Sports / Économie

Christine Lagarde par ses anciennes coéquipières de natation synchronisée

Temps de lecture : 4 min

Bien avant le FMI, les ministères ou même les cabinets d'avocat, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne brillait dans les bassins.

Christine Lagarde arrive au siège de la Banque centrale européenne, à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le 4 novembre 2019. | Daniel Roland / AFP
Christine Lagarde arrive au siège de la Banque centrale européenne, à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le 4 novembre 2019. | Daniel Roland / AFP

Marion Lassarat se perd parfois dans ses pensées. Elle a le regard fixé sur la table basse de son salon, à peine perturbée par le tic-tac incessant de l'horloge. Un léger sourire s'affiche sur son visage. Cette retraitée havraise de 68 ans, ancienne institutrice, se remémore avec nostalgie sa jeunesse. «Il doit me rester quelques photos de mon mariage!», lance-t-elle. Elle se lève pour chercher un cahier blanc, quelque peu abîmé par le temps, et montre une image en noir et blanc.

On y voit le couple entouré de ses convives. Au second rang, à peine reconnaissable et plus haute que tout le monde, Christine Lallouette, plus connue aujourd'hui sous le nom de Christine Lagarde. Marion avait d'autres photos de l'ancienne ministre mais elles ont disparu dans un récent cambriolage.

Car la retraitée connaît bien –ou plutôt connaissait bien– celle qui vient tout juste de démarrer son mandat de présidente de la Banque centrale européenne (BCE), ce 1er novembre. Elles ont fait partie de la même équipe de natation synchronisée au Club nautique havrais, à la fin des années 1960. «J'ai un souvenir de franche rigolade d'un bout à l'autre», résume Marion Lassarat.

Médaille de bronze et équipe de France

Née à Paris, Christine Lagarde a passé son enfance au Havre. Une ville alors en pleine reconstruction, totalement détruite par la Seconde Guerre mondiale, et sans vraiment de charme. À l'âge de 12 ans environ, ses parents l'inscrivent au Club nautique havrais (CNH), en natation synchronisée, ou ballet nautique à l'époque. La jeune Christine est alors admiratrice de la nageuse et actrice Esther Williams et ne cache pas son amour pour les bassins. «Je pense que j'ai dû être un dauphin dans une vie antérieure», concédait-elle en 2011 au New York Times.

Au CNH, elle rencontre Marion, Maryvonne, Claude et Frédérique. Le groupe d'amies l'accueille très facilement, bien qu'elle soit plus jeune de quelques années. «La natation la sortait de chez elle, retrace l'ancienne institutrice. Même si elle y était heureuse, elle a vu d'autres façons de vivre que la sienne. Un peu moins strictes.» Le groupe l'aidera notamment à se changer les idées à la mort de son père, alors qu'elle n'a que 16 ans.

«Elle était d'une grande intelligence et avait un bel esprit de répartie. On a toujours su qu'elle irait loin.»
Marion Lassarat

Les filles s'entraînent quasiment tous les jours en été pour profiter de la grande piscine à ciel ouvert du CNH, à quelques mètres à peine de la plage. L'hiver, elles enchaînent cinq entraînements par semaine. «Le CNH ferme fin septembre donc on a fait le tour de toutes les piscines du Havre qui nous acceptaient», sourit Marion. Le groupe part aussi en vadrouille dans toute la France pour des compétitions ou des inaugurations de piscine.

Ces escapades mèneront Christine Lagarde jusqu'aux championnats de France, où elle décrochera une médaille de bronze à 15 ans. «Elle a été en équipe de France, un peu comme nous toutes, nuance Maryvonne Riehl, elle aussi ancienne coéquipière de la présidente de la BCE. Quand on remonte dans ces années-là, on n'avait pas les impositions techniques que les filles ont aujourd'hui.» Mais contrairement à ses camarades, Christine Lagarde se joindra aussi plus tard à une équipe américaine pour disputer des championnats outre-Atlantique.

Retrouvailles inattendues

Ce parcours brillant ne surprend absolument pas Marion Lassarat. «Elle était d'une grande intelligence et avait un bel esprit de répartie, reconnaît-elle. On a toujours su qu'elle irait loin.» Il y a deux ans, les ancien·nes du club ont organisé un déjeuner dans un restaurant du Havre en bord de mer. Bien entendu, l'ancienne présidente du Fonds monétaire international n'était pas présente. «On l'aurait bien invitée mais elle était aux États-Unis. Ça fait un peu loin pour un repas!», plaisante Marion. Cela n'a pas empêché Christine Lagarde d'être au centre des discussions, chacun·e se demandant «jusqu'où elle va aller».

Une chose est sûre: partout où elle ira, la natation continuera de suivre Christine Lagarde. Premièrement, parce que la présidente de la BCE s'exerce à quelques longueurs dès qu'elle en a le temps. Ensuite, car la vie offre parfois des retrouvailles inattendues avec son passé. Maryvonne Riehl se souvient de ce jour où, dans le cadre de son travail, elle s'était retrouvée par hasard au Palais des Congrès en même temps que sa coéquipière d'enfance, alors ministre déléguée au Commerce extérieur (de 2005 à 2007).

«Madame Lagarde arrive!», entend Maryvonne, aujourd'hui retraitée, alors qu'elle s'apprêtait à quitter les lieux. Elle se fraye un chemin entre les gardes du corps et décline son identité à la ministre. «Elle a eu une réaction très agréable et très spontanée, se remémore Maryvonne. Elle est sortie de son rôle et m'a fait un accueil très chaleureux.»

«Serre les dents et souris»

Marion aussi a eu l'occasion de parler à son ancienne amie en 2010. Mais indirectement. Le 26 mars, Christine Lagarde est l'invitée d'Isabelle Giordano pour une émission sur Arte. La ministre de l'Économie répond à des questions de diverses personnes, enregistrées en vidéo. D'un coup, le visage de Marion Lassarat s'affiche sur l'écran. «Est-ce que tu te souviens de ce qu'est un catalina? Et est-ce que la pratique et la rigueur de la natation synchronisée t'ont aidée dans ton métier, surtout pour manager des hommes?», demande la Havraise filmée devant la piscine du CNH. Une séquence qui fait sourire Christine Lagarde, avant que celle-ci ne mime avec ses mains le mouvement des jambes pour réaliser la figure complexe évoquée.

Christine Lagarde l'assure en plateau: la natation synchronisée l'a bien aidée pour son parcours. Développement de la mémoire ou de la connaissance de son corps grâce à l'enchaînement des figures, mais aussi contrôle de soi avec l'apnée. Une phrase de son entraîneuse de l'époque lui revient surtout en tête: «Serre les dents et souris.»

Elle l'explique: «Cette expérience m'a aussi appris l'échec et la difficulté d'être jugée par les autres. Quand vous pratiquez la natation synchronisée, vous faites votre figure imposée et vous êtes notée par un panel de juges, que vous ayez réussi ou non. Il y a parfois l'injustice de la notation, la subjectivité du regard du juge et tout ça il faut l'avaler, serrer les dents et sourire.» Un dicton auquel elle avoue avoir plusieurs fois pensé en politique.

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