Monde

En Syrie, le retour du tourisme provoque la colère de la population

Temps de lecture : 2 min

Les habitant·es craignent notamment une normalisation du régime de Damas à l'international.

Des touristes prennent un selfie devant l'ancien théâtre de Palmyre, en Syrie, le 6 mai 2016. | Louai Beshara / AFP

 
Des touristes prennent un selfie devant l'ancien théâtre de Palmyre, en Syrie, le 6 mai 2016. | Louai Beshara / AFP  

Déchirée par une guerre civile et profondément meurtrie par des années de combats contre l'organisation État islamique (EI), la Syrie n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était avant 2011, quand elle accueillait encore plus de huit millions de touristes par an.

Pourtant, alors que les conflits sont loin d'être terminés, une poignée d'agences de voyages et de blogueurs n'hésitent pas à proposer des séjours sur mesure pour «se mêler aux habitants tout en passant devant des villages détruits» et visiter des sites archéologiques «enveloppés dans un manteau de destruction».

Avec l'agence Young Pioneer Tours, basée en Chine, vous pourrez pour environ 1.500 euros vous aventurer jusqu'à Alep, reprise il y a à peine deux ans des mains de l'opposition syrienne par le régime. La moitié de la ville est aujourd'hui complètement en ruine.

Souvent accusées d'encourager le tourisme noir, ces agences ne reculent devant rien: malgré les attentats à la voiture piégée et les frappes aériennes israéliennes, elles font visiter la vieille ville de Damas, le Krak des chevaliers et ce qu'il reste des trésors archéologiques de Palmyre, que l'EI a ravagés.

«Si nous ne voyageons que dans des pays qui ont une politique intérieure et étrangère juste, où pouvons-nous aller?, s'interroge Johnny Ward, un blogueur irlandais spécialisé dans le tourisme qui a récemment voyagé pendant cinq jours en Syrie avec un petit groupe. Le tourisme permet au pays de faire un petit pas en arrière, de revenir à la normale à Damas mais aussi ailleurs, et visiter un pays ne signifie pas que l'on cautionne ses dirigeants.»

Ne pas oublier les atrocités

Alors que presque tous les gouvernements du monde déconseillent de se rendre en Syrie, cette tentative de réouverture au tourisme suscite de vives critiques.

«Ce que les entreprises de tourisme font actuellement n'a qu'un seul objectif: normaliser le régime», déclare Bakri al-Obeid, un Syrien qui avant la guerre dirigeait une petite société de tourisme à Damas.

Déclenchée il y a neuf ans par des manifestations pro-démocratie, la guerre en Syrie est marquée par la brutalité de la répression du régime de Bachar el-Assad, qui resserre désormais son emprise sur les derniers bastions d'insurrection au nord-ouest du pays, dans la province d'Idleb, avec l'aide de la Russie.

Ces séjours touristiques «blanchissent le régime et laissent le monde oublier les atrocités commises contre les Syriens», s'insurge Bakri al-Obeid. La guerre n'est pas finie, explique-t-il, et c'est un drame de voir «des touristes qui viennent visiter votre pays alors que nous ne pouvons même pas rentrer chez nous, parce que notre maison a été confisquée par le régime».

Le conflit en Syrie a fait plus de 500.000 morts et 22 millions de déplacé·es.

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