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L'OTAN, entre agonie prolongée et renaissance perpétuelle

Temps de lecture : 3 min

L'organisation est-elle réellement en état de «mort cérébrale», comme le diagnostique le président Macron?

Le Secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg lors d'une conférence de presse à Bruxelles le 29 novembre 2019. | John Thys / AFP
Le Secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg lors d'une conférence de presse à Bruxelles le 29 novembre 2019. | John Thys / AFP

L'OTAN célèbre ses 70 ans ce 3 décembre au sommet de Londres. Les vingt-neuf États réunis par le Traité de Washington en 1949, acte de la création de l'Alliance, y scrutent son état de santé. Encore une fois. Diagnostiquée en état de «mort cérébrale» par Emmanuel Macron, l'Alliance se trouve dans une situation clinique hautement paradoxale: elle constitue l'assurance-vie explicite des pays d'Europe orientale contre la puissance russe.

Elle est la colonne vertébrale de la posture stratégique du Bénélux, du Canada et de la Norvège. Mais elle est aussi menacée par des critiques internes venues de Turquie, de France et des États-Unis. Son diagnostic vital est-il réellement engagé? Ou bien réussira-t-elle à nouveau sa renaissance, à la faveur de l'émergence de nouvelles menaces?

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Survivre à son ennemi communiste

L'OTAN est une survivante. Dotée d'une résilience étonnante, elle a surmonté des épreuves qui auraient été fatales à d'autres institutions internationales. Créée en 1949 par les Occidentaux pour contrer le communisme, elle a survécu en 1991 à la fin de l'URSS et du pacte de Varsovie, l'alliance militaire concurrente en Europe.

Privée de sa raison d'être historique par la chute du communisme, l'Alliance s'est réinventée dès les années 1990. À une époque où Francis Fukuyama prophétisait la fin des gigantomachies idéologiques et stratégiques, elle s'est investie dans des opérations de maintien de la paix, en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999. Quelle adaptabilité! La plus puissante des coalitions militaires s'est faite gendarme balkanique.

Surmonter la crise de la cinquantaine

La décennie 2000 a été celle de l'expansion vers l'est. Alors même que sa crise de vocation se prolongeait, l'organisation a constitué la terre promise stratégique pour les anciennes démocraties populaires: la Pologne, la République tchèque et la Hongrie la rejoignent en 1999; la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie sont intégrées en 2004. Convalescente suractive, l'OTAN s'est même étendue à des pays ayant fait partie de l'URSS: les États baltes sont admis en 2004.

Elle a ensuite trouvé de nouvelles missions, loin sa zone géographique d'origine, l'Atlantique Nord. Déclenchant pour la première fois l'article 5 du traité de Washington, en 2003 pour soutenir les États-Unis alors en Guerre mondiale contre le terrorisme, l'OTAN est intervenue pour une décennie en Afghanistan. L'organisation s'est aussi éloignée de son cœur de métier en menant des opérations de police des mers, en 2008, contre la piraterie au large de la Somalie dans le cadre de l'opération Ocean Shield.

Une cure de jouvence russe

Le 18 mars 2014, l'annexion de la Crimée par la Fédération de Russie a déclenché une nouvelle résurrection de l'Alliance. La renaissance de la puissance militaire russe lui a rendu sa vocation historique. Les relations intra-européennes sont en effet placées sous le signe d'une «nouvelle guerre froide» entre Russie, UE et OTAN. La Russie ne modernise-t-elle pas ses forces armées depuis 2009? N'a-t-elle pas porté son effort de défense à près de 4% de son PIB? Ne mène-t-elle pas des opérations dans le Caucase, dans la Baltique, en mer Noire et dans le Donbass? Enfin, depuis septembre 2015, n'est-elle pas redevenue une puissance militaire capable de se projeter en Syrie, au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale?

Plus largement, l'OTAN est aujourd'hui une organisation attractive que plusieurs États, dernièrement le Monténégro, essaient de rallier. De même, l'Ukraine et la Géorgie promeuvent leur adhésion comme un axe essentiel de leur sécurité nationale.

Une espérance de vie en question

Entre renaissance régulière et déclin annoncé, l'institution est aujourd'hui menacée non pas de l'extérieur, mais de l'intérieur. Ce sont les dissensions internes que le sommet de Londres est chargé d'aplanir. La Turquie mène une stratégie dissidente qui la porte aux marges de l'OTAN. Pilier de l'Alliance au cœur du Moyen-Orient depuis 1952, la Turquie prend ses distances, s'allie avec la Russie et l'Iran et se procure des défenses anti-aériennes S-400 russes.

Quant au président Trump, il fait planer le spectre d'un retrait américain de l'organisation. Comme bien des présidents américains, il vilipende le coût et l'obsolescence stratégiques de l'Alliance, affolant par ses tweets les gouvernements d'Europe orientale. Cela ne l'empêche pas, bien au contraire, de fournir aux alliés de la Baltique et de la Mer Noire des équipements américains: chasseurs F35 concurrent du chasseur européen SCAF, batteries de défense anti-aérienne Patriot, ou encore hélicoptères. Le Brexit et le projet macronien d'armée européenne ajoutent aux préoccupations sur l'état de santé de l'OTAN.

À Londres, les vingt-neuf États alliés de l'OTAN seront au chevet d'une organisation en apparence moribonde mais en réalité capable de surmonter les crises existentielles majeures de l'ère post-soviétique.

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