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On ne va peut-être plus s'ennuyer en regardant la F1

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 14.03.2010 à 9 h 23

Le Grand Prix de Bahreïn lance dimanche 14 mars une nouvelle saison de Formule 1.

Longtemps j'ai siesté de bonne heure, devant une course de F1. Mis à part les éléments extra sportifs qui faisaient la une des médias, il n'y avait pas grand-chose d'intéressant à se mettre sous la dent. Il était beaucoup plus amusant de chercher les photos controversées sur les pratiques sexuelles de Max Mosley que de voir Brawn GP rafler presque tous les grands prix. Et quand c'est Red Bull qui a repris le flambeau en fin de saison, il valait encore mieux suivre de près les gestes de Flavio Briatore, au cas où il n'y aurait pas quelques tricheries, que de s'extasier devant la nième victoire de Vettel. Sans parler de l'ère Schumacher où un petit accrochage ou une sortie de piste étaient le summum du drame automobile.

Mais, heureusement, la 61e saison de F1 pourrait offrir à nouveau un spectacle digne des heures glorieuses du sport automobile quand l'Argentin Juan Manuel Fangio, l'Ecossais Jim Clark, l'Autrichien Niki Lauda, le Français Alain Prost ou le Brésilien Ayrton Senna remportaient des victoires et des titres à l'arraché après de multiples rebondissements et péripéties. Depuis, la F1 est devenue soporifique. La Fédération Internationale de l'Automobile (FIA) semble avoir enfin décidé que la F1 cesserait d'être le sport le plus assoupissant de la télévision. Avec le curling peut-être, mais celui-ci est nettement moins cher...

11 titres sur 12

Cela fait des années qu'elle s'y essaie, avec une réussite toute relative, en inventant de nouveaux concepts qui attirent le public. On a ainsi vu naître les premiers grand prix nocturnes ou l'apparition de l'énigmatique KERS. Une bonne idée en ce qui concerne les premiers et un échec total pour l'incompréhensible système de récupération d'énergie qui va disparaitre des monoplaces cette année. Ces décisions se sont avérées plutôt contreproductives. Ainsi la permission donnée à Brawn GP d'utiliser un aileron révolutionnaire avait surement comme finalité première de réduire les différences entre les grosses écuries historiques et les nouvelles petites équipes. Le résultat a été la domination barbante de Jenson Button.

Mais il semble bien que cette année (Barhein, ce dimanche) les circonstances du hasard et quelques bonnes décisions peuvent permettre aux spectateurs de vibrer à nouveau avec la Formule 1. Avec le retour de Michael Schumacher, sept fois couronné, on retrouvera quatre champions du monde (totalisant 11 des 12 derniers titres à eux seuls) dans les paddocks.

Un fait unique dans l'histoire de la Formule 1 qui ne peut que rendre plus attractive la discipline. Si l'on sait que, lors des séances d'essais à Barcelone, huit pilotes s'étaient retrouvés avec un écart de moins d'une seconde, on imagine que la concurrence sera féroce et que le public pourrait se régaler.

L'autre grande nouvelle de cette intersaison a été l'arrivée de Fernando Alonso chez Ferrari. Le double champion du monde espagnol fera équipe avec le brésilien Felipe Massa qui s'est récupéré du grave accident qu'il a eu l'année dernière. Le résultat? Une drôle de configuration nationale en ce qui concerne trois des plus grosses équipes du circuit.

Démocratiser la F1

D'un côté la tradition britannique de McLaren, avec Button et Hamilton, de l'autre le savoir-faire allemand, avec Schumacher et Rosberg, et la fougue latine, avec Alonso et Massa. Quand on connait les tentations nationalistes de la presse spécialisée européenne (surtout anglaise et espagnole), on attend avec impatience les grands titres des journaux après chaque grand prix. Sans oublier l'importance qu'a, en F1, une bonne entente entre les deux pilotes d'une même équipe. Or on se souvient d'un échange musclé entre Massa et Alonso à la fin du grand prix d'Europe en 2007 et on connait le caractère de Lewis Hamilton. En attendant aussi de voir la manière dont Schumacher pourrait gérer des meilleurs résultats de son coéquipier, Nico Rosberg. Tout cela promet bien des étincelles.

Dans sa volonté de «démocratiser» la Formule 1, en réduisant les couts, la FIA a tenté de favoriser l'arrivée de nouvelles écuries. Ce fut le cas avec Force India en 2009. Mais aussi, il y a quelques années, avec Red Bull dont les brillants résultats actuels semblent donner raison aux dirigeants. Après plusieurs mois de cafouillages et de spéculations, cette année se sont finalement deux nouvelles équipes qui arriveront sur les circuits. Il s'agit de Hispania et Virgin Racing. La première avec dans ses rangs Bruno Senna, neveu du mythique Ayrton Senna, et sans avoir fait un seul tour d'essai en piste ! Il reste à espérer que l'expérience de Senna soit moins désastreuse et mouvementée que celle de Nelsinho Piquet, un autre fils de...

Et pour finir de pimenter le tout, la FIA a décidé, comme chaque saison, de revoir son règlement. Seize ans après leur retour en F1, les arrêts pour remplir d'essence les monoplaces disparaissent. Cela va faire varier considérablement les stratégies de course. Finies les spéculations sur le tour de ravitaillement ou la quantité d'essence en qualification. Car la lutte pour la pole position a aussi changé. Cette année tout le monde disputera la Q1, Q2 et Q3 aussi vide que possible car on pourra remplir à nouveau les réservoirs pour la course.

Nouvelles règles, nouveaux défis

Il n'en va pas de même pour les pneus, qui seront les mêmes que ceux de la dernière séance de qualification et que les pilotes devront changer lors d'un arrêt au stand. Il est toujours obligatoire d'utiliser les durs et les mous au moins une fois pendant la course. Toutes ces petites révolutions pourraient provoquer quelques situations surréalistes et même des stratégies suicidaires. «On peut voir des tactiques incroyables, des gens qui s'arrêtent au premier ou au deuxième tour, changent les pneus et finissent la course comme ça», explique Jenson Button.

Car, pour faire une course sans ravitailler, les ingénieurs des différentes équipes ont du trouver la meilleure manière d'intégrer un réservoir qui pèse désormais près de 200 kilos. Cela a un impact énorme sur l'aérodynamique des voitures et la répartition des poids. D'autant plus que la différence entre le début et la fin de la course augmente aussi. Les pilotes commenceront avec des bolides de près de 850 kilos et finiront le grand prix avec des voitures de 650.

D'où l'importance des réglages le samedi (on ne peut pas toucher aux monoplaces après la séance de qualification) et le choix des pneumatiques. Des variables qui prennent une importance considérable et qui remettent le style de pilotage au cœur de toutes les préoccupations. Un pilote plus doux (comme Button ou Alonso) usera beaucoup moins ses pneus et exigera moins d'une voiture qui évolue tout au long de la course qu'un pilote agressif (comme Hamilton).

Si avec ça, ça ne marche pas...

La FIA a également changé le barème traditionnel (10 points, 8, 6, 5, 4, 3, 2, 1). Place à la course pour la victoire avec une plus grande différence entre le premier et le second ou le second et le troisième. Les nouveau points se répartiront ainsi : 25 points, 18, 15, 12, 10, 8, 6, 4, 2, 1.

Difficile dans ces conditions de faire un pronostic sur les favoris au titre de champion du monde. Mais ce qui est sûr c'est que, cette année, tout a été fait pour la Formule 1 ne soit pas le programme à voir pour faire la sieste. Duels historiques, retour du grand champion, tactiques révolutionnaires, nouveaux circuits... Pour la première fois depuis longtemps, la F1 pourrait davantage ressembler à un épisode plein de rebondissements et de trahisons comme Les Feux de l'Amour qu'à une paisible partie de curling.

Aurélien Le Genissel

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Image de Une:  La Ferrari de Felipe Massa, lors des qualifications de Barhein. REUTERS/Yannis Behraki

Aurélien Le Genissel
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