Société

Donner aux SDF, un petit guide de solidarité

Temps de lecture : 3 min

Avant tout, il s'agit d'en finir avec la politique de l'autruche.

Un sans-abri à Paris, le 3 mars 2019. | Kenzo Tribouillard / AFP
Un sans-abri à Paris, le 3 mars 2019. | Kenzo Tribouillard / AFP

Chaque citadin·e croise quotidiennement des personnes quémandant de l'argent dans l'espace public ou dans les transports. Nous ne savons pas toujours comment répondre à ces sollicitations, d'autant qu'elles sont nombreuses et variées.

Nous préférons souvent la micro-politique de l'autruche, qui consiste à simuler que nous n'avons ni vu, ni entendu ces personnes que nous catégorisons spontanément comme SDF. Ce n'est pas forcément que nous soyons insensibles et refusions toute solidarité, mais il s'avère effectivement difficile de satisfaire toutes les demandes.

Les justifications personnelles, plus ou moins légitimes, ne manquent pas pour se dédouaner de toute forme d'aide: nous n'avons pas le temps, nous ne pouvons pas donner à tout le monde, nous avons nous-mêmes nos propres problèmes, nous ne donnons pas d'argent pour ne pas cautionner les consommations d'alcool ou de drogue, nous ne donnons pas aux étrangers, etc.

Même lorsqu'il nous arrive de leur venir en aide, nous sélectionnons souvent implicitement les personnes que nous jugeons dignes de cette aide: parce qu'untel est poli, parce qu'elle présente bien, parce qu'il ne boit pas, parce que telle autre est dans notre quartier depuis des années, etc. Nous définissons en fait, selon des critères moraux (qui sont aussi des représentations socialement partagées), les «bon·nes» et les «mauvais·es» pauvres.

De plus, nous ne sommes pas forcément à l'aise pour les aider: comment se comporter? Comment parler? Que donner? Comment aider?

Devenir bénévole

Quoi qu'il en soit, l'aide qu'on peut apporter aux SDF prend plusieurs formes. On doit distinguer l'aide institutionnelle et l'aide spontanée, l'aide matérielle et le soutien symbolique.

Une manière de venir en aide aux SDF consiste à s'engager dans une association caritative en tant que bénévole, pour participer à des actions collectives (maraudes, distribution de repas, distribution de vêtements, soutien administratif).

En se fiant aux chiffres produits par l'organisation France Bénévolat pour 2016, on remarque que le caritatif est le secteur dans lequel s'engagent le plus les bénévoles français·es, puisqu'il concerne 27% des engagements des plus de 20 millions de bénévoles comptabilisé·es par l'étude.

Plus spontanément, c'est au moment de la rencontre avec une personne sans-domicile dans l'espace public que peuvent s'opérer des rapports d'aide. Le plus souvent, il s'agit alors de donner un peu d'argent, d'acheter nourriture et boisson ou bien d'offrir du tabac à la personne rencontrée.

L'association et réseau Entourage permet d'aider les personnes sans-abri à retrouver confiance en elles.

Éviter la condescendance

Une posture moralisante consiste à ne pas donner d'argent pour éviter qu'il ne serve à acheter de l'alcool ou de la drogue ou, plus stigmatisant encore, à donner de l'argent en spécifiant que c'est pour le chien accompagnant parfois la personne qui mendie.

C'est dénier d'une part que les gens sont libres de gérer leur budget comme ils l'entendent, et oublier d'autre part que l'alcoolisme et la toxicomanie sont des maladies qui s'imposent aux individus une fois dépendants.

Qui plus est, si cette préférence est verbalisée («Je préfère vous acheter à manger plutôt que vous donner de l'argent»), elle est potentiellement perçue comme condescendante ou avilissante par les sans-domicile ainsi offensé·es, si bien que l'aide matérielle peut se faire au prix d'une stigmatisation dommageable –comme lorsque l'on donne des restes alimentaires à un·e mendiant·e, qui peut alors se sentir rabaissé·e au rang de poubelle.

Durant l'hiver, l'aide matérielle peut se concrétiser par le don de couvertures, de sacs de couchage ou de vêtements chauds, quand il ne s'agit pas de proposer l'hébergement chez soi pour une nuit ou plus, ce qui se fait plus rarement.

Dire bonjour, échanger un regard

Sur le plan symbolique, il va sans dire que la mendicité est une expérience particulièrement honteuse pour les SDF qui n'ont d'autre choix que de s'y adonner.

Ces personnes affichent leur condition de dénuement, leur soumission corporelle (assises par terre, tendant la main), mais aussi leur dépendance vis-à-vis des maigres dons qu'elles quêtent. C'est pourquoi certain·es mendiant·es, mobiles et debout, dissimulent leur activité en allant à la rencontre des passant·es.

En l'absence de dons matériels, il reste possible et important de donner de soi afin de reconnaître les sans-domicile, en validant le fait qu'elles et ils existent et qu'on les a bien vu·es. Dire bonjour, hocher la tête, échanger un regard et une parole sont autant de petits actes qui paraissent anodins mais auxquels les SDF sont loin d'être indifférent·es.

Ce sont là des marques infimes de reconnaissance qui prennent toute leur importance, compte tenu de la stigmatisation à laquelle expose le fait de faire la manche. Ces gestes symboliques compensent en quelque sorte les effets négatifs de la stigmatisation, car a contrario, celle-ci s'exprime parfois par des remarques sévères: «Va travailler et tu t'en sortiras!», «Non, je ne donne pas aux profiteurs!».

Il faut bien prendre conscience que même si certain·es SDF décrivent la manche comme un travail, astreint à des horaires fixes, des postes fixes et des techniques apprises sur le tas, il s'agit là d'une activité particulièrement difficile, moralement comme physiquement, qui procure des ressources bien trop maigres pour considérer que ces personnes profitent de la générosité des passant·es.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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