Société

La Division nationaliste révolutionnaire, dernier né de la mouvance skinhead

Temps de lecture : 7 min

La ligne idéologique est claire, tout comme les opinions des membres. Certains versent dans le complotisme, la plupart dans l'antisionisme, l'antisémitisme, la xénophobie et l'islamophobie.

Les membres organisent des soirées de musique nationaliste où sont réalisés des saluts hitlériens. | Capture d'écran
Les membres organisent des soirées de musique nationaliste où sont réalisés des saluts hitlériens. | Capture d'écran

Salut hitlérien, tatouages à la gloire des SS, glorification de la collaboration... Alors que trois sympathisants du groupe néonazi Blood & Honor, dissous en juillet 2019, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Marseille pour participation à un groupe de combat, voici le dernier né de la mouvance. Son nom? La Division nationaliste révolutionnaire (DNR).

Parti des rives de la Corrèze il y a un peu moins de deux ans, le groupuscule a fait parler de lui à l'occasion d'une soirée organisée en Bretagne le 20 avril dernier, date de l'anniversaire d'Adolf Hitler. Simple hasard du calendrier, selon son président. Pourtant, la DNR affiche sans complexe son amour du Troisième Reich sur les réseaux sociaux où elle noue désormais des contacts à l'international.

Skinheads de leur temps

La Division nationaliste révolutionnaire s'est d'abord fait connaître à Tulle, ville martyre où le groupe tente d'implanter un local «de la résistance» en janvier 2018. Son porte-parole est un ancien du Front national de la jeunesse (FNJ) local, Sebastien D, toujours de l'aventure deux ans plus tard. À ses côtés désormais, Jeff F, tatoueur de profession. Comptant une trentaine de militants actifs, ce groupe est l'un des contingents les plus importants de la mouvance skinhead.

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La ligne idéologique est claire, tout comme les opinions des membres. Certains versent dans le complotisme, la plupart dans l'antisionisme, l'antisémitisme, la xénophobie et l'islamophobie. Tous ont en commun une passion pour le Troisième Reich et la Collaboration. Si la DNR se fait relativement discrète sur Facebook, ce n'est pas le cas sur son équivalent Russe, VK, où les publications du premier cercle sont on ne peut plus révélatrices.

Au delà des messages ponctués d'emojis «main levée», on peut y trouver pêle-mêle des photos d'Adolf Hitler ou de soldats de la SS. Jeff F confie: «Je n'ai jamais caché mon admiration pour le politicien et stratège qu'il était ainsi que pour le courage des hommes de la Charlemagne qui ont donné leur vie pour combattre le bolchevisme.» D'ailleurs, sur son compte VK, Jeff F poste des photos de ses œuvres, réalisées à même la peau des membres du groupe.

Le tatouage est un classique du look et de la pratique militante skinhead. L'un des membres de la DNR possède sur une partie de son dos un portrait d'Hitler accompagné de deux soldats, de la Totenkopf et de deux S. Sebastien D, lui, arbore depuis le mois d'août la devise SS sur son bras.

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Sur son profil personnel, il affiche également ses trouvailles: des drapeaux nazis ou des polos à l'effigie de la division Charlemagne (des volontaires français engagés sous l'uniforme SS).

Relancée à l'automne 2018, la DNR prospère dans un champ dont la radicalité politique a évolué vers une normalisation et dans une mouvance en perte de vitesse. «Le dernier groupe en date créé était le White Wolf Clan en Picardie en 2015. Mais la mouvance des skinheads bénéficie d'une mauvaise image: brutaux et ingérables. Aujourd'hui, le gros des troupes décide de se tourner vers la mouvance identitaire», explique Stéphane François, politologue et historien, spécialiste des droites radicales.

La formation d'un tel groupe n'est pas surprenante, mais son développement est dû, lui, à une combinaison de plusieurs facteurs.

Des skinheads aux allures de nationalistes révolutionnaires

Reprise en main par Jeff F à l'automne 2018, la DNR devient une association: les statuts sont déposés le 13 novembre 2018 à la préfecture du Cher, et publiés au Journal officiel le 1er décembre 2018.

Selon le politologue et directeur de l'ORAP (Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès) Jean-Yves Camus, «ils ont dû sentir un potentiel, celui de faire venir à eux de petits groupes locaux ou des gens du Bastion social qui chercheraient un nouveau mouvement en cas de dissolution de celui-ci».

L'objet de l'association et la définition que nous en donne son président rappelle d'ailleurs la vision défendue par le Bastion social: «La Division nationaliste révolutionnaire est un groupement de personnes visant à mutualiser des moyens financiers humains ou techniques visant à trouver des solutions à des problèmes récurrents dus à l'abandon des Français de souche par leur gouvernement, expose Jeff F, notre association se revendique du mouvement nationaliste révolutionnaire, en revanche certains membres sont originaires du mouvement skinhead (comme moi d'ailleurs), d'autres du mouvement hools, du mouvement identitaire, et certains d'autres mouvances nationalistes plus traditionalistes.»

Skinhead des villes, des champs… et du numérique?

Paradoxalement, c'est cet écart entre le fond se revendiquant d'un groupe comme le Bastion social et la forme d'une pratique reprenant largement les codes du mouvement skinhead qui pourrait freiner leur extension, d'après l'historien Nicolas Lebourg.

Comme le montre la vidéo d'une réunion en Bretagne, publiée par Le Télégramme, les membres semblent se borner à organiser des soirées de musique nationaliste où sont réalisés des saluts hitlériens et brûlés des drapeaux d'Israël. Pour l'aide aux plus démuni·es, une tentative a bien été organisée l'hiver dernier mais est rapidement tombée à l'eau. La faute sans doute à des membres trop éparpillés sur le territoire.

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C'est là qu'internet tient un rôle primordial. Au-delà de sa structuration dans la vie réelle (création d'une association, réunion en Bretagne), on compte en début d'année sept pages et un groupe Facebook rattachés à la DNR, ce qui tend à montrer un début de structuration numérique.

Selon Stéphane François, cela correspond pour partie à l'implantation traditionnelle de cette mouvance. «Il y a toutefois quelques manques comme la zone de Perpignan et Toulouse, mais aussi le couloir rhodanien avec Lyon et le nord où la mouvance a une forte implantation», indique-t-il.

Internet joue à la fois le rôle de recruteur et de vitrine. «Les réseaux sociaux démultiplient l'audience par un suractivisme. Celui-ci se traduit par plus de publications et des publications plus radicales», explique Stéphane François.

De l'importance de la filiation

En témoigne le nombre conséquent de publications et d'images, sur Facebook, appelant à rejoindre la DNR, tandis que sur VK les membres affichent leurs penchants plus radicaux. Les réseaux sociaux sont aussi un lieu où s'entretiennent et se défendent une image et une crédibilité.

Sur VK, par exemple, Jeff F, le président de l'association, multiplie les publications en hommage à Blood & Honor et C18, deux formations historiques de la mouvance skinhead, dont les branches françaises ont été dissoutes en juillet dernier.

Une forme de filiation, procédé classique de l'extrême et de l'ultra droite. «Cela crée une appartenance à un groupe légendaire et participe de la mythologie du rebelle blanc contre le système», analyse Stéphane François qui précise: «Avant sa dissolution, Blood & Honor était peu actif mis à part quelques concerts et combats de MMA [arts martiaux mixtes, ndlr]. C'est surtout un mythe qui remonte aux années 1970-1980. C'est un groupe, ultra, connu pour sa violence dans les pays de l'Est et aux États-Unis.»

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Jeff nie s'en réclamer, même s'il porte en tatouage «C18», marque d'un engagement passé auprès d'un groupe s'en réclamant, même s'il repartage fièrement la publication d'un certain Jason D, «le chef de Blood & Honor» aux États-Unis: «Je suis effectivement ami avec le président du BH C18 aux USA mais nous ne parlons et n'échangeons jamais sur nos actions.»

La blanchité pour aryanité universelle

D'ailleurs, la DNR s'inspire beaucoup de ses cousins d'outre-Atlantique, notamment lorsqu'il est question de symbolique. Elle reprend les codes propres au suprémacisme comme le tristement célèbre triptyque soleil noir, 88 et 14. Le soleil noir, que Jeff F porte en tatouage, se veut une référence à peine voilée à la croix gammée, le 88 représente SS ou HH. Le chiffre 14 fait quant à lui référence aux quatorze mots du militant nationaliste et suprémaciste américain David Lane: «We must secure the existence of our people and a future for white children» («Nous devons préserver l'existence de notre peuple et l'avenir des enfants blancs»).

Ce nombre est par exemple gravé sur l'une des armes du tueur de Christchurch, dont l'un des membres de la DNR, Hans P, a partagé la vidéo du massacre. «Le 14 est même devenu un gimmick», constate Jean-Yves Camus.

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Ce tropisme n'est pas neuf: dès son arrivée en France à la fin des années 1970, la mouvance skinhead est influencée par les États-Unis. Ici, on va jusqu'à nier les bases même du nazisme, puisqu'en guise d'aryanité, les néonazis défendent la blanchité: «La race aryenne chez eux, ce sont “les Blancs” et ils ne voient plus de différences entre un Russe, un Allemand ou un Portugais. Ce n'est pas un racisme correct par rapport au point de vue nazi», analyse Nicolas Lebourg. Pas correct, certes, mais plus universel, ce qui facilite l'ouverture.

La DNR s'est également liée avec le milieu bordelais et sa structure «Le Menhir», mais elle attire également des profils allemands, britanniques ou encore américains. Au total, une trentaine de comptes peuvent être directement reliés à la DNR. Chiffre confirmé par Jeff F qui se vante même d'être passé «en six mois de six à trente adhérents et environ 400 supports».

Pour Jean-Yves Camus, «ce n'était qu'une question de temps qu'un groupe comme la Division nationaliste révolutionnaire émerge après la dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires en 2013» [groupe dissous à la suite de la mort de Clément Méric, ndlr] même s'il ne s'agit pas pour autant d'une reconstitution de l'ancienne formation dirigée par Serge Ayoub.

La Division nationaliste révolutionnaire pourrait bien, en plus, profiter des effets secondaires des dissolutions exigées par Emmanuel Macron. Avec la fin de Blood & Honor, de C18 et surtout du Bastion social, ce sont autant de militants sans structure, et un moment d'instabilité dans le milieu. Mais Jeff F l'assure, la DNR «a déjà une place bien à elle sans avoir à recruter sur les ruines des autres associations».

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