Politique / Société

Avant d'être pour ou contre la grève du 5 décembre, que comprenons-nous?

Temps de lecture : 3 min

[TRIBUNE] À ce stade, seulement 43% de la population estime que les raisons de cette grève sont claires.

Le 5 décembre, les cheminots seront en grève. Mais selon un sondage, moins d'un Français sur deux estime «claires» les raisons du mouvement social. | STR/AFP
Le 5 décembre, les cheminots seront en grève. Mais selon un sondage, moins d'un Français sur deux estime «claires» les raisons du mouvement social. | STR/AFP

En France, la prévision d'une nouvelle journée de mobilisation, ça ressemble à un marronnier pour notre démocratie. Pour autant, ce n'est plus un signe de sa vitalité. Pourquoi? Qu'est-ce qui est en train de se mettre en place?

De multiples analystes cherchent déjà à comprendre si cette grève permettra aux syndicats de retrouver des couleurs. Si la fameuse convergence des luttes avec d'autres mouvements tels que les «gilets jaunes» se construit. Si le gouvernement va réagir de manière pertinente à la situation (est-ce qu'il va céder du terrain? Chercher à passer en force? Ou manœuvrer avec une grande habileté?).

Les éditorialistes sont rangés en ordre de bataille, prêts à dégainer. En fonction de leur camp, ils vont s'indigner sur le sort des usagers-pris-en-otages ou sur le mépris-du-gouvernement-trop-éloigné-de-la-vraie-vie-des-vrais-gens. Chacun ira de ses arguments habituels, il y aura des témoignages bouleversants, des réactions outragées, quelques dérapages médiatiques.

Le suspense va être rythmé par des sondeurs qui viendront mesurer l'évolution du soutien des Français à ce mouvement et son impact sur la popularité de l'exécutif. Certains en profiteront même pour jeter de l'huile sur le feu, en ressortant la caricature des deux France irréconciliables (celle qui manifeste et celle qui souhaite les réformes). En oubliant que notre socle commun est bien réel, malgré l'évolution de sa morphologie. Et malgré les tentatives de déstabilisation.

N'oublions pas les politiciens de seconde zone, qui trouveront là une opportunité à saisir. Le bon moment pour enfin émerger dans l'espace public, en allant juste un peu plus loin dans l'outrance.

Parce que chacun se tient déjà prêt pour commenter la journée de mobilisation du 5 décembre, comme on se tient prêt avant une finale de Coupe de la Ligue! Comme pour le foot, on ne parle que de tactique, on tente d'identifier ce que l'adversaire a en tête, la manière dont il va tenter de faire mentir les pronostics. Puis, on s'apprête à défendre son équipe. C'est sympa. C'est chaleureux. Ça fait partie de notre patrimoine et c'est plutôt rassurant, parce que c'est aussi le symptôme d'un pays qui se préoccupe de la chose publique.

«La pédagogie passe après la baston. Nous tombons une fois de plus dans le piège de la division.»

Mais il ne s'agit que d'un leurre. Parce que la vitalité démocratique, ce n'est pas faire du commentaire sur des tactiques.

C'est déjà savoir ce qui est compris, afin de pouvoir mieux expliquer certains enjeux. Et ce qui est surprenant, ce qui vient questionner notre manière de débattre, c'est cet incroyable désintérêt pour cet indicateur fondamental qu'est le niveau de compréhension. Avant d'être pour ou contre, est-ce que nous comprenons suffisamment ce qui est en jeu pour pouvoir nous construire notre propre opinion? Parce que c'est tout de même curieux, cette habitude de mesurer tout le temps si on est pour ou contre, sans se demander si on comprend. On saisit mieux pourquoi nous sous-payons nos profs. La pédagogie passe après la baston. Nous tombons une fois de plus dans le piège de la division.

Alors commençons par là. Mesurons ce que l'on comprend. Le résultat est effrayant. À ce stade, seulement 43% de la population estime que les raisons de cette grève sont claires (et seul 18% les déclare «très claires»), selon un sondage Viavoice réalisé entre le 15 et le 18 novembre. Moins d'un Français sur deux. Et ce score est encore plus mauvais chez les moins de 35 ans.

On pourra donc débattre pendant des heures sur le prétendu soutien de l'opinion aux grévistes ou au gouvernement. Il ne faudra pas oublier qu'avant tout, la population nous dit qu'elle n'a pas tous les éléments pour comprendre et pour se positionner. Mais qui l'entend?

De la même manière que l'abstention n'interpelle que lorsque l'on craint ses conséquences, la compréhension des réformes et des mouvements sociaux n'intéresse personne jusqu'au moment critique. Alors quel sera ce moment critique? À quel niveau se situera le seuil d'alerte, à partir duquel nous estimerons que notre système ne vaudra plus la peine d'être défendu? À titre indicatif, 57% des Français estiment aujourd'hui que la démocratie fonctionne mal, selon une étude Viavoice publiée le 14 novembre. Le moment semble donc se rapprocher… Pour paraphraser Jacques Chirac en 2002 à propos, cette fois, du climat: «Et nous regardons ailleurs.»

Quand et que paierons-nous pour avoir préféré nous opposer plutôt que comprendre? Pour avoir cru que la force de conviction permettrait d'atteindre une plus grande efficacité politique que la recherche de compréhension et d'explications? Pour avoir cru que nous étions encore en vitesse de croisière démocratique?

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