Culture

Six films d'horreur de 2019 à (re)voir pour Halloween

Temps de lecture : 7 min

J-1 avant Halloween: l'occasion parfaite de se mettre dans l'ambiance avec quelques films d'horreur bien sentis. En voici six sortis cette année, sélectionnés par nos soins.

Dans Wedding Nightmare, Grace (Samara Weaving) s'engage dans une partie de cache-cache un peu particulière avec sa belle-famille. | Capture d'écran YouTube
Dans Wedding Nightmare, Grace (Samara Weaving) s'engage dans une partie de cache-cache un peu particulière avec sa belle-famille. | Capture d'écran YouTube

1. «Us», de Jordan Peele

Sorti le 20 mars 2019

Jordan Peele a provoqué en 2017 une petite secousse dans le monde de l'horreur, avec Get Out et sa critique de l'hypocrisie des progressistes américains. Mais c'est avec Us, création encore plus ambitieuse, que sa patte s'est confirmée: celle d'un réalisateur qui met à profit le genre de l'horreur pour explorer les questions d'inégalités sous toutes leurs coutures.

Ici, le réalisateur s'attaque à la notion de privilège, cette grande cloison qui sépare le peuple américain en deux. Pour appuyer son propos, il utilise le motif du double maléfique: en vacances dans la ville balnéaire de Santa Cruz, la famille Winston se retrouve soudainement attaquée par une famille à l'apparence identique à la sienne, qui veut prendre sa place. Ces ombres (que l'on nomme Reliés) ont beau leur ressembler physiquement, elles sont rongées par la colère, car elles n'ont jamais connu le bonheur ni le confort que les Winston prennent pour acquis.

La puissance du film repose en grande partie sur les doubles performances de son casting exceptionnel. Lupita Nyong'o prouve une nouvelle fois toute l'étendue de son talent, avec une inteprétation physique bluffante qui parvient à nous faire oublier qu'on regarde la même actrice incarner deux rôles distincts. Winston Duke et Shahadi Wright Joseph, dans les rôles du père et de la fille, sont remarquables, tandis qu'Elisabeth Moss nous rappelle qu'elle peut être drôle (ce que trois saisons de The Handmaid's Tale avaient activement essayé de nous faire oublier).

Le plus impressionnant est la manière dont Jordan Peele construit peu à peu de la sympathie pour ces agresseurs terrifiants; les Reliés ne sont pas intrinsèquement mauvais, leur seule différence est qu'ils ont eu la malchance de vivre du mauvais côté de la surface.

Le seul défaut du film est qu'à force d'ambition, il risque parfois de dérailler, tant Jordan Peele tient à accumuler les idées, les références, et les explications dont il aurait pu se passer. Mais c'est le signe d'un réalisateur qui a beaucoup de choses à dire, et on a hâte d'entendre la suite.

2. «Crawl», d'Alexandre Aja

Sorti le 24 juillet 2019

Pour refléter notre monde de plus en plus connecté, beaucoup de films d'horreur se sont récemment inspirés des innovations qui envahissent notre quotidien: les applis, les réseaux sociaux, les escape games… Dans cet écosystème, Crawl s'impose comme une alternative rafraîchissante et presque radicale de simplicité: alors que la Floride est frappée par un ouragan de catégorie 5, une jeune femme et son père se retrouvent piégés dans le sous-sol de leur maison face à un énorme alligator. (Ou deux. Ou cinq.)

Alexandre Aja, notre trésor national de l'horreur (Haute Tension, La Colline a des yeux), opère ainsi un véritable retour aux sources et offre au genre du film d'alligator (malheureusement moins prestigieux que le film de requin) un de ses meilleurs spécimens.

Kaya Scodelario, révélée dans Skins, porte le film avec énergie et charisme, et son excellente alchimie avec Barry Pepper, qui joue son père, fournit de nombreux moments d'humour et d'émotion entre les multiples scènes d'action.

À mi-chemin entre le film catastrophe, le thriller et le film d'horreur, Crawl est une petite pépite efficace (moins de 90 minutes) qui ne relâche jamais la tension.

3. «Ne coupez pas!», de Shin'ichirô Ueda

Sorti le 24 avril 2019

Cela fait quinze ans que l'énorme succès de Shaun of the dead, sorti en France en 2005 (ça y est, vous vous sentez vieux?), a relancé la mode de la comédie zombie, entraînant des dizaines de déclinaisons pour la plupart assez médiocres. C'est donc avec délectation qu'on a découvert cet excellent film japonais, sorti en 2017 mais arrivé chez nous uniquement cette année.

Tourné en quelques jours par une équipe d'étudiant·es avec un budget riquiqui de 27.000 dollars, Ne coupez pas! vient redynamiser un genre qui commençait sérieusement à sentir le renfermé.

On y suit le tournage d'un film d'horreur à micro-budget, qui tourne mal lorsque de véritables zombies envahissent le set… Notre résumé s'arrêtera là, car moins vous en savez sur le film, plus vous l'apprécierez. On se contentera juste de dire que les apparences sont extrêmement trompeuses, et qu'on vous conseille de prêter attention à ce que vous voyez dans le premier tiers du film.

Plus le temps passe, plus l'énergie de Ne coupez pas! impressionne, littéralement: les trente-sept premières minutes sont composées d'un seul et unique plan-séquence rocambolesque, où les sprints incessants du cadreur à travers les décors nous ont donné un point de côté.

Progressivement, le film prend des dimensions de plus en plus méta, et la dernière demi-heure est une véritable déclaration d'amour au septième art, aux méthodes de cinéma guérilla et aux œuvres réalisées avec des bouts de ficelle, une identité que revendiquent beaucoup de classiques de l'horreur (Evil dead, Le Projet Blair Witch, Paranormal activity). Mais derrière toute cette audace, le film révèle aussi un twist étonnamment pur et touchant. Un classique instantané.

4. «Midsommar», d'Ari Aster

Sorti le 31 juillet 2019

On a tous déjà paniqué parce qu'un de nos proches ne répondait pas à son téléphone et qu'on s'était mis à imaginer le pire. Dans la vraie vie, souvent, la personne finit par répondre. Mais dans Midsommar, les parents de l'héroïne ne répondent pas, parce qu'ils ont été tués par sa sœur, qui s'est ensuite suicidée. C'est avec cette séquence glaçante que s'ouvre le deuxième film d'Ari Aster, qui confirme sa place comme un des réalisateurs de films d'horreur les plus enthousiasmants du moment.

Après son terrifiant Hérédité, l'Américain poursuit son exploration de la famille, de la santé mentale, et des sectes religieuses. Mais cette fois-ci, il nous emmène en Suède, où l'héroïne Dani se rend avec son petit ami pour tenter de se remettre de ce deuil qui a complètement bouleversé son existence.

Comme si ce traumatisme ne suffisait pas, Dani est aussi enfermée dans une relation toxique qui ne l'épanouit pas mais qui est, selon elle, sa dernière bouée de secours après avoir perdu sa famille. Rapidement, le voyage en Suède met au jour les tensions au sein du couple et le film se transforme alors en un récit d'émancipation extrêmement tordu.

Porté par une performance hallucinante de Florence Pugh, le film atteint des sommets de terreur psychologique, mais crée aussi de surprenants moments d'émotion, comme lorsque l'héroïne et les femmes de la communauté pleurent et hurlent à l'unisson pour évacuer leur douleur. Avec des décors somptueux et une superbe musique de Bobby Krlic, Midsommar est un trip inoubliable.

5. «Wedding Nightmare», de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Sorti le 28 août 2019

Cette année, le monde de l'horreur l'a bien compris: il y a peu de choses plus terrifiantes que le fait d'avoir un petit ami de merde. Si Midsommar proposait une réflexion plus spirituelle sur le sujet, Wedding Nightmare va droit au but et délivre un des films d'horreur les plus purement funs de l'année.

Le soir de son mariage, Grace est invitée à passer la nuit chez sa belle-famille et à jouer à un jeu de cache-cache un peu spécial (le genre où vos beaux-parents se mettent à vous pourchasser avec des fusils et des arbalètes). Dans la même lignée que You're next, Wedding Nightmare reprend le concept de la soirée de famille de l'enfer, et nous offre la nuit de noces la plus cauchemardesque de l'histoire.

Le film suit une trame assez prévisible, mais prend de l'épaisseur grâce à la performance engagée de Samara Weaving, scream queen survoltée comme on n'en avait pas vue depuis très longtemps. Avec elle, chaque réplique se transforme en cri du cœur hilarant («fucking rich people» étant notre préféré, évidemment).

C'est en effet à la tradition Wasp américaine (pour White anglo-saxon protestant, soit protestant anglo-saxon blanc) que le film s'en prend, tournant en dérision les habitudes monstrueuses de cette famille de riches à laquelle les Roy de Succession n'ont rien à envier.

Le film brille à chaque fois qu'il nous offre ces savoureux moments de catharsis, et on ne peut pas résister à l'envie d'applaudir à chaque fois que l'héroïne hurle à pleins poumons des dizaines d'insultes pour se défouler.

6. «The Lighthouse», de Robert Eggers

Sorti le 18 décembre 2019

Si on nous avait dit qu'un huis clos en noir et blanc et en format carré sur deux gardiens de phare serait un des films les plus drôles de l'année, on aurait eu du mal à le croire. Surtout venant de Robert Eggers, jeune réalisateur prodige qui s'est fait remarquer en 2015 avec The Witch, et est en train de se créer une niche bien à lui avec ses films d'époque horrifiques situés dans des lieux reculés et austères.

Dans The Witch, il reproduisait méticuleusement le quotidien d'une famille puritaine de Nouvelle-Angleterre en 1630, terrifiée à l'idée que le diable puisse s'en prendre à leurs récoltes. Dans The Lighthouse, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, l'Américain situe l'action dans un phare à la fin du XIXe siècle, et filme la lente plongée dans la folie des deux gardiens forcés de cohabiter dans cet espace hostile.

Plutôt que de se reposer sur des jump scares, le réalisateur construit une atmosphère de plus en plus oppressante et glaciale où le vent, la pluie et les mouettes semblent exacerber la paranoïa des personnages.

Mais The Lighthouse pourrait aussi bien être décrit comme un film d'horreur que comme une comédie, en grande partie grâce à l'alchimie explosive entre Willem Dafoe et Robert Pattinson, qui livrent des performances complètement déchaînées et échangent des insultes d'une telle créativité que les personnages de Veep en seraient sans doute jaloux.

Il reste encore quelques semaines avant la sortie du film, mais on vous suggère de mettre un rappel sur votre calendrier: on vous garantit que vous ne verrez rien de similaire cette année.

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