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JO d'hiver de 2018: Annecy, cause (perdue) nationale

Yannick Cochennec, mis à jour le 06.07.2011 à 18 h 15

Les chances de la candidature française étaient maigres face à celles de Munich et de Pyoengchang.

Annecy, REUTERS/Jacky Naegelen

Annecy, REUTERS/Jacky Naegelen

Mise à jour 6 juillet 2011: Annecy n'accueillera pas les JO 2018. PyeongChang a obtenu 63 votes, Munich 25 et Annecy... 7. C'est donc bien la ville sud-coréenne qui a été choisie à la majorité des voix, au premier tour, ce mercredi à Durban pour organiser les Jeux olympiques d'hiver.  En mars 2010, Yannick Cochennec expliquait pourquoi la ville savoyarde n'avait que très peu de chances de l'emporter. Nous republions son article.

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Au cas où vous ne le sauriez pas, la France est candidate à l'organisation des Jeux olympiques et Paralympiques d'hiver en 2018. Annecy a été choisie, en effet, pour porter les couleurs nationales lors d'un long processus qui aboutira au 6 juillet 2011 et à la désignation, à Durban, en Afrique du Sud, des hôtes des Jeux de 2018. Trois villes ont été adoubées comme villes requérantes par le Comité International Olympique (CIO) et doivent être confirmées comme villes candidates, toujours par le CIO, en juin prochain. Il y a donc Annecy, Munich, en Allemagne, et Pyoengchang, en Corée du Sud.

Selon toute probabilité, les trois requérantes seront toutes les trois candidates en raison du sérieux de leur profil et dans la mesure où une finale à deux ferait plutôt mauvaise genre pour le CIO, habitué à plus d'empressement à sa porte quand vient l'heure du choix d'une cité olympique. En 2007, lors du succès de Sotchi pour les Jeux de 2014, il y avait, en effet, sept requérants, trois prétendants restant en lice lors de la grande finale à Guatemala City. «C'est un problème de circonstance», s'est contenté de répondre Jacques Rogge, le président du CIO, guère inquiet par ce manque d'engouement comme il l'a suggéré dans une interview donnée à L'Equipe au début des Jeux de Vancouver.

Il n'en reste pas moins que le gigantisme des Jeux d'hiver -86 médailles d'or décernées en 2010 contre 36 à Lake Placid en 1980- a de quoi en effrayer quelques-uns tant il est difficile ensuite, voire impossible, de rentabiliser certaines installations souvent laissées à l'abandon comme à Turin après le passage de la flamme olympique en 2006. Alors que va faire Annecy dans cette galère? Et, surtout, quelles sont ses chances de l'emporter?

Soyons clairs. Dix-huit après les Jeux Olympiques d'Albertville dont le projet avait été porté à bout de bras par une figure aussi charismatique et influente que Jean-Claude Killy, la France n'a aucune illusion à se faire. Annecy n'a que de très faibles espoirs de triompher dans une course à laquelle le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) aurait mieux fait de renoncer dans le sillage du naufrage de Paris 2012 dans la baie de Singapour.

En 2018, ce n'est pas, en effet, au tour de l'Europe d'organiser les Jeux d'hiver après Turin en 2006 et Sotchi en 2014. Ce n'est pas non plus à l'Amérique du Nord après Salt Lake City en 2002 et Vancouver en 2010. C'est à l'Asie, 20 ans après Nagano en 1998. Et Pyeongchang est une lauréate toute désignée car elle a déjà postulé à deux reprises pour les Jeux de 2010 et de 2014. Et deux fois, elle a été battue sur le fil en finale: 56 voix à 53 en faveur de Vancouver et 51 votes à 47 pour le plus grand bonheur de Sotchi. CQFD, a-t-on envie de conclure. La ville autrichienne de Salzbourg, également sur les rangs pour les Jeux de 2010 et 2014, a d'ailleurs choisi, cette fois, de faire une pause, sentant probablement que c'était encore aller au casse-pipe.

Le CIO rétorquera que l'alternance des continents n'est pas décrétée et que tout le monde peut donc saisir l'opportunité offerte. Comme la France, l'Allemagne continue, elle aussi, de croire en son destin. Pourquoi pas? Mais ses moyens sont autrement plus sonnants et trébuchants que ceux d'Annecy. La très riche Bavière est derrière cette candidature avec plusieurs autres arguments de poids dans la balance. L'Allemagne n'a plus été le cadre des Jeux d'hiver depuis 1936 à Garmisch-Partenkirchen. Pour la première fois dans l'histoire de l'olympisme, une ville aurait ainsi l'opportunité d'être l'hôte des Jeux d'hiver après avoir reçu ceux d'été en 1972, sachant que certaines installations d'il y a 38 ans seraient réutilisées, évitant donc un surcoût. Munich s'est offert, sinon, une ambassadrice de charme en la personne de Katarina Witt, l'ensorcelante patineuse double championne olympique. Last but not least, le dossier allemand est plaidé par Thomas Bach, l'un des hommes les plus influents du CIO dont il est le vice-président. Selon beaucoup de spécialistes, Bach est même le favori tout désigné pour devenir le successeur du Belge Jacques Rogge qui, en principe, quittera ses fonctions en 2013. Voilà donc l'Allemagne bien armée pour essayer de contourner la «logique» qui voudrait que les Jeux d'hiver s'arrêtent en Corée du Sud en 2018.

Face à des adversaires aussi redoutables, Annecy ne pèse donc pas très lourd d'autant plus qu'elle a aggravé son cas en tardant à donner un visage à son équipe dirigeante. Après des mois d'atermoiements, Edgar Grospiron, champion olympique de ski bosses à Albertville en 1992, s'est vu récemment confier les rênes de cette candidature qu'il a commencé à défendre avec difficulté dans les cénacles de Vancouver où Annecy a bien mesuré l'étendue de son retard. A l'arraché, Jean-Claude Killy, qui affirme que les Français ont perdu un an, a fini par se rallier à la cause de la préfecture de Haute-Savoie. Cet extrait de l'interview accordée par le héros des Jeux de Grenoble en 1968 à L'Equipe voilà quelques semaines en dit long sur son «enthousiasme»:

Le maire d'Annecy, Jean-Luc Rigaut, annonce que vous soutenez désormais la candidature de sa ville à l'organisation des Jeux d'hiver 2018. Vous confirmez?

Oui, j'ai décidé de m'impliquer aujourd'hui parce que la forme qu'ils ont adoptée me plaît beaucoup plus qu'au début. Pendant dix mois, on avait eu n'importe quoi. Maintenant, on est à peu près en ordre de marche, de quoi se donner des chances de réussite.

Que leur reprochiez-vous ?

Ils ont fait l'inverse de ce que je leur avais demandé. Ils avaient nommé trois présidents non issus des sports d'hiver, avec des sportifs devant, mais seulement «pour monter sur l'estrade». J'avais conseillé à M. Rigaut de prendre la présidence en s'associant Edgar Grospiron et Antoine Dénériaz. Il est allé chercher le CNOSF (et son président Denis Masseglia) et quelqu'un de très bien, Christian Monteil (président du conseil général de Haute-Savoie). Les trois empereurs. Avec Dénériaz désigné président... des supporters! Mais on ne met pas une armée en marche derrière trois généraux! Ça doit être les sportifs d'abord. Je ne supporte pas qu'on nous prenne pour des cons.

Ambiance, ambiance... A Vancouver, le cas d'Annecy s'est encore aggravé avec l'échec d'Antoine Dénériaz, champion olympique de descente en 2006, à l'élection à la commission des athlètes, qui aurait dû lui permettre d'intégrer le CIO, de découvrir le système de l'intérieur pour mieux défendre Annecy, et de donner également une voix de plus à la France qui ne compte plus que deux membres parmi la centaine du CIO: Jean-Claude Killy et Guy Drut. Résultat du vote: c'est un inconnu britannique, Adam Pegilly, spécialiste du... skeleton, qui a été élu. Et une voix de plus pour les anglo-saxons, et même deux puisque du côté des femmes, le scrutin a été dominé par une hockeyeuse américaine! Jacques Rogge ne s'est pas gêné pour fustiger la défaite de Dénériaz et mitrailler le sport français au passage: «Lorsqu'on est champion olympique de descente, l'épreuve reine, on a un vrai avantage. La France présente toujours de grands noms à cette élection (Douillet en 2000 et 2004; Mauresmo en 2008), mais elle n'y arrive jamais. Il y a donc un problème avec la France. Si on est battu par un représentant du skeleton, c'est qu'on n'a pas mouillé le maillot.»

On en revient toujours aux mêmes maux dénoncés en 2005 lorsque Londres avait coiffé Paris au poteau -maux qu'il aurait mieux valu continuer de disséquer en leur trouvant des remèdes au lieu de se lancer dans cette nouvelle aventure encore vouée à une issue fatale. La France a perdu complètement pied dans les instances internationales olympiques et rien n'a évolué favorablement depuis 2005. Seuls émergent Bernard Lapasset, président de la Fédération internationale de rugby (discipline tout juste réadmise aux Jeux), Jean Todt, président de la Fédération internationale du sport automobile (non olympique) et Michel Platini, aux commandes de l'UEFA. Ce n'est pas l'élection d'un inconnu, Denis Masseglia, à la tête du CNOSF, qui a amélioré la situation alors que Guy Drut, recalé lors de ce scrutin, aurait eu au moins l'avantage de la visibilité internationale et d'une vraie connaissance des rouages du CIO pour préparer sérieusement une candidature de Paris pour les Jeux d'été de 2020 ou de 2024.

A Vancouver, Masseglia s'est même permis de s'en prendre aux choix de Vancouver et Sotchi en stigmatisant une forme d'irresponsabilité du CIO dans sa décision de confier les Jeux d'hiver à deux cités de bord de mer. Jean-Claude Killy ne l'a pas raté: «Même s'il n'a pas énormément de crédit, il faut faire attention à ne pas critiquer les autres.» Allez Annecy, bon courage et bonne chance!

Yannick Cochennec

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