Sciences

Chez les moules, le cancer est contagieux

Temps de lecture : 2 min

La maladie peut même se transmettre d'un bout à l'autre de la planète.

Du Canada à la France et à l'Amérique du Sud, les cellules cancéreuses des mollusques ont traversé plusieurs océans. | Peter Secan via Unsplah
Du Canada à la France et à l'Amérique du Sud, les cellules cancéreuses des mollusques ont traversé plusieurs océans. | Peter Secan via Unsplah

Des scientifiques ont découvert que des moules contaminées par un cancer sur la côte pacifique du Canada avaient transmis leur maladie à leurs consœurs d'Amérique latine et d'Europe.

«Il n'y a pas d'explication naturelle à la façon dont cela s'est produit sans aide humaine», rapporte Michael Metzger, biologiste au Pacific Northwest Research Institute à Seattle et coauteur d'une étude sur le sujet, publiée dans la revue eLife.

Un cancer se développe généralement lorsque des cellules acquièrent de nouvelles mutations puis se démultiplient. Seuls le système immunitaire ou les médicaments sont capable d'arrêter le processus. Lorsque c'est impossible, l'hôte du cancer meurt et emporte la maladie avec lui.

À partir de 1990, cette perception de la maladie a néanmoins évolué. Les diables de Tasmanie ont commencé à développer des tumeurs sur leur visage, mais l'ADN des tumeurs était différent de celui des animaux atteints.

Une seule possibilité: les cancers avaient été transmis par d'autres diables de Tasmanie. Lorsqu'ils se battent, ces animaux se passent des cellules tumorales qui migrent jusqu'au visage et se transforment alors en tumeur.

Il semblerait que le cancer soit également transmissible chez les animaux aquatiques, comme l'a découvert le docteur Metzger lorsqu'il travaillait à l'université Columbia. Les mollusques malades libèreraient des cellules cancéreuses, qui flotteraient dans les courants jusqu'à atteindre d'autres animaux.

Voyage en bateau

Cette découverte a permis à Nicolas Bierne, de l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier, de résoudre un mystère concernant les moules communes.

Le chercheur ne parvenait pas à déterminer pourquoi des marqueurs génétiques de Mytilus trossulus (qui n'existent pas en Europe mais que l'on pourrait appeler «moules de baie») se retrouvaient dans les moules françaises, alors que les deux espèces vivent dans des eaux différentes et sont incapables de s'accoupler.

Le cancer semble être une explication plausible. Les moules communes pourraient avoir été infectées par le même cancer qui avait touché les moules de la côte pacifique du Canada –ce que confirme l'ADN prélevé sur les cellules cancéreuses des moules française, qui était plus proche de l'ADN des moules canadiennes infectées que de celui des moules saines.

Dans le même temps, des scientifiques sud-américain·es, dont Nuria Vázquez, ont découvert sur leurs côtes des bancs de moules contaminés par une maladie. Les mollusques présentaient les mêmes caractéristiques que les moules malades du Canada et les moules françaises.

Reste à savoir comment les cellules cancéreuses ont réussi à traverser plusieurs océans. Selon le docteur Metzger, les êtres humains sont à l'origine du déplacement de la maladie. Les moules s'accrochent facilement à la coque des bateaux et voyagent de cette manière; elles arrivent ensuite dans de nouvelles eaux et infectent les espèces locales.

Si cette découverte chez les moules peut sembler anecdotique, elle en dit long sur le caractère transmissible du cancer et ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche sur cette maladie. Soyez néanmoins rassuré·e, ce cancer ne peut pas être transmis à l'être humain, précise Antonio Villalba, chercheur au Centre de recherche marine de la Junte de Galice.

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