Société / Monde

En Californie, les tensions entre sans-abri et résidents s'accentuent

Temps de lecture : 2 min

Campements, seringues et misère humaine mettent à l'épreuve la tolérance et la compassion en Californie.

Dans le Golden State, la cinquième puissance économique mondiale, le nombre de sans-abri ne cesse de croître, alimentant les tensions avec le reste de la population. | Matt Collamer via Unsplash
Dans le Golden State, la cinquième puissance économique mondiale, le nombre de sans-abri ne cesse de croître, alimentant les tensions avec le reste de la population. | Matt Collamer via Unsplash

La Californie, chantre de la tolérance et des valeurs libérales, fait face à une crise du logement toujours plus grave. Les premières victimes sont les personnes sans-abri dont le nombre ne cesse de croître. Mais depuis quelques temps, le ressentiment du reste de la population californienne à leur égard grandit.

Couverts d'insultes telles que «parasites financiers» et «clochards» quand ils ne sont pas la cible de jets de pierres ou de bombes au poivre, les sans-abri sont devenus des indésirables. L'un des fers de lance de ces actions délibérément cruelles pourrait bien être Gene Gorelik, un promoteur immobilier d'Oakland qui s'est déjà illustré par ses critiques agressives et ses propositions indécentes. Insinuant que «les camps de réfugiés en Syrie sont plus propres» que les camps de sans-abri, il a proposé d'offrir un aller simple vers le Mexique à toutes les personnes vivant dans la rue à Oakland.

Alors que les prix des logements dépassent régulièrement de nouveaux seuils, les inégalités s'accentuent et les personnes souffrant de maladie mentale ou dépendant de la drogue continuent d'affluer vers la rue. En 2019, San Jose comptait 6.200 personnes sans domicile, soit 42% de plus que lors du dernier recensement, deux ans auparavant. À Los Angeles, ce chiffre a progressé de 12% pour atteindre les 59.000 personnes sans logement.

Dans un récent sondage, les Californien·nes ont placé le problème des sans-abri au coeur de leurs préoccupations, une première en vingt ans d'enquêtes. La misère est devenue plus visible. Le trafic de drogue en plein air ne surprend plus vraiment et des excréments humains et des seringues usagées sont régulièrement retrouvées dans les rues de San Francisco et Los Angeles.

L'électorat de gauche «atteint le point de rupture»

John Maceri, directeur général de People Concern, une agence de services sociaux de Los Angeles, témoigne de l'hostilité grandissante envers les sans-abri ces derniers mois: «Il y a des gens qui entrent dans la catégorie des gens qui en ont marre mais qui ne sont pas des gens mauvais. Ils se décrivaient comme étant à gauche du centre, et parfois très à gauche du centre, mais à un moment donné, ils atteignent le point de rupture.»

Bill Bedrossian, directeur général de Covenant House California, un groupe sans but lucratif qui gère des refuges et des programmes pour les jeunes sans-abri, le confirme: «Les gens ne veulent pas de sans-abri auprès d'eux». Il constate une «augmentation du manque d'empathie». Candice Elder, fondatrice et directrice générale de l'East Oakland Collective, un organisme qui vient en aide aux sans-abri, remarque que «quand les gens se plaignent, leur plainte n'est pas accompagnée d'une solution compatissante».

Dans une indifférence grandissante, l'absence d'empathie et d'humanité culmine avec des incendies criminels ou des tirs dirigés à l'encontre des sans-abris. C'est ce que rapporte Paul Read, 43 ans, un bénévole de la vallée de San Fernando où il a arrêté un homme en plein «entraînement au tir» qui prenaient des tentes pour cible.

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