Santé

La phobie des trous enfin expliquée

Temps de lecture : 2 min

La trypophobie serait due à une réaction de dégoût instinctive liée à des maladies.

La tête de lotus nous évoquerait des maladies comme la variole. | Adam via Flickr CC 
La tête de lotus nous évoquerait des maladies comme la variole. | Adam via Flickr CC 

Julia avait environ 11 ans la première fois qu'elle a senti le dégoût l'envahir à la vue de trous, de fissures et de petites crevasses. Persuadée qu'elle était la seule à ressentir une telle réaction incontrôlée face à des orifices, elle a laissé sa peur dicter son quotidien, jusqu'à atteindre la vingtaine, où, en regardant une vidéo sur internet intitulée «Êtes-vous trypophobe?», elle comprit.

En se laissant guider sur le net, Julia en vint à rejoindre un groupe Facebook pour les trypophobes, au sein duquel chacun·e partage ses difficultés à vivre avec ce dégoût pour les trous, qui s'infiltre dans tous les aspects de la vie: nid d'abeilles, tête du lotus avec ses graines, bulles dans la pâte à gâteau –y compris chocolat soufflé.

La trypophobie n'est à ce jour pas reconnue comme une véritable phobie. À la différence de cette dernière, qui se caractérise par la peur vis-à-vis d'une menace précise, réelle ou non, la trypophobie provoque un dégoût qui se traduit par une réaction émotive face à une large gamme d'images, qui ont comme unique point commun leur configuration.

Que sait-on vraiment au sujet de ce rejet des trous? Une récente étude dirigée par Tom Kupfer, chercheur en émotions à la Vrije Universiteit d'Amsterdam, aide à en comprendre l'origine.

Éviter les maladies

L'équipe de recherche suggère que la réaction de dégoût s'est développée chez l'être humain afin d'éviter certains agents pathogènes, qui peuvent causer des maladies. Kupfer estime que les personnes trypophobes assimileraient les trous à une conséquence de ces agents pathogènes et que cette phobie spécifique serait en fait liée à un instinct qui permettrait d'éviter les parasites.

Le dégoût serait d'autant plus grand quand de telles crevasses se donnent à voir sur la chair, à commencer par la peau du visage. Leurs formes géométriques nous évoqueraient les symptômes de maladies infectieuses ou parasitaires telles que la variole, la rougeole, le typhus, la gale voire un état de décomposition.

Propagation via internet

Internet aurait peut-être son rôle à jouer dans la propagation de ces maux, selon un article du Guardian, qui explique que la trypophobie serait surtout une phobie socialement contagieuse, comme d'autres avant elle.

Prenez la maladie des Morgellons, cette affection cutanée restée longtemps inexpliquée, et qui s'est répandue à partir des États-Unis à compter de 2002. Des dizaines de milliers de personnes dans le monde se sont grattées, auscultées et triturées, pensant avoir attrapé cette maladie, qui s'avéra être en définitive une sorte «d'hallucination collective», un syndrome collectif d'origine psychogène.

À l'instar de la maladie des Morgellons, la trypophobie s'est surtout propagée via les réseaux sociaux. Alors, la phobie des trous est-elle, elle aussi, un produit du monde numérique?

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