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Une alimentation trop riche en sucre transforme le cerveau

Temps de lecture : 4 min

La consommation d'aliments sucrés a des incidences sur la mémoire et le comportement.

Les adultes canadien·nes consomment en moyenne plus du triple de la limite quotidienne de 25 grammes de sucre ajouté recommandée par l'Organisation mondiale de la santé. | Sharon McCutcheon via Unsplash
Les adultes canadien·nes consomment en moyenne plus du triple de la limite quotidienne de 25 grammes de sucre ajouté recommandée par l'Organisation mondiale de la santé. | Sharon McCutcheon via Unsplash

Nous adorons les gâteries sucrées. Mais trop de sucre dans notre alimentation peut causer un gain de poids et l'obésité, le diabète de type 2 ainsi que la carie dentaire. Nous savons qu'il vaut mieux éviter les bonbons, la crème glacée, les biscuits, les gâteaux et les boissons gazeuses, mais il est parfois très difficile d'y résister. C'est comme si notre cerveau était programmé pour avoir envie de ces aliments.

Mes recherches en neurosciences portent sur la façon dont l'alimentation moderne obésogène –qui entraîne l'obésité– modifie le cerveau. Je veux comprendre comment ce que nous mangeons change notre comportement et si les transformations cérébrales peuvent être atténuées par d'autres aspects du mode de vie.

Le corps fonctionne au sucre –au glucose pour être précis. Ce terme vient du grec glukos, qui signifie doux. Le glucose alimente les cellules qui nous composent, y compris celles du cerveau (les neurones).

Le sucre et les poussées de dopamine

Nos lointains ancêtres étaient des charognards. Comme les aliments sucrés constituent une excellente source d'énergie, l'évolution a fait en sorte que nous les trouvions particulièrement bons. Les aliments au goût désagréable, amer ou aigre peuvent être toxiques, avariés ou pas assez mûrs, et donc entraîner des maladies.

C'est ainsi que pour maximiser nos chances de survie en tant qu'espèce, nous avons un système cérébral inné qui nous porte à aimer les aliments sucrés qui nous donnent de l'énergie.

Lorsqu'on mange des aliments sucrés, le système de récompense du cerveau –appelé système dopaminergique mésolimbique– est activé. La dopamine est une substance chimique libérée par les neurones qui signale qu'un événement est positif. Quand le système de récompense se déclenche, il renforce des comportements qu'on est ensuite plus susceptible de répéter.

Les poussées de dopamine provoquées par la consommation de sucre favorisent un apprentissage rapide, ce qui nous porte à préférer ces aliments.

Aujourd'hui, notre environnement regorge d'aliments sucrés et riches en énergie. Il n'est plus nécessaire de partir à leur recherche, car on en trouve partout. Malheureusement, notre cerveau est toujours semblable à celui de nos ancêtres sur le plan fonctionnel, et il aime vraiment le sucre. Mais que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu'on en mange trop?

Le sucre peut-il reprogrammer le cerveau?

Le cerveau remodèle continuellement ses connexions par un processus appelé neuroplasticité. Cette reconfiguration peut se produire dans le système de récompense. L'activation répétée de la voie de la récompense par des drogues ou une grande quantité d'aliments sucrés amène le cerveau à s'adapter à une stimulation fréquente, ce qui conduit à une forme de tolérance.

Pour ce qui est des aliments sucrés, cela signifie qu'on doit en manger plus pour obtenir le même sentiment de satisfaction –une caractéristique typique de la dépendance.

La dépendance alimentaire est un sujet controversé parmi les scientifiques et les clinicien·nes. S'il est vrai que l'on peut devenir physiquement dépendant de certaines drogues, on se demande si ça peut être le cas pour la nourriture alors qu'on en a besoin pour la survie élémentaire.

Le cerveau veut du sucre, encore et encore

Indépendamment du besoin de se nourrir pour alimenter le corps, beaucoup de gens éprouvent des fringales, en particulier lorsqu'ils sont stressés, affamés ou simplement confrontés à un bel étalage de gâteaux dans un café.

Pour résister à ces envies, on doit réfréner sa tendance naturelle à vouloir se faire plaisir avec des mets savoureux. Un réseau de neurones inhibiteurs permet de réguler nos comportements. Ces neurones sont concentrés dans le cortex préfrontal –une zone du cerveau impliquée dans la prise de décision, la maîtrise des impulsions et la capacité de retarder la récompense.

Les neurones inhibiteurs constituent le système de freinage du cerveau. Ils libèrent le GABA, un acide aminé. La recherche sur des rats a montré que la consommation d'aliments riches en sucre peut altérer les neurones inhibiteurs. Les rats nourris au sucre arrivent plus difficilement à contrôler leur comportement et à prendre des décisions.

Ainsi, notre alimentation peut influencer notre capacité à résister aux tentations, ce qui explique pourquoi il est si difficile de changer de régime.

Dans le cadre d'une étude récente, on a demandé à des gens d'évaluer leur désir de manger des amuse-gueules hypercaloriques lorsqu'ils ont faim par rapport au désir ressenti quand ils viennent de manger. Les personnes qui consomment régulièrement des aliments riches en matières grasses et en sucre ont répondu avoir davantage envie d'amuse-gueules, et ce, même lorsqu'elles n'avaient pas faim.

Cela porte à croire que la consommation régulière d'aliments à haute teneur en sucre pourrait amplifier les fringales –créant ainsi un cercle vicieux qui nous pousse à en manger toujours plus.

Le sucre et la formation de la mémoire

L'hippocampe –une zone importante pour la mémoire– est une autre région du cerveau touchée par les régimes riches en sucre.

La recherche a démontré que les rats qui mangent des aliments riches en sucre sont moins susceptibles de se rappeler s'ils ont déjà vu des objets à des endroits précis.

Les transformations induites dans l'hippocampe par le sucre sont une réduction de la formation de neurones, essentiels pour coder les souvenirs, ainsi qu'une augmentation des substances chimiques liées à l'inflammation.

Comment protéger votre cerveau du sucre?

L'Organisation mondiale de la santé recommande de limiter la consommation de sucres ajoutés à 5% de notre apport calorique quotidien, ce qui représente environ 25 grammes (six cuillères à café).

Sachant que l'adulte canadien·ne mange en moyenne 85 grammes (20 cuillères à café) de sucre par jour, on voit qu'il s'agit d'un gros changement pour beaucoup de gens.

Il est important de noter que les capacités de neuroplasticité du cerveau lui permettent de se réinitialiser dans une certaine mesure après avoir réduit sa consommation de sucre, et l'exercice physique peut améliorer ce processus. Les aliments riches en acides gras oméga-3 (présents dans l'huile de poisson, les noix et les graines) sont également neuroprotecteurs et peuvent stimuler les substances chimiques du cerveau nécessaires à la formation de nouveaux neurones.

Bien qu'il ne soit pas facile de briser des habitudes comme celle de s'offrir un dessert après chaque repas ou un café avec deux sucres, votre cerveau vous remerciera d'avoir fait des gestes positifs.

Le premier pas est souvent le plus difficile, mais les changements dans l'alimentation deviennent en général de plus en plus faciles avec le temps.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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