer la sélection.

«Lorsqu'une scène se déroule en Chine (comme dans Dark Knight ou Mission Impossible 3), les films hollywoodiens véhiculent des représentations peu variées du territoire chinois: ils sont généralement tournés dans des métropoles comme Shanghai ou Hong Kong, et majoritairement au sein des quartiers financiers, en ajoutant une touche d'exotisme dans un quartier plus populaire afin de justifier le déplacement visuel et scénaristique loin des métropoles de référence. La Chine devient moins lointaine, la familiarité prend le pas sur l'étrangeté, et Hollywood devient dès lors un acteur de poids du soft power chinois», explique Rouiaï.

Rhétorique tiers-mondiste

De l'autre côté de l'écran, les élites dirigeantes chinoises cherchent toujours à définir une nouvelle image de la Chine, susceptible de faire le lien entre politique intérieure et extérieure. L'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 a en quelque sorte galvanisé l'opinion locale, notamment à travers l'idée nationaliste du «rêve chinois», qui a donné le slogan de son mandat.

Formule creuse, directement calquée sur le rêve américain, elle va de pair avec une stratégie qui consiste à contrôler le roman national de la Chine. Celle-ci a été principalement inspirée par le très écouté Wang Huning (actuellement Premier secrétaire et membre du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois), qui depuis le milieu des années 1990 a été l'architecte des lignes politiques des trois derniers dirigeants chinois.

Message patriotique à destination des Chinois·es d'abord, dans l'idée que le pays serait susceptible de devenir la première puissance mondiale, le rêve chinois a également une vocation de rayonnement à l'international, comme outil de politique étrangère. Il s'agit en somme de proposer une alternative idéologique au modèle des démocraties libérales soutenu par l'Occident. Selon Salma Mihoubi, le soft power chinois relève en grande partie d'une rhétorique tiers-mondiste, adressée en priorité aux pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, et de l'Afrique subsaharienne, dans le sillon historique de la conférence de Bandung et du mouvement des non-alignés:

«La Chine cherche absolument à se démarquer du modèle américain. La plupart de ses alliés diplomatiques sont des pays en développement, toute sa rhétorique est donc basée sur le fait qu'elle est elle-même une puissance encore en développement, à même de comprendre leurs besoins», poursuit Mihoubi.

Initialement, soft power et hard power se complètent; en Chine, ils tendent à se mélanger –ainsi de la diplomatie du panda, qui donne à voir du hard power sous l'apparence du soft power. En perte de vitesse faute de substance, le rêve chinois a progressivement passé le relais au projet colossal de la «nouvelle route de la soie». Celui-ci vise à mettre en place, par voie terrestre et maritime, une sorte de ceinture commerciale (on parle aussi de «Belt and Road initiative») permettant essentiellement de diversifier ses approvisionnements énergétiques, d'accéder aux marchés européens et de développer l'activité chinoise en Afrique.

Si le projet se présente aujourd'hui comme une initiative commerciale globale chapeautée par l'État chinois, il a d'abord été initié par un travail de lobbying intense de la part des grands groupes industriels chinois paraétatiques. «Les industriels produisent tellement qu'ils n'arrivent plus à écouler leur production en Chine, ils ont donc cherché à sortir du territoire pour exporter leur surcapacité. Il y a eu un rapport de force et des discussions confidentielles pour que cela serve en matière de marketing politique la gouvernance Xi Jinping», estime Emmanuel Véron.

Mais la nouvelle route de la soie est surtout un levier majeur de l'influence chinoise. Pour Nashidil Rouiaï, «Pékin souhaite notamment que l'aide au développement des États limitrophes (Afghanistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan), permette de réduire l'instabilité aux frontières et à l'intérieur du pays, d'étendre son influence face à l'acteur historique russe, et de s'affirmer comme un élément stabilisateur des relations internationales. La portée du volet international du projet est quant à elle largement symbolique. Le coût d'une route ferroviaire entre la Chine et l'Europe est plus élevé qu'une liaison maritime et moins rapide qu'une ligne aérienne. Derrière l'enjeu économique se cache un enjeu diplomatique et d'influence. Il s'agit pour Pékin d'accroître son influence sur des pays qui sont ses marchés d'exportation et d'imposer sa vision de la mondialisation face aux discours protectionnistes de l'administration américaine notamment».

Promouvoir la langue

La propagande chinoise a suivi le trajet de la nouvelle route de la soie. La langue est évidemment l'un des éléments clefs du rayonnement chinois à l'international. En 2004, l'Institut Confucius, équivalent chinois de l'Alliance française, du British Council ou du Goethe-Institut, naissait sous la tutelle du Hanban (le Bureau national pour l'enseignement du chinois langue étrangère, rattaché au ministère de l'Éducation). Aujourd'hui, on compte déjà 548 Instituts Confucius, implantés dans 154 pays différents, qui touchent à travers leurs activités pas moins de 2,7 millions d'inscrit·es. Pour comparaison, 491.000 personnes sont inscrites à l'Alliance française.

Ces instituts sont les relais d'un discours policé et contrôlé, qui s'est d'abord développé dans les pays asiatiques, dans le cadre d'une «diplomatie du pourtour» amorcée depuis la fin des années 1980 –le premier institut a ouvert à Séoul, en Corée du Sud. Des cours de langue aux ateliers de cuisine en passant par la calligraphie, les Instituts Confucius présentent une culture chinoise dépolitisée, qui évacue les questions contemporaines potentiellement explosives, comme le statut de Taïwan, le Tibet, ou la situation à Hong Kong.

Des tentatives de jumelage entre Instituts Confucius et universités à l'étranger ont souvent fait l'objet de vives critiques de la part d'universitaires, qui mettent en garde contre les dérives de l'ingérence et de la propagande souriante proposée par les Instituts Confucius. «Au niveau européen, les institutions et les politiques sont de moins en moins naïfs vis-à-vis des façons de faire chinoises. Le système global chinois communiste est remis en cause ponctuellement et l'opinion n'est pas très favorable. Mais, en même temps, un nouvel Institut Confucius a ouvert cet été à Orléans», déplore Emmanuel Véron.

C'est en Asie-Pacifique et en Afrique que cette imprégnation culturelle fonctionne le mieux. Dans certains pays d'Afrique de l'Ouest, des cours d'arts martiaux chinois se sont largement développés, notamment par le biais des Instituts Confucius:

«Au Sénégal, le sport national était la lutte traditionnelle. Les Chinois ont senti qu'il y avait quelque chose à faire à ce niveau-là, et ont essayé de faire une infiltration culturelle. Certains arts martiaux sont progressivement devenus très populaires: beaucoup de clubs se sont ouverts, avec de plus en plus d'inscrits. Au début, les clubs étaient ouverts par des Chinois, ensuite par des Sénégalais», relate Selma Mihoubi. On estime aujourd'hui que près de 20.000 Sénégalais·es pratiquent le kung-fu, dont plus de la moitié dans des dojos affiliés à la Fédération nationale. Il faut pourtant relativiser l'impact de ces politiques de diplomatie culturelle, qui peinent à toucher les masses.

Des élèves de kung-fu malawiens présentent un spectacle de danse à Hong Kong, le 5 janvier 2012. | Aaron Tam / AFP

Investir les titres de presse étrangère

Le terrain médiatique est l'un des lieux privilégiés de la stratégie de diffusion chinoise. L'agence de presse nationale Xinhua (littéralement Chine nouvelle), directement commandée par Pékin, dispose de moyens colossaux pour produire de l'information sur-mesure –le plus souvent, des communiqués du Parti communiste chinois.

«Contrairement à l'AFP en France, Xinhua diffuse ses dépêches gratuitement, tout comme la majorité des médias chinois, qui sont des relais politiques», explique Mihoubi, qui pointe la reprise massive de ces dépêches en Afrique: «La Chine cherche surtout à faire un matraquage de ses postures diplomatiques, et à faire en sorte qu'elles soient reprises par des médias ou des hommes politiques locaux.»

Un panneau publicitaire géant pour l'agence de presse Xinhua, à Times Square, à New York, aux États-Unis, en 2011. | Stan Honda / AFP

La République populaire de Chine parvient à pénétrer les sphères médiatiques internationales en investissant dans des groupes de médias à l'étranger, afin de contrôler en partie ce qui est dit ou diffusé à propos du pays. Cette stratégie s'est affinée à partir de 2007, à la suite du dix-septième congrès du Parti, qui a amené à se concentrer sur le continent africain. En 2015, Radio Chine Internationale installait un nouveau siège à Dakar, doté d'équipements de pointe et dépassant de loin tous les autres organes de presse étrangère implantés au Sénégal concernant les infrastructures.

«La Chine se démarque de beaucoup de médias occidentaux. Elle pratique énormément le “journalisme positif”, qui consiste à traiter d'un sujet de société quelconque et à présenter les choses de manière optimiste: on va faire le portrait d'une femme d'affaires qui a réussi, mais on ne va pas parler de la guerre ou de la corruption. Le fait qu'il y ait un discours alternatif sur l'Afrique plaît», poursuit Mihoubi, qui travaille notamment sur la stratégie d'implantation des médias chinois à l'étranger.

Mais tout le soft power déployé dans les pays d'Afrique ne compense pas les difficultés concrètes posées par les projets chinois menés sur place (surendettement des nations, catastrophes écologiques, etc.), lesquelles attisent le ressentiment des populations locales.

Sinophobie et «big brotherisation»

Par ailleurs, le soft power chinois peine à lutter contre l'image d'une Chine moderne à la technologie effrayante. Selon Nashidil Rouiaï, «il existe bel et bien toujours une méfiance vis-à-vis de la Chine, qui aujourd'hui se manifeste particulièrement à travers la technologie chinoise et le spectre de Big Brother». Si la sinophobie s'était auparavant fondée sur l'immigration massive des travailleurs chinois, notamment aux États-Unis, la récente remontée économique de la Chine a revivifié l'imaginaire du péril jaune en Occident.

Alors que la Chine se place désormais à la pointe des techniques de reconnaissance faciale, des systèmes de surveillance et de notation tels que les crédits sociaux, elle apparaît vis-à-vis de l'Occident aussi bien comme un modèle de réussite que comme un repoussoir, la critique s'attachant surtout à la nature autoritaire de son régime.

Les systèmes de notation et la multiplication des caméras dans les lieux publics sont pourtant une donnée commune aux puissances chinoise et occidentales. Le credit scoring, ou «évaluation des risques-clients», s'est développé aux États-Unis bien avant d'arriver en Chine, afin d'évaluer les profils financiers des particuliers auprès des banques, et d'ajuster en fonction les services offerts. L'essor actuel mondial des dispositifs de contrôle contribue toutefois à normaliser les choix politiques chinois: la différence est de degré et non pas de nature.

Plus récemment encore, on voit que la Chine s'applique à développer ses talents techniques sur le plan des réseaux sociaux. Alors que WeChat touchait principalement un public asiatique, une application comme TikTok a fraîchement explosé les scores de téléchargements mondiaux, dépassant le milliard.

Très populaire chez les jeunes, elle reprend en partie le modèle d'applis comme Instagram ou Snapchat. Si elle n'est pas nécessairement identifiée comme un produit chinois par celles et ceux qui l'utilisent, elle vient rivaliser avec les produits américains qui revendiquaient jusqu'alors le monopole des réseaux sociaux. «C'est bien là le propre du soft power. Il s'agit d'influencer les opinions publiques, sans qu'elles en soient conscientes», remarque Mihoubi.

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