Monde

La nonne qui accompagnait les condamnés à mort

Temps de lecture : 2 min

À Singapour, la peine de mort est toujours en vigueur, avec l'approbation de la population.

Pendant 40 ans, soeur Gérard a accompagné des condamné·es dans le couloir de la mort | Sven Nackstrand / AFP
Pendant 40 ans, soeur Gérard a accompagné des condamné·es dans le couloir de la mort | Sven Nackstrand / AFP

Pendant les sept dernières années de sa vie, Tan Mui Choo a tenu une correspondance régulière avec une nonne catholique, à Singapour. Elle avait été condamnée à mort pour le meurtre de deux jeunes enfants, complice de son mari et de sa maîtresse.

Soutien spirituel

«Elle a commis une grave erreur», estime la sœur Gérard Fernandez, aujourd'hui âgée de 81 ans, avant d'ajouter: «j'étais attristée lorsque j'ai entendu la nouvelle pour la première fois, mais je savais que je devais la voir». La nonne, qui avait connu Tan Mui Choo comme élève de son couvent par le passé, est ainsi venu le voir en prison. Pendant des années, elle lui a rendu visite, passant de longues nuits de prière avec elle:

«J'étais là pour soutenir [Tan] et elle savait qu'elle pourrait me parler. Je pense que cela l'a libérée de sa prison mentale», raconte-t-elle.

Au matin du 25 novembre 1988, sœur Gérard accompagnait Tan dans ses derniers instants, jusqu'à la potence, en chantant son hymne préféré, «How Great Thou Art».

Le centre pénitentiaire sous haute surveillance où elle était sert de lieu de détention pour tous les condamné·es à mort et les criminel·les reconnu·es coupables des plus grands crimes à Singapour. Après Tan Mui Choo, sœur Gérard a accompagné 18 autres condamné·es dans les couloirs de la mort, pendant près de quarante ans.

«Les condamné·es à mort ont besoin de beaucoup de soutien mental, émotionnel et spirituel. Je voulais les aider à comprendre qu'avec le pardon et la guérison, ils et elles seraient alors capables de rejoindre un endroit meilleur», raconte-t-elle.

Soutien populaire à la peine de mort

Le service pénitentiaire de Singapour, qui gère quatorze prisons et centres de réhabilitation pour les toxicomanes, a salué l'accompagnement de sœur Gérard, affirmant que le soutien est un élément «essentiel à la réhabilitation et à la réinsertion des détenu·es».

La peine de mort reste un sujet peu controversé dans la dictature de Singapour, qui revendique par ailleurs de faibles taux de criminalité. En 2012, le gouvernement avait modifié les lois sur la peine capitale, permettant aux juges de prononcer des peines de prison à vie plutôt que des peines de mort pour les personnes reconnues coupables de trafic de drogue. Au cours de l'année 2018 pourtant, treize personnes ont été exécutées, un nombre de record sur ces dernières années.

La population se montre majoritairement favorable à des lois sévères et à l'application de la peine de mort. Celle-ci est «présentée comme un moyen de dissuader le crime», explique Kirsten Han, la cofondatrice du mouvement We Believe in Second Chances («nous croyons en la seconde chance»), qui milite en faveur des condamné.es à mort. «Il y a beaucoup de conditionnement, qui pousse les Singapourien·nes à soutenir des lois aussi dures, mais très peu de débat ouvert et d'information qui pourraient atteindre le grand public

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