Monde

Les conducteurs de tuk-tuk, héros inattendus de la révolte populaire irakienne

Temps de lecture : 2 min

Ils n'hésitent pas à foncer en première ligne des affrontements pour venir en aide aux manifestant·es.

Des Irakiens se mettent à l'abri derrière un tuk-tuk sur le pont al-Jumhuriya, près de la place Tahrir à Bagdad, le 29 octobre 2019. | Ahmad Al-Rubaye / AFP
Des Irakiens se mettent à l'abri derrière un tuk-tuk sur le pont al-Jumhuriya, près de la place Tahrir à Bagdad, le 29 octobre 2019. | Ahmad Al-Rubaye / AFP

Jafar Mohammed, un jeune chauffeur de tuk-tuk d'à peine 15 ans vivant dans un bidonville proche de Bagdad, est fier de son rôle dans les manifestations qui ébranlent l'Irak depuis le 1er octobre.

Parmi l'importante foule d'Irakien·nes qui envahit les rues, les places et les ponts pour réclamer le départ de l'ensemble de la classe politique, inchangée depuis des années et jugée corrompue, ces chauffeurs de taxi apparaissent comme des héros populaires improbables.

«Ce sont les héros des manifestations, déclare Malak Ali Abdulrahman, un ingénieur âgé de 25 ans. Ils prouvent qu'ils ne sont pas uniquement de simples conducteurs de tuk-tuk.»

Ces hommes s'improvisent en effet ambulanciers ou camions de ravitaillement, transportant gratuitement de l'eau, de la nourriture, des masques et des blessé·es –une aide salutaire dans la capitale irakienne, qui après plus d'un mois de mobilisation a des airs de champ de bataille.

Présents sur les toutes premières lignes de front, les chauffeurs de tuk-tuk sont confondus avec les immenses barricades érigées pour faire face à la violente répression des forces de sécurité. Selon un bilan officiel datant du 10 novembre, les contestations ont déjà fait plus de 319 morts et 15.000 blessé·es.

«Mon pays veut que je sois ici»

Lors d'un rassemblement sur la place Tahrir, l'épicentre des grandes manifestations depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, la foule s'est mise à applaudir à l'unisson un tuk-tuk à trois roues transportant le corps ensanglanté d'un protestataire.

Autrefois conspués, associés aux quartiers défavorisés de la ville, ces taxis faits de bric et de broc ont changé de statut. Comme un symbole, le journal gratuit des manifestant·es s'appelle Tuk tuk. «Nous n'avons plus honte d'être pauvres, se réjouit Jafar Mohammed, car la révolte ne réussira pas sans notre présence aux côtés du peuple irakien.»

Chaque jour, l'adolescent se rend à l'avant-garde des affrontements: «Je dois être sur le pont, en première ligne, pour être à proximité des manifestants qui pourraient être blessés par balles.» Il rejoint les barricades dressées sur les ponts reliant la place Tahrir à la zone verte, qui abrite les bâtiments gouvernementaux et les ambassades étrangères. «Mon pays veut que je sois ici, alors je suis là», déclare-t-il.

Pour l'heure, rien ne semble pouvoir entamer la détermination du peuple irakien à faire tomber les têtes du pouvoir en place, dominé par les partis politiques chiites, malgré les nombreuses arrestations et les tirs de snipers postés sur des toits de la ville. L'ONG Human Rights Watch a notamment accusé les forces de l'ordre d'avoir tiré à balles réelles sur des soignant·es, des tentes et des ambulances.

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