Culture

Un lauréat du World Press Photo pris la main dans Photoshop

Slate.fr, mis à jour le 08.03.2010 à 17 h 57

Le jury du prestigieux World Press Photo, prix international qui récompense les meilleurs photojournalistes, a disqualifié le 3 mars Stepan Rudik, lauréat du 3e prix dans la catégorie Sport du dernier palmarès. Le comité estime que le photographe a violé les règles du concours en enlevant sur Photoshop un bout de pied de sa photo originale alors que le règlement stipule que «le contenu de l’image ne doit pas être altéré».

La photo originale avant retouche (remarquez le détail du pied entre le pouce et l'index du joueur blessé):

La photo primée initialement par le World Press Photo:

Cette disqualification suscite un vif débat sur les blogs spécialisés. Dans un long post très intéressant, l'illustrateur suisse Béat Brüsch dénonce l'hypocrisie de la décision du World Press Photo:

La décision du jury illustre bien le désarroi d’une profession (et d’une partie du public) qui s’accroche à des repères d’un autre temps. On constate cela dans de nombreux domaines où l’informatique, les réseaux et les flux de données remettent en question bien des modèles! À l’heure où les logiciels de traitement d’images autorisent une si grande maitrise de leur apparence, on ne peut plus fixer des règles du jeu basées sur un état de la technique (et des croyances) totalement dépassé. En recadrant, le photographe a supprimé de l’image plusieurs personnes, cela n’est pas grave, mais on le sanctionne au prétexte qu’il a effacé un morceau de pied (d’ailleurs flou et difficilement identifiable).

André Gunthert, chercheur en histoire visuelle, voit dans la décision une définition de ce que doit être le photoreportage selon le World Press Photo:
En filigrane, ce sont deux théories de l’image qui s’opposent. La sélection d’un détail dans une image et son soulignement par le passage au noir et blanc est un choix graphique, proche de l’esthétique de l’illustration. La décision du jury suggère qu’une telle option n’est pas conforme à la doxa de l’instant décisif, selon laquelle le regard du photographe doit être capable de réagir instantanément à l’événement, et qui prescrit l’intangibilité de l’image réalisée à ce moment crucial. [...] Certes, Cartier-Bresson ne recadrait pas ses photographies. Mais il choisissait bel et bien ses images sur planche-contact, dans le tranquille après-coup de l’évaluation esthétique.

[Lire les articles sur Mots d'images et Culture Visuelle]

Crédit photos: © Stepan Rudik

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