Parents & enfants

L'éducation positive est-elle vraiment positive?

Temps de lecture : 14 min

Présentée comme la méthode idéale, elle n'est pourtant pas exempte de défauts.

Pour gagner le titre de bon parent, il faut viser rien de moins que le «plein développement» de son enfant | Jennifer Araujo via Unsplash
Pour gagner le titre de bon parent, il faut viser rien de moins que le «plein développement» de son enfant | Jennifer Araujo via Unsplash

Éradiquer les crises et les colères, retrouver la sérénité familiale, tout en optimisant le fonctionnement du cerveau de nos enfants… Qui n'en rêve pas? C'est ce que l'éducation positive, autrement appelée «parentalité positive», «autorité bienveillante» ou encore «éducation non-violente» vend aux parents. Mais cette alternative éducative, aujourd'hui en passe de devenir la norme, est-elle exempte de tout reproche? Est-ce la méthode idéale? A-t-elle bien été comprise? Dans L'éducation vraiment positive, publié chez Larousse, Béatrice Kammerer entend faire exploser les idées reçues: non, on n'élève pas son enfant en suivant un tutoriel, non, la méthode n'est pas aussi «scientifiquement prouvée», oui, elle stigmatise trop souvent les parents les plus vulnérables et peut alourdir la charge mentale des mères.

Nous en publions des extraits, édités par l'autrice et la rédaction de Slate dans un souci de lisibilité.

Que signifie exactement éduquer «positivement» au 21e siècle? La question paraît simple, mais il n'en est rien! Vous aurez beau parcourir les dizaines de livres se revendiquant de l'éducation positive, vous n'en trouverez aucun qui propose une définition digne de ce nom. Tout se passe comme si connaître (sans jamais l'avoir explicité) le sens des mots «éducation positive» était une manière de prouver qu'on faisait partie des «initiés». Et pourtant, comment espérer questionner ce modèle –analyser sa richesse, ses forces, ses contradictions, ses espoirs, ses écueils– sans même savoir de quoi on parle!

Le dernier né des dogmes éducatifs...

Actuellement, la seule définition explicite de l'éducation positive est celle qu'a formulée le Conseil de l'Europe: «“Parentalité positive” se réfère à un comportement parental fondé sur l'intérêt supérieur de l'enfant, qui vise à l'élever et à le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance, en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement.»

Un objectif ambitieux et qui opère un renversement de taille dans la manière d'envisager la parentalité. Désormais, on ne serait plus un «bon parent» par défaut, en se bornant à éviter les comportements délétères. Pour gagner ce titre, il faut viser rien de moins que le «plein développement» de son enfant. Comment atteindre ce Graal? Est-il seulement possible d'arriver un jour à un stade où on pourrait juger le développement de notre enfant suffisamment «plein»?

Sur ces points, le Conseil de l'Europe ne dit pas grand-chose –et pour cause: ce que pose leur définition, ce n'est pas une marche à suivre, mais un but, un idéal à viser! Cela explique qu'il nous semble si difficile à atteindre... et si difficile à critiquer! Comment pourrait-on légitimement s'opposer à la poursuite de l'intérêt supérieur de l'enfant? Être «contre» l'éducation positive serait aussi incongru et révoltant qu'être «contre» la paix ou «contre» la bonne santé! Mais pourrions-nous nous satisfaire d'une paix contrôlée par un régime totalitaire? D'un système de santé où nul n'aurait le droit de refuser une intervention chirurgicale? S'entendre sur le but à poursuivre ne veut pas dire qu'on s'entende sur le chemin pour s'y rendre!

Rares sont ceux qui osent dépasser cette vision manichéenne selon laquelle on éduque son enfant comme on débouche un évier: grâce à un tutoriel!

Si les conseils éducatifs péremptoires ont pu servir autrefois une volonté de diffuser de meilleures pratiques, force est de constater que c'est devenu aujourd'hui une véritable habitude rédactionnelle. Il suffit d'ouvrir l'un de ces magazines destinés aux parents pour s'en rendre compte: faites ceci, pas cela, jamais ainsi, toujours comme ça... Rares sont ceux qui osent dépasser cette vision manichéenne selon laquelle on éduque son enfant comme on débouche un évier: grâce à un tutoriel! Et pour cause, tout le monde y trouve son compte!

D'un côté, les parents se sont habitués à recevoir constamment des consignes, parfois exaspérantes, mais aussi très rassurantes: qui voudrait escalader l'Everest de la parentalité sans un guide? De l'autre côté, les experts ont pris l'habitude de générer des conseils à la pelle en réponse à ces attentes: c'est si valorisant de se sentir utile!

Enfin, les éditeurs de livres et de magazines spécialisés auront plus de succès en vendant une recette censément efficace et facile plutôt qu'une invitation à considérer la complexité et la variabilité de la situation éducative. Un très grand nombre d'ouvrages de parentalité positive repose alors sur ce contrat implicite où chacun s'applique à jouer son rôle: aux parents, celui d'élèves attentifs et disciplinés: aux experts, celui d'avoir réponse à tout.

Dès lors, peu importe la pertinence des messages délivrés pourvu que leur forme préserve ce jeu de dupes: plus ils sont assénés de manière catégorique, plus nous avons confiance en leur fiabilité; plus ils sont justifiés par des propos sibyllins, utilisant des mots appartenant au champ lexical médico-scientifique, plus nous y voyons la preuve d'une expertise supérieure à la nôtre, à laquelle il semble légitime que nous nous soumettions.

... qui fait la guerre aux pauvres

Chaque fois que j'ai tenté d'évoquer la situation et les difficultés spécifiques des parents de milieux populaires vis-à-vis de l'éducation positive, j'ai obtenu le même silence gêné, généralement suivi de quelques poncifs louant le «bon sens» légendaire de «ces gens-là» et s'emportant contre la «pression de la réussite» subie par les enfants des élites, le tout saupoudré de quelques généralités consensuelles sur le fait qu'il y a dans tous les milieux des bons et des mauvais parents.

Comme si c'était ajouter de l'humiliation à l'humiliation que de reconnaître qu'il est plus difficile de payer 300 euros de formation quand on vit avec le RSA, qu'il est plus difficile de lire des livres de parentalité quand on n'a pas été jusqu'au brevet des collèges et qu'il est plus difficile de respecter le point de vue de son enfant lorsque toute la société vous renvoie quotidiennement que votre propre point de vue ne vaut rien. Pourtant, occulter les inégalités sociales ne les fera pas disparaître!

Pourquoi renoncer au projet d'une véritable éducation populaire, émancipatrice et respectueuse des individus?

Néanmoins vouloir élaborer pour les parents des milieux populaires un contenu culturellement accessible conduit bien souvent à ne leur proposer qu'un propos simpliste, caricatural et autoritaire: présenter des messages courts et catégoriques plutôt que de vulgariser les savoirs; asséner des consignes plutôt que susciter des réflexions; donner des recettes plutôt que proposer une guidance ou une aide. Les pouvoirs publics auraient-ils donc tendance à prendre les parents pauvres pour des imbéciles? Sinon, pourquoi leur refuser l'accès aux savoirs, avec leurs nuances et leur diversité?

Pourquoi ne pas chercher à renforcer leur capacité à faire leurs propres choix, plus informés, plus éclairés, plus conscients –et se contenter de leur inculquer quelques rudiments? En deux mots, pourquoi renoncer au projet d'une véritable éducation populaire, émancipatrice et respectueuse des individus, au profit d'une intervention infantilisante et aliénante?

La réponse est simple: ce que visent principalement les pouvoirs publics, c'est bien moins le renforcement du pouvoir d'agir des parents que leur adhésion zélée aux consignes de prévention ... telles que celles relatives à la lutte contre l'obésité, à la surexposition aux écrans, au dépistage de l'autisme, ou encore à la réduction des violences éducatives.

Si l'on ne prend pas le risque de remettre cet idéal d'éducation positive entre les mains de tous les parents, si l'on n'accepte pas de leur faire confiance, de les laisser le disséquer, le critiquer, de les encourager à le métisser, à le réinventer, et même à le transformer pour finalement mieux se l'approprier, nous ne pourrons obtenir que résistance, peur et adhésion de façade à l'autorité éducative et médicale. Bref, pour que les enfants soient éduqués «positivement», il ne faudrait pas seulement songer à éduquer les parents... encore faudrait-il le faire «positivement»!»

Construire la société de demain...

Quelles sont donc les «bonnes raisons» de l'éducation positive? Se résument-elles aux seuls bénéfices «concrets», si souvent mis en avant dans les livres, tels que l'amélioration des performances cognitives des enfants, la réduction des troubles du comportement ou la suppression des conflits familiaux? Ces «bonnes raisons» sont-elles vraiment suffisantes? Prioritaires?

Prenons le temps de nous interroger: parlons-nous avec bienveillance à notre enfant dans le seul espoir qu'il obéira plus facilement? Nous abstenons-nous de le maltraiter seulement parce qu'il risquerait d'être moins intelligent, moins sociable, ou d'avoir une carrière moins brillante? Ou agissons-nous ainsi parce que nous souhaitons d'abord lui transmettre une manière de vivre et d'interagir entre êtres humains, si importante pour nous que nous serions prêts à la défendre... même si nous n'avions aucune garantie qu'elle rende notre quotidien de parent plus confortable?

Parce que l'éducation positive apparaît comme un des chemins pour renforcer les droits de l'enfant, j'y vois là une première «bonne raison» de l'expérimenter. Vous l'aurez pourtant remarqué, cette «bonne raison» ne repose pas sur des arguments scientifiques (même si on peut toujours essayer d'en trouver...).

Accepterions-nous de violenter nos enfants si une étude nous prouvait que c'était «pour leur bien»?

La démocratie familiale, à l'instar de valeurs comme la liberté, la justice ou la protection des plus faibles, n'a pas besoin d'être établie comme une vérité scientifique pour être défendue: elle s'appuie sur des intentions, des espoirs, des valeurs sur lesquelles nous souhaitons construire nos vies, notre famille et notre société. Arrêterions-nous de revendiquer l'égalité entre femmes et hommes si d'aventure la science nous prouvait par a+b que les hommes étaient irrémédiablement moins intelligents?

Et si l'on nous montrait qu'il n'y a pas d'intérêt économique pour un pays, voire (ce qui est l'inverse en vérité!) qu'il est bénéfique pour les entreprises de moins payer les femmes à travail égal, renoncerions-nous à demander l'égalité des salaires? Cesserions-nous de rendre hommage aux défunts si nous avions la certitude qu'il n'y a vraiment «rien» après la mort? Et accepterions-nous de violenter nos enfants si une étude nous prouvait que c'était «pour leur bien»? J'espère bien que non!

L'idée de démocratie familiale semble non seulement moralement bonne mais de surcroît particulièrement bien adaptée aux attentes de notre société contemporaine. Ce serait là une deuxième «bonne raison» d'adopter l'éducation positive. Car reconnaissons-le: apprendre à défendre ses idées, faire ses propres choix ou identifier ses émotions n'est sans doute pas formidablement utile lorsque notre quotidien consiste d'abord à échapper aux prédateurs, trouver de quoi manger ou survivre à quatorze heures de travail au fond d'une mine.

En revanche, dans notre société française du 21ème siècle, où le confort et la sécurité n'ont jamais été autant accessibles, ce sont des compétences très recherchées pour s'insérer professionnellement et socialement! À ce titre, l'éducation positive apparaît comme un modèle conforme aux valeurs et idéaux de notre époque, c'est-à-dire apte à former des adultes compétents face aux défis qui seront les leurs.

... sur le dos des femmes

Que penseront donc les historiens du futur de la parentalité au 21e siècle? S'ils parviennent à consulter ne serait-ce qu'une infime fraction des milliards de messages postés sur nos réseaux sociaux à propos de l'éducation des enfants, leur conclusion sera probablement sans appel: au 21e siècle, la parentalité était une affaire de femmes, terriblement anxieuses et épuisées... Cette tendance générale semble parfois encore plus marquée dans les communautés qui se revendiquent de l'éducation positive.

L'éducation positive, derrière un idéal universaliste de respect de la dignité et des droits de l'enfant, repose de surcroît sur un ensemble de pratiques qui assigne implicitement aux mères une bien plus lourde responsabilité qu'aux pères. En effet, elle demande aux parents d'endosser le rôle d'un thérapeute qui accueille la parole et les émotions de l'enfant, qui tente de l'aider à les gérer, à les comprendre et à les dépasser, tout en évitant de les prendre pour lui.

Pas question de laisser aux mères la responsabilité d'être le seul «réservoir émotionnel» de la famille

Cette posture, et les efforts qu'elle requiert de la personne qui accepte ce rôle, porte un nom: il s'agit du «travail émotionnel» Un travail presque toujours assigné aux femmes, dont l'effort est généralement minimisé au prétexte que celles-ci seraient «naturellement douées» pour s'en acquitter. Le problème ne serait alors évidemment pas que nous prenions soin les uns des autres, mais que ce travail émotionnel soit constamment dénigré, dénié et finalement exploité.

Il en va de même pour l'éducation positive: pas question de renoncer à cet idéal de non-violence, de respect de l'enfant, de sa parole et de sa dignité, mais pas question non plus de laisser aux mères la responsabilité d'être le seul «réservoir émotionnel» de toute la famille!

Une autre tâche difficile, très souvent oubliée, est également assignée aux femmes en raison des stéréotypes sociaux de genre: c'est celle d'être l'initiatrice du changement, la missionnaire zélée qui se doit de s'informer, de se former, avant de former elle-même l'ensemble de la famille aux nouvelles pratiques, techniques de communication et modalités d'échange de l'éducation positive.

Ainsi, si la plupart de ces femmes sont prêtes à revendiquer le partage équitable des soins que requiert un enfant, à réclamer du soutien pour s'acquitter du travail émotionnel qu'exige l'éducation positive, bien peu d'entre elles songeraient à se rebeller contre ce travail éreintant de remise en question et d'innovation permanente qui leur échoit pourtant presque entièrement.

En finir avec le bullshit neuroscientifique

Pour bien des militants, les neurosciences sont sans conteste la meilleure chose qui ait pu arriver à l'éducation positive. Ainsi consacrée par cette discipline charismatique, l'éducation positive ne serait plus alors un choix parental comme les autres, mais constituerait de manière rationnelle, quantifiable et irréfutable, le «meilleur» que chaque parent a pour devoir de donner à son enfant.

Peu importe que ce modèle fasse sens ou non pour nous, qu'on l'estime souhaitable ou non pour notre enfant, puisque la raison nous commanderait de nous incliner devant cette évidence scientifique. Pourtant, la réalité n'est pas aussi catégorique, car en dépit des remarquables progrès réalisés par les neurosciences ces dernières années, cette discipline est aussi victime de son succès et, de ce fait, gangrenée par une vulgarisation au rabais qui enchaîne les raccourcis séduisants et caricaturaux, et où chacun tente de présenter les résultats de manière à servir sa cause.

«Dans le best-seller du professeur de psychiatrie américain Daniel J. Siegel et de la docteure en psychologie Tina Payne Bryson, le Cerveau de votre enfant, on peut lire: «La communauté scientifique se réfère à l'hémisphère gauche et à l'hémisphère droit, mais pour simplifier, nous allons parler, comme le veut l'usage, de cerveau gauche et de cerveau droit. Votre cerveau gauche aime et recherche l'ordre. Il est logique, littéral, linguistique (il aime les mots) et linéaire (il organise et ordonne les éléments). [...] Le cerveau droit, lui, est holistique et non verbal. Il envoie et reçoit des signaux qui nous permettent de communiquer [...] Grâce à notre cerveau droit, nous éprouvons des émotions qui viennent des “tripes”.»

Un discours que l'on retrouve également dans le livre pourtant très référencé de la pédiatre Catherine Gueguen. L'histoire est belle, mais complètement fausse: il s'agit même d'un des plus célèbres neuromythes! Aujourd'hui, les neuroscientifiques s'accordent à dire que les différentes parties de notre cerveau sont toutes impliquées – et ce, à notre propre insu et sans que nous puissions le contrôler – lorsqu'il s'agit de percevoir notre environnement et d'y répondre par un comportement social.

Ainsi, chaque fois que vous lirez des termes comme «cerveau reptilien», «cerveau archaïque», «cerveau mammalien» ou «cerveau émotionnel», vous pourrez allumer votre «alerte neuromythe»: ce que vous êtes en train de lire n'est certainement pas un contenu d'une bonne qualité scientifique!

Attardons-nous à présent sur le cas du cortisol, cette fameuse «hormone du stress» si fréquemment diabolisée dans la vulgate neuroscientifique de l'éducation positive. Jusqu'à quel point est-il scientifiquement fondé de considérer cette molécule comme toxique pour le cerveau? Et peut-on en conclure que tout stress serait potentiellement délétère pour les enfants, donc à éviter? J'ai posé la question à Catherine Vidal, directrice de recherche honoraire en neurosciences à l'Institut Pasteur, et auteure de nombreux ouvrages visant à mettre en garde contre les extrapolations abusives des études en neurobiologie.

L'éducation positive a profondément stigmatisé la nature enfantine

Sa réaction a été pour le moins catégorique: «La plupart du temps, les discours sur le stress reposent sur l'extrapolation à l'humain de résultats obtenus chez l'animal... en oubliant que le stress chez l'humain n'a rien à voir avec le stress chez l'animal! Dans le langage courant, le mot stress est utilisé pour désigner des situations très diverses: il y a du stress physique, émotionnel, du stress au travail, de quel stress parle-t-on? Alors qu'étudier le stress chez la souris implique par exemple de la soumettre à des situations extrêmes telles que des privations de nourriture, des chocs électriques ou une plongée brutale dans un bain d'eau froide, on est très loin du quotidien d'un enfant!»

En définitive, pour nous convaincre d'agir selon ses préceptes, pour nous persuader que l'enfant est un être forcément bien intentionné, à qui l'on ne peut faire de reproches et qui ne peut rien éprouver de répréhensible, dont on doit accueillir le ressenti sans quasiment jamais le restreindre ou le questionner, l'éducation positive a profondément stigmatisé la nature enfantine: elle a fait de l'enfant un être incapable, invalide et fragile, que la moindre maladresse parentale pourrait condamner au pire.

Au lieu d'en défendre les droits et la dignité, l'éducation positive a enlevé à l'enfance sa complexité, son intensité, sa diversité et ses zones d'ombre. Pour servir ce discours simpliste, l'éducation positive est allée chercher l'une des branches scientifiques les plus ardues –les neurosciences–, laquelle n'en est qu'à sa préhistoire, tant son objet d'étude (le cerveau) est complexe...

Bricoler et avancer sur le chemin de la parentalité

Tout au long de ce livre, j'ai tenté de vous fournir des armes supplémentaires dans cette rude bataille: des informations pour répondre aux invectives; des encouragements pour identifier et assumer pleinement vos valeurs et vos choix de parent; des arguments pour repousser les visions caricaturales, anxiogènes et culpabilisantes de l'éducation d'un enfant.

J'ai aussi tenté de stimuler votre esprit critique pour vous donner l'envie de devenir un «parent chercheur»: celui qui s'autorise à tester, rectifier, innover, questionner, et même contester. C'est à vous désormais qu'incombe la mission de ne pas retourner ces armes contre les autres parents, qu'ils soient ou non adeptes de l'éducation positive! Résister aux fanatiques, c'est bien, mais à condition de ne pas en devenir un soi-même!

L'éducation positive –la vraie– se nourrit du dialogue et de l'altérité. Elle transforme les erreurs en occasions d'apprendre, de tisser des liens et de se pardonner. Loin de promouvoir un «monde de bisounours» que ses détracteurs aiment à fustiger, l'éducation positive n'est pas un voile pudique jeté sur les zones d'ombres de la parentalité, un pansement sur des plaies infectées: c'est simplement un virage à 180 degrés dans la manière de s'y attaquer.

Quoi qu'en pensent certains gourous de la parentalité, l'éducation positive ne se fera pas sans les parents...

Après des siècles passés à punir, stigmatiser, exclure et humilier, pour tenter vainement de promouvoir des comportements socialement souhaitables, n'est-il pas grand temps de chercher une autre voie, plus éthique mais aussi bien plus efficace? Voilà l'espoir de l'éducation positive! Mais ce modèle ne réussira jamais à transformer notre société tant que nous refuserons d'en faire bénéficier tout le monde, à commencer par celles et ceux qui prennent soin des enfants.

Quoi qu'en pensent certains gourous de la parentalité, l'éducation positive ne se fera pas sans les parents... et encore moins contre eux! Plus encore, celle-ci requiert la construction d'une véritable chaîne de bienveillance qui dépasse de très loin le cercle familial: à l'école, au travail, à l'hôpital, dans les EHPAD, partout où nous interagissons les uns avec les autres, partout où nous sommes dépendants les uns des autres, l'éducation positive a sa place.

Non pas comme une nouvelle injonction au bonheur –une hypocrisie managériale mise au service de notre productivité– mais comme l'un des droits humains les plus fondamentaux, dont je veux croire qu'il sera notre meilleur atout pour faire face aux défis –éthiques, sociaux, culturels, climatiques, idéologiques –que l'avenir nous réserve.

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