Société / Économie

Vous devriez vraiment laisser un pourboire à votre chauffeur Uber

Temps de lecture : 4 min

Les conducteurs de VTC ne gagnent pas grand-chose, et ce n'est pas près de s'arranger.

Quelques dollars de plus peuvent faire une grosse différence pour les chauffeurs Uber. | Dan Gold via Unsplash
Quelques dollars de plus peuvent faire une grosse différence pour les chauffeurs Uber. | Dan Gold via Unsplash

Vous devriez laisser un pourboire à votre chauffeur Uber plus souvent.

Enfin, peut-être pas vous en particulier. Peut-être êtes-vous le genre de client·e qui refile quelques dollars de plus à chaque course, tant que votre chauffeur n'a pas eu d'accrochage. Mais cela vous ferait tomber dans une minorité parmi celles et ceux qui utilisent ce type de transports. Selon une étude publiée mi-octobre, 60% des utilisateurs d'Uber ne laissent pas le moindre pourboire. Seul 1% en donnent à chaque fois. Et quand ils le font, ils laissent, en moyenne, 3 dollars.

Il est possible que ces chiffres soient légèrement obsolètes: l'étude en question se base sur quatre semaines de données concernant 40 millions de courses datant de la fin de l'été 2017, au moment où Uber a lancé la fonction pourboire sur son application. Avant cela, l'entreprise était le M. Pink de ce type de boulot –anti-pourboire et parfaitement assumé.

La direction d'Uber affirmait que «pour les clients et les chauffeurs, il valait mieux connaître exactement le prix ou le gain de chaque course», plutôt que d'avoir à deviner le montant d'un pourboire. Et citait des études prouvant que les client·es peuvent se montrer un peu racistes et sexistes quand il s'agit de laisser un petit quelque chose (dénonciation tout à fait honorable, sauf quand vous êtes vous-même une entreprise connue pour ses pratiques salariales louches).

Il a fallu un procès pour que Uber autorise ses chauffeurs à solliciter des pourboires et, pendant un certain temps, les client·es n'ont pu le faire qu'en espèces. Il semble plausible qu'étant donné que les utilisateurs d'Uber sont davantage habitués à être automatiquement sollicités pour laisser un pourboire, ils soient devenus plus généreux. Ou pas.

Dur de s'en sortir pour les chauffeurs

Parmi les auteurs de l'étude figurent trois anciens employés d'Uber qui ont contribué à la conception de la fonction pourboire de l'application, notamment l'ancien économiste en chef John A. List, qui travaille désormais chez Lyft. Ils ont présenté leurs résultats à la presse sous un angle plutôt optimiste. «Je crois que les chauffeurs d'Uber reçoivent moins de pourboires que les chauffeurs de taxis parce que ça se fait une fois la course terminée, et pas en face à face», explique l'économiste de l'université de Californie à San Diego à The Verge.

«Dans un sens, je pense que c'est ce qu'il y a de mieux. Les clients ne donnent pas un pourboire de façon automatique, mais seulement si le service les a satisfait. Ainsi, les pourboires sont des motivations pour les chauffeurs.» L'étude montre d'ailleurs que les mieux noté·es sont généralement celles et ceux qui reçoivent les pourboires les plus généreux, ce qui suggère que les bonnes performances sont récompensées.

«C'est un travail difficile et pas franchement rémunérateur»

Les chercheurs ont également produit un autre article, qui avance que l'arrivée des pourboires aurait débouché sur un déclin des demandes de courses et par conséquent de la rémunération horaire des chauffeurs, bien que les résultats ne soient pas très probants d'un point de vue statistique. La conclusion suggère sans conviction que pousser les passager·es à donner davantage de pourboire pourrait ne pas être dans l'intérêt économique des chauffeurs.

Mais voilà: en l'état, votre chauffeur Uber ne gagne probablement pas grand-chose. L'entreprise laisse entendre qu'ils engrangent autour de 20 dollars brut de l'heure, mais ça, c'est avant qu'on ne prenne en compte quelques petites choses comme le coût des réparations dues à l'usure des véhicules, l'assurance et le carburant. Une fois ces dépenses comptées, l'Economic policy institute (qui penche à gauche) estime que les chauffeurs gagnent un peu moins de 12 dollars de l'heure; et le taux horaire se rapproche davantage de 9 dollars si l'on prend en considération les taxes liées à l'auto-entreprise.

La vie est plus belle à New York

À certains endroits, ils s'en sortent mieux: la ville de New York a voté une loi l'année dernière exigeant des applis de VTC de verser à leurs chauffeurs un salaire minimum de 17,22 dollars de l'heure, frais déduits. En Californie, ils pourraient même finir par avoir des avantages tels qu'une assurance santé, grâce à la nouvelle loi de l'État appelée AB5 et qui vise à leur donner le statut de salariés, bien que pour l'instant il ne soit pas très clair qu'Uber et Lyft aient l'intention de s'y plier.

Mais en gros, c'est un travail difficile et pas franchement rémunérateur, où quelques dollars supplémentaires à la marge reçus sous forme de généreux pourboire peuvent faire une grosse différence de pourcentage sur la somme qui finit dans la poche.

Le pourboire, une tradition barbare?

Il existe naturellement des raisons de principe pour s'opposer au pourboire. Peut-être pensez-vous que cela incite Uber à ne pas se sentir obligé d'augmenter les chauffeurs. Personnellement, je trouve que le pourboire relève généralement d'une tradition barbare et classiste qui place les travailleurs à la merci de clients arbitraires et qui abusent potentiellement de leur pouvoir, et que nous ferions mieux d'empêcher qu'elle se répande à des secteurs où elle n'est pas déjà courante –surtout quand on sait à quel point certaines entreprises comme Instacart ont déjà abusé de cet usage en détournant ces pourboires à leur profit.

Mais pour l'instant, Uber et Lyft ne gagnent pas d'argent, ce qui signifie qu'ils sont peu susceptibles d'augmenter leurs chauffeurs si on ne les y oblige pas. Et maintenant qu'ils sont côtés en bourse, ils pourraient bien baisser leurs coûts sous la pression d'investisseurs en quête de profits. En attendant, si vous voulez que votre chauffeur gagne correctement sa vie, il va vous falloir mettre la main à la poche de votre propre gré.

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