Politique

Paris n'aura bientôt que dix-sept arrondissements (et ça peut changer beaucoup de choses)

Temps de lecture : 4 min

Après 160 ans d'existence, les quatre premiers arrondissements du centre de la capitale seront fusionnés aux prochaines municipales... avec des répercussions politiques de taille.

Vue aérienne des Ier et IVe arrondissements de Paris. | Éric Feferberg / AFP
Vue aérienne des Ier et IVe arrondissements de Paris. | Éric Feferberg / AFP

En mars 2020, Paris n'aura plus que dix-sept arrondissements. Depuis une loi de juin 1859, la capitale en comptait vingt. Avec une autre loi promulguée en février 2017, les arrondissement du cœur de Paris (Ier, IIe, IIIe et IVe) ne feront plus qu'un pour s'appeler «Paris Centre»; la mairie de ce nouveau secteur sera celle du IIIe arrondissement, où siègera la ou le maire de cette future entité administrative et politique.

La loi de 2017, adoptée à la fin du quinquennat de François Hollande, est consacrée au statut de Paris et à l'aménagement métropolitain –mais pas seulement. Elle renforce notamment les missions des maires et des conseils d'arrondissement de Paris, de Marseille et de Lyon. Dans la capitale, elle a procédé au regroupement des quatre premiers arrondissements afin d'obtenir un rééquilibrage démographique par rapport aux seize autres.

Par exemple, explique la Mairie de Paris sur son site internet, la population du Ier arrondissement est passée de 85.519 habitant·es en 1861 à 17.268 en 2015, soit un recul de près de 80% en un siècle et demi. Dans le même laps de temps, la population du XVe a de son côté grimpé de 56.041 à 240.723 personnes, soit une hausse proche de 330%!

Évolution démographique des Ier et XVe arrondissements parisiens. | Mairie de Paris

Sur la base des listes électorales des municipales de 2014 dans les quatre arrondissements concernés, le nombre d'inscrit·es à Paris Centre devrait être légèrement supérieur à 60.000: 10.425 dans le Ier, 12.216 dans le IIe, 20.356 dans le IIIe et 17.271 dans le IVe.

Pour reprendre la même comparaison, il dépasse 135.000 dans le XVe: c'est le plus important de la ville. Avec ce regroupement, le nouveau secteur central de la capitale se classe en septième position, derrière les Ve, VIe, VIIe, VIIIe, XIXe et Xe.

Si l'on prend le chiffre des électeurs et électrices inscrites aux européennes de 2019, on s'aperçoit que l'électorat a considérablement augmenté dans le Ier arrondissement: il s'est accru de plus de 50% en cinq ans, passant de 10.425 à 16.106. Cette augmentation est due à l'inscription, par le ministère de la Justice, des détenu·es dans ce seul arrondissement pour le scrutin. Dans les trois autres arrondissements, non touchés par cet accroissement conjoncturel, il est resté plus stable, ne variant à la hausse que de 3% à 10%.

Pour sa part, l'électorat du XVe tangente maintenant les 141.000 inscrit·es. Quoi qu'il en soit, Paris Centre demeure septième, dans cette configuration, sur le plan de la démographie électorale.

En octobre 2018, les citoyen·nes des quatre arrondissements ont été invité·es à se prononcer par votation sur le nom du nouveau secteur créé. Il fallait choisir entre en quatre noms: «Paris Centre», «Cœur de Paris», «Paris1234» et «Premiers arrondissements de Paris».

La première appellation, «Paris Centre», a recueilli 56,7% des suffrages. La participation globale a été de 24,5%, le IVe arrondissement ayant été le plus participatif (27,7%) et le Ier le moins enthousiaste (19,9%).

Le IIIe arrondissement au cœur de Paris Centre

Il est vrai que Jean-François Legaret, le maire (Les Républicains) du Ierarrondissement passé dans le groupe macron-compatible «100% Paris» au parlement de la capitale, était le seul des quatre à s'être prononcé contre ce regroupement qu'il qualifiait de «fusion-confusion».

Jacques Boutault, maire (Europe écologie-Les Verts) du IIe, l'avait pour sa part présenté comme «une opportunité pour un service public rénové, performant et écologique». Pour le maire (PS) du IIIe, Pierre Aidenbaum, il s'agissait d'un «regroupement au service des habitants», et pour celui du IVe, Ariel Weil (PS), c'était une «mairie puissance 4».

La consultation locale d'octobre 2018 comportait une seconde question: la détermination du lieu de la future mairie désormais commune aux quatre arrondissements. L'électorat avait le choix entre les bâtiments de la mairie du IIIe et de celle du IVe. La bataille avait été extrêmement serrée, puisque la mairie du IIIe ne l'avait emporté que grâce au score étriqué de 50,49%, contre 49,51% pour celle du IVe.

Sur un plan pratique, chacun des quatre arrondissements initiaux gardera son propre code postal (75001, 75002, etc.), mais sur le plan politique, les administré·es de Paris Centre n'auront plus qu'un·e seul·e maire et un seul conseil municipal de secteur.

En mars 2020, les quelque 60.000 inscrit·es sur les listes électorales de la nouvelle entité enverront huit conseillèr·es au parlement de la capitale, soit le même nombre que lors des précédents scrutins municipaux.

En revanche, il est probable que la répartition politique de ces huit élu·es sera modifiée par rapport à la situation actuelle. D'abord pour une simple raison arithmétique, car en 2014 (comme en 2008 et 2001), deux des quatre arrondissements avaient été gagnés par le PS, un par EELV et un par la droite. Le poids respectif de chaque électorat va maintenant se fondre dans un seul secteur et non plus dans quatre. Ensuite parce que les équilibres politiques ont profondément changé depuis 2017, avec l'élection d'Emmanuel Macron.

En 2017 et 2019, les macronistes à la corde

S'il paraît clair que la nature des consultations municipales est différente du scrutin présidentiel et des élections législatives ou européennes –même si l'extrême polarisation politique à Paris peut rendre cette affirmation discutable–, on ne peut tout de même pas ignorer que l'électorat de la capitale a, au cours des dernières années, assez considérablement évolué sur le plan politique.

Face au recul électoral des deux grandes formations de droite et de gauche qui structuraient la vie politique, LR et le PS, l'électorat parisien a plébiscité le macronisme à deux reprises: en 2017 lors de la présidentielle (Macron avait recueilli 89,68% des suffrages au second tour face à Marine Le Pen), puis pour les législatives suivantes (douze des dix-huit député·es élu·es portaient l'étiquette de La République en marche).

Dans la législature en cours, il n'y a plus qu'une seule députée socialiste (contre dix élu·es entre 2012 et 2017) et trois LR (contre six précédemment). Les deux dernières sont issues du Modem et de La France insoumise. Les quatre députés des circonscriptions couvrant les quatre premiers arrondissements –soit le nouveau secteur Paris Centre– sont tous LREM, et la suprématie du parti présidentiel ne s'est pas démentie lors des élections européennes de juin 2019.

Sur l'ensemble de la capitale, LREM est arrivée en tête avec 32,92% des suffrages exprimés, devant EELV (19,94%), LR (10,18%), le PS (8,17%), le RN (7,23%) et LFI (5,31%).

Dans les quatre arrondissements du secteur municipal Paris Centre, les macronistes se sont classé·es assez largement en première position, suivi·es par les écologistes. Leurs résultats respectifs ont été de 28,29% et 14,22% dans le Ier, de 39,26% et 22,70% dans le IIe, de 37,75% et 23,35% dans le IIIe, de 38,09% et 19,69% dans le IVe.

Dans aucun des quatre arrondissements LR ou le PS n'a atteint 10% des voix –de quoi laisser place à une âpre bataille autour des huit conseillèr·es du secteur.

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