Boire & manger / Santé

La production de tofu pose un problème écologique et sanitaire

Temps de lecture : 2 min

Brûler des plastiques pour produire cet aliment est loin d'être un modèle sain.

Le tofu, c'est cette pâte blanche issue du caillage de lait de soja. | allybally4b via Pixabay
Le tofu, c'est cette pâte blanche issue du caillage de lait de soja. | allybally4b via Pixabay

Le tofu, produit issu du soja et venu de Chine, est adulé par les végétarien·nes pour sa teneur en protéines. Mais avant de devenir cette pâte blanche, le tofu provient du lait de soja qui va être chauffé, filtré et coagulé en plaques, elles-mêmes découpées et pasteurisées. Cette étape de combustion pose aujourd'hui un sérieux problème environnemental, au-delà de la question alimentaire.

De nombreux petits producteurs de tofu indonésiens brûlent un mélange de résidus de déchets papiers et plastiques pour réaliser cette étape. La combustion dégage d'épais nuages de fumée et recouvre le sol d'un tapis de cendres, comme on peut par exemple le voir à Tropodo, un village de l'est de Java, la principale île indonésienne.

Un rapport provenant de l'alliance de quatre groupes environnementaux (Ecoton et la fondation Nexus 3 basées en Indonésie, Arnika basé à Prague et le réseau international d'élimination de la pollution) a relevé la présence de produits chimiques dangereux dans les œufs pondus par les poules du village. Parmi ces produits figurent les dioxines, des molécules connues pour favoriser les cancers, les malformations à la naissance ainsi que la maladie de Parkinson.

Le taux de dioxines présent dans un des œufs a été enregistré comme le plus fort jamais trouvé en Asie, après celui d'un œuf récupéré près de Bien Hoa, la base de l'armée américaine durant la guerre du Vietnam.

L'économie avant l'environnement

Au point de départ de cette pollution, on retrouve en grande partie les États-Unis, qui envoient leur déchets papiers vers des pays asiatiques pour qu'ils y soient traités. Il y a deux ans, la Chine a cessé ce type d'importations et le marché s'est largement reporté sur l'Indonésie. À l'est de Java, onze papeteries situées dans la seconde plus grande ville du pays, Surabaya, importent des déchets pour les recycler. Mais ce qui pose problème, c'est la négligence sans doute loin d'être anodine des pays exportateurs. Il n'est pas rare de retrouver dans un chargement de papiers à recycler jusqu'à 50% de plastiques, une matière impossible à traiter pour les papeteries.

Les déchets restants sont envoyés à Bangun, un village dont une grande partie des 2.400 habitant·es travaillent sur des montagnes de détritus de plusieurs mètres de haut. Le dernier maillon de la chaîne est donc le village de Tropodo, qui brûle les restes dans le processus de fabrication du tofu. Cette pratique est illégale, mais la loi est rarement appliquée.

En juillet dernier, la ministre de l'Environnement indonésienne, Rosa Vivien Ratnawati, s'est rendue à Tropodo pour constater la situation. «Que le plastique soit utilisé comme carburant n'est pas un problème mais nous devons gérer la pollution», a-t-elle déclaré. Depuis, le gouvernement n'a rien fait, confirmant les dires d'un activiste selon qui le président indonésien, Joko Widodo, privilégiait la croissance économique à l'environnement et aux considérations sanitaires.

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