Monde

Des femmes ouïghoures forcées de dormir avec des hommes envoyés par le régime chinois

Temps de lecture : 2 min

Nouvelle étape du programme d'«unité ethnique» dans le Xinjiang.

Des membres de la communauté ouïghoure manifestent à Bruxelles pour alerter sur la situation dans le Xinjiang, le 27 avril 2018. | Emmanuel Dunand / AFP
Des membres de la communauté ouïghoure manifestent à Bruxelles pour alerter sur la situation dans le Xinjiang, le 27 avril 2018. | Emmanuel Dunand / AFP

Le Parti communiste chinois a franchi un pas supplémentaire dans la répression de la minorité ouïghoure dans la province du Xinjiang. Alors que près de 1,5 million de Ouïghour·es ont été ou sont encore détenu·es dans de gigantesques «camps de rééducation», le régime envoie ses cadres dans les foyers ouïghours, auprès des femmes dont les maris sont emprisonnés.

Considérée comme une menace par les autorités chinoises, la minorité ouïghoure est progressivement coupée du monde extérieur par les interdictions et les menaces que fait peser sur elle le gouvernement.

Depuis plusieurs mois, les Ouïghour·es coupent tout contact avec l'extérieur, de peur d'être accusé·es de déloyauté envers le régime et emprisonné·es. De même, personne ne répond aux journalistes qui parviennent à se rendre dans la région, par crainte des répercussions.

Sur fond d'islamophobie, tous les prétextes sont bons pour envoyer des membres de la communauté ouïghoure dans les camps de travail: refuser de boire de l'alcool, ne pas manger de porc ou dire «bismillah» peuvent rapidement conduire en prison.

Assimilation forcée

Dans ce contexte où les droits humains sont allègrement bafoués, le gouvernement chinois a mis au point un nouveau programme au Xinjiang. Pour promouvoir l'«unité ethnique» dans cette région majoritairement ouïghoure et musulmane, des hommes du régime sont envoyés auprès des femmes ouïghoures dont les maris se trouvent dans des camps de travail.

Ces cadres sont chargés de surveiller les foyers et d'enseigner l'idéologie politique du Parti communiste. Tous les deux mois, ils passent environ une semaine dans les foyers ouïghours: ils travaillent, partagent les repas et participent à la vie familiale.

«Ils aident [les familles] avec leur idéologie, en apportant de nouvelles idées, détaille un cadre du Parti à Radio Free Asia. Ils leur parlent de la vie, et pendant cette période, ils développent des sentiments l'un pour l'autre.»

Les hommes du régime sont également invités à partager le lit des femmes ouïghoures, mais aucune ne s'en serait plainte, selon le cadre anonyme. Un autre confirme ses dires et ajoute que les hommes du Parti communiste n'ont jamais essayé de profiter des femmes, affirmant par ailleurs que les familles ouïghoures sont très heureuses d'accueillir les Chinois han chez elles.

Dans l'hypothèse où des Ouïghour·es protesteraient contre ces méthodes, des restrictions de leurs droits peuvent être appliquées, et les «camps de rééducation» sont suffisamment grands pour accueillir toute personne qui émettrait la moindre critique.

L'ONG Human Rights Watch a dénoncé ces «pratiques d'assimilation forcée profondément envahissante», qui «non seulement violent les droits fondamentaux, mais qui sont également susceptibles de susciter et d'accroître le ressentiment dans la région».

Dolkun Isa, président du Congrès mondial ouïgour, estime quant à lui que le programme a «transformé les maisons des Ouïgours en prisons dont il est impossible de sortir».

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