Égalités / Culture

Kelly Bachman, l'humoriste qui ne voulait pas de Harvey Weinstein dans son public

Temps de lecture : 2 min

La jeune artiste ne s'est pas dégonflée, apostrophant à plusieurs reprises l'invité surprise du gala auquel elle participait.

Kelly Bachman s'adresse à Harvey Weinstein | capture d'écran Youtube
Kelly Bachman s'adresse à Harvey Weinstein | capture d'écran Youtube

Kelly Bachman n'imaginait pas que sa prestation du mercredi 23 octobre puisse connaître un tel retentissement. Invitée par une société d'événementiel à interpréter un sketch dans un club new-yorkais, la jeune humoriste a dû modifier sa prestation au dernier moment en raison de la présence d'un certain Harvey Weinstein, tranquillement installé à une table pour assister au spectacle en compagnie d'ami·es.

Accusé par 93 femmes d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel ou de viol, l'ancien producteur comparaîtra en janvier prochain dans le cadre d'un procès pour deux agressions sexuelles.

Kelly Bachman n'a pas tergiversé. Elle a profité de son passage sur scène pour pointer du doigt la présence de Weinstein dans le public, considérant qu'il lui semblait difficile de faire comme si de rien n'était. Une prestation improvisée au cours de laquelle le prédateur a été comparé à Freddy Krueger, le tueur cauchemardesque créé par Wes Craven, et décrit comme un «éléphant dans un magasin de porcelaine».

La comédienne ne s'est pas arrêtée en si bon chemin, affirmant qu'elle ignorait qu'il fallait «apporter sa bombe lacrymogène et son sifflet anti-viol» dans cette salle. Toujours plus courageuse, elle a également raconté avoir été violée, ajoutant: «aussi surprenant que cela puisse paraître, ce n'est pas par une personne présente ici ce soir».

Un public divisé

La réaction du public n'a hélas pas été très surprenante, comme on peut l'entendre dans une vidéo publiée sur Twitter. Si quelques femmes présentes dans l'assistance ont marqué leur soutien à l'humoriste, on a également (et surtout) entendu des huées et des sifflets émanant d'hommes présents dans le même bar. «Ferme-la!», a même ajouté l'un d'entre eux.

Kelly Bachman a alors adressé un bon gros «fuck you» (dont la traduction polie est «va te faire voir») en direction de Weinstein, avant de poursuivre le spectacle qu'elle avait prévu de jouer. Un peu plus loin, à l'occasion d'un passage parlant de sexe, elle s'est de nouveau tournée vers l'ancien producteur, affirmant en criant que «le consentement est important».

Quelques heures plus tard, l'humoriste, qui disposait d'un compte Twitter inactif sur lequel elle avait jusque là posté un seul message, a publié la vidéo de son intervention dans le deuxième tweet de l'histoire de son compte.

Dans son tweet, Kelly Bachman cite Amber Rollo, une autre comédienne, qui avait également tenu à faire savoir à Weinstein que sa présence était indésirable: «Vous êtes un putain de monstre. Que faites-vous ici? Allez vous faire foutre». L'un des amis de l'ancien producteur l'a alors traitée de «salope».

Plus tard dans la soirée, une autre artiste, Zoe Stuckless, est allée se confronter à Weinstein, s'indignant notament de l'inaction du reste de l'assemblée. Stuckless, ainsi qu'une autre femme ayant tenu des propos similaires, ont toutes les deux été invitées à quitter les lieux.

Interrogée après les faits, l'organisatrice de l'événement, Alexandra Laliberte, a tenu à faire savoir qu'elle souhaitait défendre la liberté de chaque personne, et que ce n'était pas la première fois que Harvey Weinstein apparaissait dans l'une des soirées organisées par sa société.

Lors d'un entretien accordée à une matinale télévisée américaine, Kelly Bachman raconte avoir été prévenue avant son passage de la présence de Weinstein dans la salle, et que malgré les avertissements de ses proches, qui disaient avoir peur que cela brise sa carrière, elle savait qu'elle devait absolument dire quelque chose.

Impliquée dans la lutte contre le viol et la prise en charge des victimes (elle a notamment organisé un événement consacré aux humoristes victimes de viol, comme le raconte le New York Times), Kelly Bachman a fait preuve d'autant de force que de cohérence. Elle dit avoir fait tout ce qu'elle a pu, ajoutant qu'elle regrette de ne pas être allée encore plus loin. Le courage dont elle fait preuve mérite pourtant d'être salué sans réserve.

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