Israël-Iran: Veto américain à l'aventure militaire
Une arme nucléaire iranienne renforcerait paradoxalement la puissance américaine au Moyen-Orient. Les régimes arabes auraient encore plus besoin de la protection des Etats-Unis.
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«N'attaquez pas les premiers»
Selon les officiers généraux, le vice-président n'est certainement pas venu apporter le feu vert pour une action israélienne contre l'Iran, encore moins un feu orange, mais certainement un feu rouge. Il va réitérer les conseils du général de Gaulle aux Israéliens en 1967: «N'attaquez pas les premiers.» Il semble ainsi renforcer la crainte des militaires sur la nouvelle stratégie américaine qui s'oppose dorénavant à l'usage de la force contre l'Iran et qui tend à démontrer que Barack Obama et, avant lui, George Bush, avaient une attitude ambiguë et contradictoire dans cette affaire.
Ainsi, le gouvernement américain a octroyé, au cours des dix dernières années, plus de 107 milliards de dollars en paiement de contrats et de subventions à des multinationales américaines et étrangères commerçant avec l'Iran alors qu'officiellement l'embargo est en vigueur. Cela expliquerait pour partie la rhétorique d'Ahmadinejad qui se sentait couvert par les hésitations américaines.
L'aréopage d'officiers supérieurs israéliens est même convaincu que les Américains ne s'opposent plus à l'existence d'une arme nucléaire iranienne parce qu'elle leur permet de résoudre leurs propres problèmes, tant en Irak qu'en Afghanistan. Cette arme suscite un soutien généralisé contre leur enemi principal, al Qaida, tout en permettant de mettre les pays arabes sous tutelle américaine. Les Etats-Unis considèrent l'organisation terroriste d'Oussama ben Laden, instigatrice de l'attentat du 11 septembre 2001 et profondément implantée en Afghanistan, comme leur principal ennemi. La défaite américaine en Afghanistan sonnerait le glas de leur influence dans cette région et menacerait l'ensemble du monde arabe. Pour contrecarrer la mainmise des talibans, ils comptent se servir des chiites iraniens pour en finir avec les sunnites d'al Qaida.
La peur des pays arabes
La bombe iranienne fait peur aux voisins arabes non pas tant qu'ils craignent de la recevoir un jour sur leur tête, mais parce qu'elle aurait un pouvoir de nuisance capable d'ébranler les bases des régimes féodaux arabes. Selon l'opposition basée à Al-Ahwaz, les Gardiens de la Révolution ont installé des missiles munis de têtes chimiques sur la rive iranienne du Golfe pour intimider les pays arabes limitrophes. Le vice-ministre israélien et député druze Ayoub Kara vient de déclarer «qu'il avait reçu des messages de la part d'Etats musulmans indiquant qu'ils soutiendront toute action israélienne contre l'Iran». L'arme nucléaire iranienne rehausse le prestige d'un pays qui pourrait soulever des populations chiites dans des pays dirigés par des sunnites.
L'Iran appuie déjà la rébellion au Yémen, suscite l'activisme du Hamas, hypothèque l'indépendance du Liban et exacerbe les conflits entre communautés en Arabie saoudite, au Koweït et au Bahreïn. Ce dernier pays dirigé par une monarchie sunnite règne sur une population à 70% chiite tandis que les 10% de chiites habitant l'Arabie saoudite se concentrent autour des puits de pétrole leur donnant la possibilité, à tout moment, de bloquer les livraisons d'hydrocarbures. Cette crainte des pays arabes les met sous dépendance américaine. Sous prétexte de leur offrir un parapluie nucléaire, les Etats-Unis s'implantent en force dans ces pays, comme à Manama, la capitale du Bahreïn, après en avoir été d'abord exclus en raison de leur soutien inconditionnel à Israël.
Joe Biden se déplace aussi en Israël pour tenter de réactiver les discussions avec les Palestiniens. Il est convaincu que les craintes liées à l'Iran pourraient aussi convaincre Israéliens et Palestiniens de trouver un terrain d'entente. Adam B. Lowther, analyste à l'Air Force Research Institute estime que «l'Iran pense peut-être que son programme d'enrichissement va mettre la peur au ventre des Américains. En fait, il devrait nous donner l'espoir d'une renaissance de l'influence américaine au Moyen-Orient».
Les Israéliens croient, par ailleurs, de moins en moins aux sanctions car elles ont montré leur limite à Cuba. Par ailleurs, la volonté américaine de bloquer l'économie iranienne n'est pas évidente et elle est illustrée par le maintien de l'activité dans ce pays de certaines de ses multinationales. Les Israéliens ont mandaté le chef de Tsahal pour comprendre, enfin, cette nouvelle stratégie américaine faite à leurs yeux d'illusions. La dernière consiste à croire que «les régimes arabes, en particulier ceux du Golfe, risquent d'être embarqués dans une nouvelle alliance contre l'Iran, côte à côte avec Israël».
Gabi Ashkenazi, chef d'état-major israélien, s'est donc envolé le 7 mars pour les Etats-Unis. Il avait déjà reçu en février à la Kiria de Tel-Aviv, le pentagone israélien, l'amiral Michael Mullen, chef d'état-major des forces armées américaines, qui avait tenu à préciser que «toutes les mesures prises par les Américains en vue de renforcer la puissance militaire d'Israël et d'autres Etats de la région étaient destinées à leur procurer un potentiel de défense». Cette déclaration s'inscrivait déjà dans un conseil de prudence tendant à inciter Israël à s'abstenir de toute action préventive contre l'Iran en échange d'un appui politique et militaire américain et du renforcement de l'armement de Tsahal. Selon le New York Times, les pays arabes et Israël sont «de plus en plus enclins à accueillir des équipements de défense américains par crainte des ambitions et des capacités militaires de l'Iran».
Mais cela viendrait en opposition aux espoirs des Saoudiens, tel le diplomate Abdelaziz Sager qui estime «qu'il vaut mieux pour la région qu'elle affronte les représailles limitées de l'Iran après une attaque israélienne plutôt que de se retrouver sous l'emprise de la dissuasion nucléaire permanente. Je préfère que le job soit fait maintenant plutôt que de vivre le restant de mes jours sous l'hégémonie nucléaire iranienne». La décision finale appartient à présent à Benjamin Netanyahou qui n'est certainement pas sourd aux inquiétudes et aux desiderata de ses officiers généraux.
Jacques Benillouche
À LIRE ÉGALEMENT: L'Iran sous la menace des bombes, Pourquoi Israël attaquera l'Iran, Les risques d'une attaque israélienne sur l'Iran et Ces américains qui veulent attaquer l'Iran
Image de une: Chasseur bombardier F15 de l'aviation israélienne / Reuters
Mis à jour le 10/03/2010 à 9h17





















































S'il est évident que l'Iran a besoin de la bombe pour affirmer définitivement son statut de principale puissance régionale, son utilisation contre Israël me semble peu probable. En raison de la géographie de la région, une frappe contre Israël supposerait un nombre extrêmement élevé de victimes palestiniennes et ferait des iraniens les méchants, même aux yeux des foules arabes. Israël serait rayé de la carte, mais sa riposte ferait de l'Iran une puissance secondaire et ce sont les "régimes féodaux arabes", rivaux de l'Iran, qui tireraient les marrons du feu.
Après tout, de même que paradoxalement "une arme nucléaire iranienne renforcerait la puissance américaine au Moyen-Orient", l'existence de l'état d'Israël renforce la position de l'Iran dans la région en justifiant son interventionnisme dans tous les états voisins.
L'utilisation de sa bombe par le Pakistan me semble autrement plus probable.
L'Iran qui "hypothèque l'indépendance du Liban" ? Wow ! C'est vrai que l'on est sur Slate... Il ne faut pas trop non plus en demander :-)
Quid de l'attaque Israelienne contre le Liban en 2006 ?
Pour en savoir plus sur la question du Moyen Orient, lire les livres de Thierry Meyssan est fortement indique !
Le traitement de l'actualité au Proche-Orient par les médias français est toujours aussi fascinant.
Ainsi, "de l'avis général, Joe Biden [est chargé de] s'opposer fermement à toute attaque israélienne sur l'Iran". Sous la plume de l'auteur, la réticence américaine (dont l'administration Obama n'a jamais fait mystère depuis son élection) à laisser Israël frapper préventivement l'Iran devient comme par magie un "Veto" dans le titre.
Les frappes préventives éventuelles, elles, deviennent "l'aventure militaire", appellation beaucoup plus appropriée pour décrire le bellicisme éhonté de ces salauds de colonisateurs, pas foutus de faire un peu confiance à la bonne foi iranienne et aux gros yeux des Occidentaux pour garantir leur sécurité face aux provocations de ce farceur d'Ahmadinejad.
Bel exemple d'honnêteté...
De toute façon l'idée a fait son chemin, principalement en Europe où on ne veut surtout pas entendre parler de quoi que ce soit de militaire et de morts tout pas beaux qui viendraient écorner l'image du vivrensemble et des lendemains qui chantent dans le respect des cultures différentes : l'Iran aura sa bombe, on ne va tout de même pas se fâcher pour si peu, le dialogue des cultures et la bonne volonté de tous feront le reste.
C'est un monde ça tout de même, ils sont fatigants ces Israéliens : puisqu'on vous dit que l'Iran n'utiliserait probablement pas son arsenal nucléaire, il n'y a vraiment aucune raison d'en faire tout un plat comme ça...
C'est un monde ça tout de même, ils sont fatigants ces Israéliens : puisqu'on vous dit que l'Iran n'utiliserait probablement pas son arsenal nucléaire, il n'y a vraiment aucune raison d'en faire tout un plat comme ça...
Vu le nombre de pays qui disposent aujourd'hui de l'arme nucléaire, et vu les motifs et les conséquences de la dernière attaque préventive menée par les américains, il me semble légitime de se demander désormais non plus qui dispose ou va disposer de l'arme nucléaire, mais qui est susceptible de s'en servir.
Certes, mais déplacer ainsi la question est un luxe de diplomate. Un Iran théocratique et nucléarisé fait planer une énorme menace, tangible, sur Israël, peu importe dans quel sens on retourne le problème.
Il est probable que le Pakistan, que vous citez en exemple, serait beaucoup plus susceptible de s'en servir rapidement pour peu que les islamistes y prennent le pouvoir. Ca n'empêche pas qu'une bombe iranienne entre les mains d'un pouvoir intégriste et halluciné est potentiellement une épée de Damoclès permanente qu'Israël ne peut pas se permettre de supporter.
L'Europe pense qu'Israël ne bougera pas sans l'aval de son allié américain. C'est une illusion ; aucun dirigeant européen ne laisserait un pays étranger le menacer tout en développant un programme nucléaire militaire, sans réagir. Netanyahu raisonne de la même manière, et il est confronté à un dilemme cornélien : frapper préventivement, seul, et endosser le costume de méchant de l'histoire ; ou laisser se développer une menace de catastrophe permanente dans un pays voisin, ennemi, qui a annoncé à maintes reprises par la voix de ses plus hauts dirigeants vouloir le voir disparaître de la carte.
Appui américain ou non, il est tout sauf évident qu'il privilégie la deuxième option.
Je suis très impressioné par la sophistication de ces raisonnements, dignes de Nicolas Machiavel...
Juste un petit détail : il faut quand même savoir qu' Al Qaida n'existe pas, ce n'est rien d'autre qu'un de ces bonhommes en paille, vêtu de haillons, que l'on place dans les champs pour éloigner les corbeaux des récoltes...