Monde

Donald Trump et les chiens, c'est compliqué

Temps de lecture : 5 min

Son hommage à Conan, qui a participé à l'élimination d'al-Baghdadi, cache un rapport complexe avec le meilleur ami de l'homme.

Donald Trump à la Maison-Blanche, le 2 novembre 2019. | Olivier Douliery / AFP
Donald Trump à la Maison-Blanche, le 2 novembre 2019. | Olivier Douliery / AFP

Le lundi 28 octobre, le président Donald Trump a dévoilé sur Twitter l'existence d'un héros improbable de l'opération qui a conduit à la mort du chef de l'organisation État islamique Abou Bakr al-Baghdadi: un berger belge qui, selon Newsweek, répond au nom de Conan.

Le chien s'est rué dans un tunnel souterrain pour intercepter al-Baghdadi et a même été blessé lorsque ce dernier a déclenché sa ceinture d'explosifs. Pendant le petit numéro auquel il s'est livré après le raid, Trump a invité le chien à venir le voir à la Maison-Blanche. La photo de Conan qu'il a twittée comportait une légende rappelant curieusement les félicitations d'un maître à son chien qui aurait obéi à un ordre du style «donne la patte» ou «couché».

Nous avons déclassifié une photo du merveilleux chien (son nom n'est pas déclassifié) qui a fait du SI BON BOULOT pour capturer et tuer le Chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi!

Insulte déshumanisante

Or Trump, qui est pourtant né l'année du chien selon le calendrier zodiacal chinois, entretient une relation compliquée avec ces créatures à poils. Comme le soulignent des médias comme le Washington Post, depuis son entrée à la Maison-Blanche le président utilise régulièrement le mot chien en guise d'insulte déshumanisante.

D'ailleurs, lorsqu'il a annoncé le succès de l'opération, il a décrété qu'al-Baghdadi était «mort comme un chien» (c'était avant que le rôle de Conan ne soit révélé au public). En 2018, il avait produit ce tweet tristement notoire: «Le General Kelly a fait du bon boulot en virant rapidement ce chien», en faisant référence à son ancienne assistante Omarosa Manigault[1] Newman.

Trump a lancé le même genre d'insulte: «viré comme un chien» et «lâché comme un chien» à l'égard de Steve Bannon, Ted Cruz, Michael Wolff et Chuck Todd sur Twitter. Comme le remarque The Cut, il est coutumier du fait et son habitude de traiter les gens de chien remonte à loin avant son accession à la présidence: il l'a fait avec Kristen Stewart lorsqu'elle a trompé Robert Pattinson, et a qualifié le rappeur Mac Miller de «chien ingrat» lors d'une querelle au sujet d'une de ses chansons.

D'autres analyses des insultes canines de Trump pré-Maison-Blanche révèlent un autre cas effarant: en 2011, la journaliste du New York Times Gail Collins a raconté que Trump lui avait envoyé un exemplaire d'un de ses articles qu'il n'aimait pas, où il avait «entouré sa photo et écrit “Tête de chien!” par-dessus.»

Il s'avérait également friand de l'obscure expression «se débarrasser comme un chien» ou «jeter comme un chien» dans des interviews télévisées, peut-être une version embrouillée à sa sauce de l'expression plus courante «être livré aux chiens.»

Le cas Chappy

Rhétorique mise à part, la relation de Trump avec de vrais chiens est également tendue. Trump est germophobe et pendant longtemps, il a refusé toute idée d'avoir un chien chez lui. Dans ses mémoires de mère, Raising Trump, Ivana Trump, l'ex-femme du président, raconte le mal qu'elle a eu à garder son caniche Chappy lorsqu'elle s'est installée avec lui. Devant la résistance de son mari, Ivana lui a lancé un ultimatum: «C'est moi et Chappy ou personne!»

Trump a fini par permettre à Chappy de rester et ne s'est pas opposé à ce qu'il dorme sur le lit du côté d'Ivana. Cependant, il est clair qu'il ne s'entendait pas du tout avec le caniche. «Je vous ai raconté l'amour démesuré qu'éprouvait Chappy pour mon manteau en chinchilla, écrit Ivana, il était proportionnel à sa haine pour Donald. Chaque fois que Donald s'approchait de mon placard, Chappy lui aboyait dessus comme pour défendre son territoire.»

En revanche, apparemment les enfants de Trump adoraient Chappy lorsqu'ils étaient petits. Eric, Don Jr. et Ivanka ont tous un chien chez eux aujourd'hui.

Partenaires de business

Ceci dit, Trump n'a aucun scrupule à se servir de l'immense popularité des chiens pour faire sa promotion et celle de ses produits. Homme d'affaires avant tout, il n'a jamais hésité à capitaliser sur des choses qu'il n'aimait pas personnellement; en 2007, il a tenté de vendre une marque de vodka et en 2011, il a fondé l'exploitation vinicole Trump Winery alors qu'il est de notoriété publique qu'il ne boit jamais une goutte d'alcool.

Son équipe de campagne électorale pour 2020 vend en ce moment une laisse pour chien Trump-Pence, que son fils, Don Jr., met en scène avec sa fille sur son compte Instagram.

Ses hôtels ont aussi essayé d'attirer les propriétaires de chiens. En 2011, l'hôtel Trump de Las Vegas s'est mis à proposer des «Massages de pattes en chambre» par des masseuses professionnelles. Misty Marley, le chien qui tenait le rôle-titre du film de 2008 Marley & Me, a été un des premiers à essayer ce service et à avoir pu, ensuite, déguster une bouteille d'eau Trump Las Vegas.

Trump a également eu recours à plusieurs défis canins dans son émission de télé-réalité The Apprentice. Dans un épisode, il fait gérer des motels pour chiens rivaux aux candidats, dans un autre il leur fait organiser une campagne pour chiens sans abri. À cette occasion d'ailleurs, il a déclaré: «Je crois fermement que tout le monde mérite d'avoir une deuxième chance, et ces chiens ne font pas exception.»

Pas de compagnon à Washington

Et pourtant, il est le premier président depuis 1901 à ne pas avoir de chien à la Maison-Blanche. Lors d'un meeting à El Paso, Texas, en février, il a expliqué: «Je n'ai pas le temps. J'aurais l'air de quoi à promener un chien sur la pelouse de la Maison-Blanche?»

Eh bien nous savons exactement de quoi Trump a l'air quand il promène un chien. Une vidéo d'archives du Today Show datant du 24 septembre 2010 le montre en train de tenir en laisse un chien baptisé Sable et de le caresser, raide comme un piquet. Quand Matt Lauer lui pose la question, il explique ne pas avoir de chien et se justifie: «Trop compliqué à sortir», mais il suggère: «Je vais peut-être prendre Sable. J'aime bien Sable. Sable me plaît pas mal».

Je pense qu'on peut supposer sans prendre trop de risque qu'il n'a pas ramené Sable chez lui.

1 — Ndt: Omarosa Manigault Newman est une femme, mais le mot «chienne» qui a en français une connotation sexuelle, ne s'applique pas ici. Pour la petite histoire, en anglais le féminin de dog est bitch. Retourner à l'article

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

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