Monde

«Notre activité de féministes se confond avec notre activité dans le réseau»

Reporters sans frontières, mis à jour le 12.03.2010 à 16 h 25

La cyber-féministe iranienne Parvin Ardalan est la première lauréate du prix Reporters sans frontières-Google du Net-citoyen. Entretien.

Parvin Ardalan, une des représentantes du mouvement et site Internet féministe iranien, «Changement pour l'égalité» a reçu des mains de Jean-Marie Colombani, jeudi 11 mars, à l'occasion de la journée mondiale contre la cyber-censure, le premier prix du Net-citoyen, remis par Google et Reporters sans frontières. Conçu et animé par une vingtaine de femmes, le site a vu le jour en septembre 2006. La militante explique l'histoire de son mouvement, les causes qu'elle défend et ses combats pour le futur.

Vous habitez actuellement en Suède. Pour quelles raisons?
Oui, j'y vis depuis trois mois. J'ai été interdite de sortie du territoire iranien pendant deux ans à cause de mes activités militantes et à l'issue de cette interdiction, j'ai gagné Stockholm pour des raisons médicales. J'étais également invitée par la Fondation Olaf Palme et le magazine féministe Bang. Je n'ai pas encore décidé de ce que je ferai dans les prochains mois et il est fort probable que je resterai en Suède pour suivre mon traitement. Je continue bien évidemment mes activités au sein de «Changement pour l'égalité».

Qui fait partie du mouvement «Changement pour l'égalité»?
C'est une nébuleuse. Le site et sa gestion sont très décentralisés. Les participants sont des personnes privées, des blogueurs, des organisations localisées en Iran, en France, en Suède, à Dubaï, aux Etats-Unis et encore ailleurs. Il y a des intervenants et des partenaires que je n'ai jamais vus. Quand je suis arrivée en Suède, j'ai rencontré pour la première fois des hommes et des femmes qui collaborent avec nous depuis plusieurs années et portent notre campagne «One million signatures demanding change for discriminatory laws» (Un million de signatures pour demander le changement des lois discriminatoires).

Est ce que l'apparition du Net a changé la nature votre combat?
Dans le contenu non: les messages, les revendications sont les mêmes. Nous nous battons toujours pour des réformes juridiques sur le statut de la femme, et à terme pour l'égalité des sexes : en Iran, une jeune fille peut être mariée dès l'âge de neuf ans, mais elle n'obtient la majorité civile qu'à seize. Une femme n'a pas le droit de divorcer, elle n'a pas le droit de voyager à l'étranger sans l'autorisation de son mari... notre combat est le même.

Mais au niveau de la méthode, des relations que nous entretenons avec le monde, et entre nous au sein de notre organisation, oui, il y a eu énormément de changements. Je suis journaliste, vous savez. Le monde des médias en Iran est un monde d'hommes. Quand nous avons commencé notre travail de militantes en publiant une newsletter sur papier, illégale bien sûr, ce n'était pas simple. Le Net nous a permis d'avoir un espace à nous, uniquement réservé aux femmes. Nous avons commencé à véritablement féminiser notre mouvement. Et puis le Net autorise une organisation très horizontale. Il n'y a aucune hiérarchie. Pas de verticale du pouvoir. Désormais, notre activité de féministes se confond avec notre activité dans le réseau.

Notre mouvement a commencé avec plusieurs initiatives isolées. Je dirigeais ma propre organisation de lutte contre les violences conjugales. Nous manifestions et nous n'étions en contact avec des associations amies qu'au moment des mobilisations. Internet nous a fédéré et nous a permis de communiquer ensemble en dehors des manifestations tout en contournant la surveillance policière. Le mouvement «One million signature» a vu le jour un mois après le lancement du site et a été inspiré de l'exemple marocain, où le code familial a été reformé en 2006, dans ce pays à l'initiative du gouvernement, et où la société civile avait également cherché à obtenir un million de signatures pour sa modernisation.

Votre mouvement compte-t-il déjà des victoires?
Je pense que l'existence même de notre mouvement, de notre site, l'ampleur qu'il a pris depuis 2006 est une victoire en soi. L'avenir est assez clair pour nous. Nous prenons part à la démocratisation de la société iranienne. Quand le «Mouvement vert» a commencé, suite à la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin 2009, nous avons pu observer l'essor d'une conscience politique dans la population. Quelque chose qui était en sommeil depuis plusieurs années. Nous rejoignons totalement ce mouvement - même si nos revendications sont plus spécifiques - dans la mesure ou nous proposons nous aussi un contre-pouvoir.

Propos recueilli par Gilles Lordet

Reporters sans frontières

Image de une: Parvin Ardalan / Reuters, Caren Firouz

 

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