Santé

«J'ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l'alcool»

Temps de lecture : 6 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sylvie, dont le compagnon alcoolodépendant refuse de se soigner et met sa famille en danger.

«Sa consommation d'alcool était anormale, puisque excessive et cachée.» | Adrian Be via Flickr
«Sa consommation d'alcool était anormale, puisque excessive et cachée.» | Adrian Be via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai bientôt 40 ans et je suis en couple avec un homme depuis dix ans. Nous avons deux enfants âgés de 6 ans et 4 ans.

J'ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l'alcool il y a quatre ans, en tombant par hasard sur une bouteille de whisky bien entamée cachée dans notre garage.

Des souvenirs me sont alors revenus, qui m'ont fait prendre conscience que le problème est là depuis bien longtemps, mais je ne m'étais rendu compte de rien.

Avant même que nous ayons notre premier enfant, j'avais découvert une bouteille de whisky cachée au fin fond d'un placard dans la cuisine, mais à cette époque, je faisais repeindre le plafond et j'en avais déduit que c'était l'artisan.

Puis nous avons eu notre premier enfant et j'ai découvert, là aussi par hasard, des bouteilles de bière vides ou des mégots de joints (il est/était également accro aux jeux d'argent et au shit) planqués dans notre garage. Je lui en ai parlé immédiatement mais il a mis ça sur le compte du stress et de la fatigue, parce que nous venions d'avoir un bébé.

La situation s'est reproduite à plusieurs reprises (à noter que je ne l'ai jamais vu ivre à la maison) et cela m'a fait prendre conscience que sa consommation d'alcool était anormale, puisque excessive et cachée.

J'ai tenté d'en parler avec sa mère, pleine de bonne volonté mais qui ne lui a pas été d'une grande aide. Il a vu notre médecin généraliste, qui lui a dit d'arrêter de boire et d'aller voir un psy. Il ne l'a jamais fait.

J'ai moi-même eu beaucoup de mal à y croire, car son père étant lui-même alcoolique et mon compagnon travaillant dans la santé, je n'aurais jamais cru qu'il puisse tomber là-dedans si facilement.

Il y a deux ans, nous avons acheté une maison et à peine emménagé, j'ai à nouveau retrouvé des bouteilles cachées. Bien sûr, il m'a juré qu'il ne recommencerait pas.

Fin mai 2018, il faisait beau, barbecue, rosé– mon erreur!– et il est parti complètement en vrille, s'en est pris à notre petit garçon qui avait 5 ans à l'époque. J'ai dû intervenir pour le calmer et j'ai bien cru qu'il allait s'en prendre physiquement à moi. Il a menacé de se pendre si je le quittais. J'ai quand même pris mes enfants sous le bras et je suis partie quelques jours, le temps que les choses se tassent.

Il y a un an, en septembre 2018, il m'annonce un matin qu'il s'est fait arrêter par la police la veille, qu'ils lui ont retiré son permis. Il était à 0,80 gramme par litre de sang, c'est considéré comme un délit. Il est passé au tribunal un mois plus tard et a écopé de quatre mois de retrait de permis.

Je passe sur les difficultés logistiques: j'ai été par chance très épaulée par mes parents, qui m'aident avec les enfants. Malgré ce qui lui est arrivé et bien qu'il ait galéré –et pas qu'un peu– pour aller au travail pendant ces mois sans permis, il n'a toujours pas compris.

Je pensais qu'il allait arrêter toute consommation d'alcool, mais non. J'ai essayé plusieurs fois de mettre notre entourage à contribution en leur demandant de ne pas servir d'alcool lors des repas, mais les gens refusent –que ce soit dans sa famille ou la mienne. Je me sens très seule face à cette situation.

Mon compagnon aurait –je ne sais pas s'il faut y croire– été abusé lorsqu'il était un très jeune enfant; il portait encore des couches, me dit-il. Bien qu'il prétende le contraire, je suis persuadée qu'il s'agit de quelqu'un de sa famille, voire un proche. J'en ai également touché un mot à sa mère, mais elle est complètement dans le déni.

Bref, je suis désemparée. C'est un très bon papa, il s'occupe très bien des enfants, les aime très fort et fait plein de choses à la maison, même si en tant que compagnon, j'ai plutôt l'impression d'avoir un coloc: il ne se couche pas souvent avec moi, il prend son petit déjeuner seul dans la cuisine alors que nous sommes à table avec les enfants.

J'ai fait énormément de sacrifices pour lui (notamment professionnels), j'ai abandonné la vie parisienne que j'aimais tant (mais aussi pour mes enfants) et depuis que je suis avec lui, j'ai délaissé mes amis et je ne fais plus rien de ce que j'aimais avant. Depuis quelques mois maintenant, je reprends néanmoins ma vie en main: je sors, revois mes amis, refais du sport...

Je reste certainement pour de mauvaises raisons: la maison que nous venons d'acheter et aussi et surtout les enfants, encore petits, qui ont je pense besoin de leur papa.

Je n'en peux plus de le porter à bout de bras. Je suis tellement triste et en colère.

J'aimerais retrouver une vie normale, saine et sereine, pouvoir faire des projets. Je lui ai donné un ultimatum jusqu'à la fin de l'année, sinon je pars, sans grande conviction qu'il se fera soigner –bien qu'il jure le contraire. Je me sens seule et perdue.

Sylvie.

Chère Sylvie,

C'est à vous et à vous seule de prendre la décision de rester ou non. Les arguments «les enfants sont encore trop petits», «il ne nous reste que dix ans sur le crédit de la maison» ou «je ne sais pas ce que je pourrais faire toute seule» n'en sont pas vraiment.

Vous avez déjà sacrifié beaucoup à la famille que vous avez construite. Vous avez déménagé, fait des concessions sur votre carrière, vous avez maintes fois pardonné. Est-ce que vous croyez que quelque chose reste à sauver? C'est une vraie question que je vous pose; elle n'est pas rhétorique. Est-ce que vous aimez encore cet homme? Si oui, des solutions existent. Elles nécessitent de l'engagement, de sa part comme de la vôtre, et ne doivent pas être faites à contre-cœur sous peine de voir vos efforts conjoints réduits à néant.

Si vous l'aimez, vous devez lui demander de commencer sérieusement une prise en charge pour ses problèmes d'addiction. Vous dites que c'est un bon père, mais aussi qu'il s'en est déjà pris à votre petit garçon de 5 ans… Il en va donc du bien-être de vos enfants. Il existe des services dédiés dans les hôpitaux, des thérapeutes spécialisé·es. Il faut qu'il accepte de se faire aider. On ne gagne jamais son combat contre l'addiction tout seul.

Ensuite, il faut travailler ensemble à sauver votre couple. Il faut retrouver une complicité, une tendresse qui n'a aujourd'hui plus de place pour s'épanouir. Les thérapeutes spécialisé·es en thérapie de couple sont les mieux placé·es pour évaluer les questions à travailler ensemble et la meilleure façon de le faire.

Si vous choisissez cette voie, vous décidez d'investir dans votre futur ensemble –un avenir probablement plus équilibré pour votre famille et où vous, Sylvie, aurez une réelle place pour vos besoins et désirs. Car une posture sacrificielle ne vous apportera jamais le bonheur. Vous engager à sauver votre famille, c'est investir dans un futur où vous aurez une vraie place.

Si vous pensez au fond de vous que plus rien n'est à sauver, que vous n'avez plus de sentiment d'amour pour votre conjoint ou si vous pensez que celui-ci peut être un danger pour vous ou vos enfants, vous pourrez trouver de l'aide auprès d'un·e assistant·e social·e près de chez vous (puisque vous avez des enfants, vous savez qu'il y en a qui consultent au sein des PMI, les centres de protection maternelle et infantile). Des associations comme Alcooliques anonymes ou des groupes de parole peuvent aussi vous épauler. Si vous décidez de quitter votre mari pour reconstruire votre vie ailleurs, vous ne serez pas seule.

Toute cette épreuve se résume en une notion simple: il faut apprendre à demander de l'aide quand on en a besoin. Votre conjoint doit désormais accepter de se faire soigner pour son bonheur futur et celui de votre famille. Vous devez également accepter de faire entrer des parties tierces pour vous aider, quelle que soit l'issue de votre réflexion. Il n'y a pas de honte à se faire aider. Il n'y en a jamais.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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