Société

Les obsessions identitaires sont les poisons de nos sociétés démocratiques

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand on laisse se propager des discours qui stigmatisent la communauté musulmane, on ne doit pas s'étonner de voir une mosquée attaquée.

Attaquer une mosquée, c'est attaquer la République. | Guilhem Vellut via flickr
Attaquer une mosquée, c'est attaquer la République. | Guilhem Vellut via flickr

Voilà ce qui arrive quand on laisse la parole publique proliférer, lorsque jour après jour dans une sorte d'hystérie collective on fustige des comportements dont on ose prétendre qu'ils sont autant de crachats lancés au visage de la République. Un jour, un sinistre individu s'estimant dans son bon droit, s'en va attaquer une mosquée et canarder tout ce qui bouge. De la haine à l'état pur avec assez de déréliction dans le passage à l'acte pour qu'on s'interroge sur sa santé mentale.

Pourtant, nul besoin d'avoir assimilé les fondements de la psychanalyse pour savoir que de tels comportements sont toujours le fruit d'une idéologie qui tend à désigner une frange de la population comme responsable de tous les malheurs de la nation. On pointe du doigt, on accuse, on met en exergue et à la fin on récolte ce qu'on a semé: la violence à l'état brut, la propagation de comportements délétères, la libération de la parole qui se répand comme un venin à travers toutes les couches de la société et s'autorise des dérapages qui hier encore seraient apparus aux yeux de tous comme des atteintes à la concorde nationale.

Les agitateurs à la petite semaine, les forbans des débats télévisés, les esprits chagrins obsédés par cette vaste plaisanterie qu'on nomme grand remplacement, les éditorialistes qui voient des femmes voilées partout et en appellent à la sauvegarde de la République sont des véritables pourfendeurs de haine, de dangereux trublions qui macèrent dans leur médiocrité fielleuse et flattent tout ce qu'il peut y avoir de mesquin, de bas, de vil chez l'être humain.

Comment donner le moindre crédit à une thèse aussi farfelue que celle défendue par le grand remplacement? Quoi, une nation forte de soixante millions d'âmes se verrait menacée par une minorité dix fois moins nombreuse, laquelle, élevée au sein d'un islamisme rigoriste, rêverait d'imposer sa loi à toutes les composantes de la société?! Mais de qui se moque-t-on? A-t-on perdu complètement la raison pour donner quelque crédit à ces assertions dont on connaît par cœur la rengaine nationaliste, cette bave insidieuse qui goutte aux lèvres de ceux toujours enclins à reporter le poids de leurs infortunes sur le dos d'un ennemi de l'intérieur pourvu d'arrières-pensées équivoques?

Hier c'était les juifs qui propageaient le chaos et s'engraissaient sur le dos des braves gens, aujourd'hui ce sont les musulmans qui, quartier après quartier, coloniseraient la République pour mieux l'asservir à ses visées religieuses. Foutaises, admirables foutaises. À entendre certains, on dirait que se forment à l'entrée des mosquées de longues files de citoyens désabusés qui, Coran à la main, viendraient se convertir en masse à la religion musulmane. Le grand remplacement! La République aux abois! L'Assemblée nationale aux mains des imams! Le voile comme instrument de domination! Et la tour Eiffel transformée en minaret.

Les discours sont bien rodés, ils existent depuis la nuit des temps. Ils nourrissent la folie des hommes quand ces derniers en viennent à croire de pareilles fadaises et s'illusionnent de fantasmes qui n'ont pas le moindre début de fondement. Ils sont ces vents mauvais de l'histoire qui soufflent quand reculent nos exigences éthiques, lorsque peu à peu, sans y prendre garde, nous en venons à admettre des propos et des attitudes qui sont autant de défis lancés à notre intelligence, à notre morale, à notre intégrité.

On a le droit ne pas trouver à son goût que des femmes se promènent voilées, on peut s'inquièter de voir des positions rigoristes gagner en popularité auprès de populations à qui nous avons tourné le dos depuis fort longtemps, on doit dénoncer la folie sanguinaire des quelques-uns assez fous pour croire en des dévoiements délirants de la pensée religieuse mais jamais, ô grand jamais, on ne doit s'habituer à ce discours de la haine au quotidien qui rend fous les faibles d'esprits, et faibles nos idéaux démocratiques.

Jamais.

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