Égalités / Société

Trois semaines de violences conjugales en France

Temps de lecture : 5 min

Tous les jours, partout sur le territoire, des femmes sont menacées, battues et tuées. C'est pour elles que nous marcherons demain samedi 23 novembre contre les violences sexistes et sexuelles.

Affiche du collectif Collages Féminicides à Paris, le 6 septembre 2019. | Lionel Bonaventure / AFP
Affiche du collectif Collages Féminicides à Paris, le 6 septembre 2019. | Lionel Bonaventure / AFP

En 2017, j'avais commencé à recenser les féminicides conjugaux pour Libération. Même si j'ai arrêté ce travail au bout de deux ans, j'ai conservé les alertes Google qui me servaient à l'époque et m'avertissent de tous les articles de presse publiés qui comportent certains mots-clés.

J'ai déjà souligné que les femmes tuées par leur compagnon ou leur ex n'étaient qu'une partie des victimes. Il y a évidemment les enfants, mais également toutes celles qui survivent à ce qu'il faut bien appeler des tentatives de meurtre.

À la veille de la journée de marche contre les violences sexistes et sexuelles, j'aimerais vous donner un petit aperçu de ces trois dernières semaines, des cas moins médiatisés que celui de Sylvia Walter et qui ne représentent qu'une infime part des violences que des femmes subissent toujours, en ce moment, en France.

Coups, menaces, insultes, séquestration, humiliation et parfois, au bout, la mort. C'est encore ce qu'endurent ces femmes qui, rappelons-le, sont partout autour de nous, quand elles ne sont pas l'une de nous.

Mardi 12 novembre, à Couëron en Loire-Atlantique, le corps d'une femme a été retrouvé. Elle avait 48 ans et trois enfants. Elle avait reçu plusieurs coups de couteau et avait été étranglée. En août dernier, elle avait porté plainte contre son ex-mari pour violences. Il y a quinze jours, elle avait déposé une nouvelle plainte pour menaces de mort. Le jour de sa mort, elle avait téléphoné à son ex-mari pour le prévenir qu'elle se rendait dans leur résidence secondaire. Le corps de l'homme a été retrouvé à côté d'elle. Il l'a visiblement rejointe dans la maison, l'a tuée et s'est pendu.

Dimanche dernier, à Labatut dans les Landes, un homme de 50 ans est passé chez son ancienne compagne, 53 ans, pour «récupérer des affaires». Il s'y est rendu avec un Taser. Il a fait subir à sa victime trois chocs électriques. Il a été arrêté. À la suite de sa garde à vue, il a été libéré avec interdiction d'entrer en contact avec la victime. Il sera jugé en début d'année prochaine.

Dans la nuit de dimanche à lundi, à Montbéliard dans le Doubs, une femme de 26 ans, enceinte de quatre mois, appelle la police. Elle explique qu'elle a fui le domicile conjugal après que son compagnon, 38 ans, l'a frappée. L'homme a été interpellé. Il nie les faits et affirme que c'est sa compagne qui a l'habitude de lui jeter des objets au visage. Il a été remis en liberté. Il est convoqué devant le tribunal en avril prochain.

La semaine dernière, à Drancy en Seine-Saint-Denis, une femme de 37 ans a été poignardée par son compagnon. Ses jours ne sont pas en danger. Il était minuit passé quand les voisins ont entendu ses hurlements. Ils ont appelé la police qui, en arrivant sur les lieux, a découvert la victime étendue sur le sol, grièvement blessée. Son compagnon, 32 ans, a été placé en garde à vue. Les enfants du couple étaient présents au moment de l'attaque.

Un soir de la semaine dernière, à Montfermeil en Seine-Saint-Denis, vers 22 heures, deux fillettes quittent leur appartement en criant et se réfugient chez un voisin, qui appelle la police. Sur place, les policiers découvrent la mère inanimée. Elle a été poignardée à de multiples reprises au cou et dans le dos. Elle est décédée quelques minutes après l'arrivée des secours. Elle s'appelait Aminata, elle avait 31 ans et était hôtesse de caisse au Auchan de Montfermeil. Son compagnon Alou, 40 ans, agent de sécurité, était également dans le logement. Il avait une blessure à l'abdomen. Il est décédé à l'hôpital. Alou aurait attaqué à coups de couteau Aminata, qui se serait défendue. Trois couteaux maculés de sang ont été découverts.

La semaine dernière, à Troyes dans l'Aube, une femme de 40 ans a été défenestrée par son compagnon. Elle a survécu. Le suspect a été mis en examen pour tentative d'homicide sur conjoint. Il affirme n'avoir aucun souvenir de ce qu'il s'est passé.

La semaine dernière, à Dax dans les Landes, Andris, 55 ans, pianiste de rue, a été jugé en comparution immédiate. Il avait séquestré et violenté sa compagne pendant cinq jours. C'est la police qui, prévenue par une amie de la victime, a mis un terme à son calvaire. L'homme a été condamné à deux ans de prison ferme.

Mardi 5 novembre, à Ferrières-en-Bray en Seine-Maritime. Une famille a fini de dîner. La femme fait une remarque à son compagnon qui n'a pas fait la vaisselle. Il l'attrape par le cou pour l'étrangler. Il tente ensuite de l'enfermer dans un congélateur coffre. Elle parvient à se barricader dans la chambre avec leurs trois enfants (1 an, 3 ans et 5 ans) et à appeler les secours. Les gendarmes arrivent mais entre-temps, l'homme a quitté les lieux. Les gendarmes repartent. Une heure après, l'homme revient. Il parvient à mettre sa conjointe à la porte du domicile et s'enferme dans la cave avec les enfants, annonçant son intention de les tuer puis de se suicider. Les gendarmes reviennent et parviennent à l'interpeller. L'homme a été placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction d'approcher le domicile.

Mercredi 6 novembre, à Cublac en Corrèze, un homme de 27 ans frappe sa compagne. Les gendarmes l'arrêtent. En comparution immédiate, il est condamné à six mois de prison dont trois fermes et interdiction d'approcher de la victime.

Lundi 11 et mardi 12 novembre, à Bonneville-et-Saint-Avit-de-Fumadières en Dordogne, un homme de 43 ans a séquestré et battu sa compagne. Au bout de deux jours d'enfer, elle a réussi à s'échapper. Il a été condamné à neuf mois de prison ferme en comparution immédiate. C'est sa troisième condamnation pour violences conjugales. Les deux précédentes concernaient son ancienne compagne.

Mardi 12 novembre, aux Sables-d'Olonne en Vendée, vers 1 heure du matin, une femme de 31 ans appelle la police. Elle explique que son compagnon la bat. Les policiers se rendent sur place. L'homme, ivre, les insulte et les frappe. L'un d'entre eux aura quinze jours d'arrêt de travail. L'homme a été placé en garde à vue. La femme a refusé de porter plainte.

Le 1er novembre, à Périgueux dans le Périgord, il est 10 heures du matin quand une jeune femme de 26 ans sort de l'appartement de son compagnon. Elle est dans la rue, pieds nus et en larmes. Son compagnon, 33 ans, la suit, l'insulte et la frappe. Des voisins appellent la police. L'homme se barricade chez lui en insultant les policiers. Ces derniers décident de raccompagner la jeune femme à son domicile puis la laissent. Quelques minutes après leur départ, elle rappelle le commissariat: son compagnon est devant sa porte, en train de donner des coups de pieds pour la forcer. Il est finalement interpellé. En 2016, il avait déjà été condamné à une lourde peine pour violences conjugales répétées sur une ancienne compagne.

Jeudi 31 octobre, à Saint-Mandrier-sur-mer dans le Var, une jeune femme de 24 ans se retrouve suspendue dans le vide, au niveau du 4e étage d'un immeuble. Elle tente d'échapper à son ex-compagnon. Son calvaire avait commencé la veille au soir. Elle était dans le parking de sa résidence à Toulon quand l'homme, aidé d'un complice, l'a kidnappée. Ils lui ont scotché les jambes et la bouche et l'ont emmenée dans un appartement à Saint-Mandrier. Pendant des heures, l'homme fouille dans son téléphone, l'insulte, la menace avec un couteau, fait mine de la poignarder. Profitant d'une minute d'inattention du kidnappeur, elle se précipite sur le balcon et l'enjambe. L'homme la rattrape par les mains à travers les barreaux. Une voisine assiste à la scène et prévient les forces de l'ordre. L'homme a été placé en détention provisoire.

C'est pour elles toutes, pour nous toutes, qu'il faut marcher le samedi 23 novembre.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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