Société

Qu'est-ce qui nous pousse à donner de l'argent, du temps, du sang?

Temps de lecture : 2 min

[Tribune] D'un point de vue sociologique, le don est surtout un signe d'intégration et de confiance.

Les personnes qui réalisent des dons financiers se sentent davantage privilégiées et engagées que l'ensemble des Français. | Christian Dubovan via Unsplash
Les personnes qui réalisent des dons financiers se sentent davantage privilégiées et engagées que l'ensemble des Français. | Christian Dubovan via Unsplash

La réflexion que mène le gouvernement sur le mécénat conduit à questionner plus globalement la question du don. Qu'est-ce qui nous pousse à donner de l'argent, du temps, du sang, des gamètes, pour aider des inconnus?

Certains répondent que pour les dons financiers, les déductions fiscales peuvent être un bon levier. Mais cette vision est incomplète, car le don a toujours un coût pour la personne qui donne.

D'autres estiment qu'un don ne serait sincère qu'en étant dénué d'arrière-pensée. Comme s'il ne devait pas exister de «bénéfice donneur», telles que l'amélioration de l'estime de soi ou la recherche d'un alignement entre nos valeurs et nos actes. Comme si le souci de l'autre n'était légitime que dans un cadre sacrificiel. Comme si le don n'était qu'un geste généreux.

Or, le don n'est pas qu'un geste généreux. Évoquer la générosité relève d'une confusion entre la morale et la sociologie. Cela pourrait ne pas poser de problème majeur, mais cela culpabilise inutilement des personnes qui ne donnent pas (sont-elles trop égoïstes pour percevoir les besoins de toutes parts?) et surtout, cette vision fait l'impasse sur les mécanismes qui font passer d'une perception («c'est bien de donner») à un passage à l'acte («je donne»).

Que nous apprennent les études récentes? L'Observatoire des donneurs de sang réalisé par Viavoice depuis 2013 analyse en parallèle un échantillon témoin et un échantillon de donneurs de sang.

Il en ressort que ces derniers, qui ressemblent pourtant à l'ensemble de la population française sur le plan sociodémographique, s'en éloignent concernant leur vision du monde: il se déclarent plus heureux (96% contre 66% pour la population globale), plus chanceux (40 points d'écart entre les donneurs et l'échantillon témoin) et moins méfiants (27 points d'écart)[1].

Bref, différents indicateurs convergent pour brosser le portrait d'une sous-population avant tout bien intégrée dans la société, qui n'est pas recroquevillée mais plutôt dans un état de conscience aiguë de ce qui l'entoure et des problèmes qui existent.

Second apprentissage, la clé de voûte du don est aussi la confiance –et elle ne va pas de soi. L'Observatoire du don en confiance indique que le principal frein pour réaliser un don financier est le manque de confiance concernant l'utilisation des fonds (pour 62% des Français), devant le manque d'argent (57%) ou le sentiment de contribuer déjà suffisamment par les impôts (36%)[2].

Mais il s'agit aussi d'une confiance à l'égard de sa propre situation, de son avenir. Comme les donneurs de sang, les personnes qui réalisent des dons financiers disposent d'un profil psychologique singulier. Plus que l'ensemble des Français, elles se sentent privilégiées (il s'agit d'un sentiment, rien à voir avec le compte en banque) et engagées, et elles se déclarent bien moins révoltées et angoissées que la moyenne nationale.

Bref, il ne s'agit pas que de générosité, mais aussi d'intégration et de confiance. Alors à une époque souvent caractérisée comme étant celle de la défiance (seuls 21% des Français estiment qu'«on peut faire confiance à la plupart des gens», selon Ipsos[3]), est-on voué à assister au lent déclin du don?

1 — Établissement français du sang - Viavoice, édition 2018 réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 8.229 donneurs de sang et d'un échantillon national de représentatif de 1.000 personnes. Retourner à l'article

2 — Observatoire du don en confiance 2019 - Viavoice, étude réalisée en ligne auprès d'un échantillon de 2.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Retourner à l'article

3 — Fractures Françaises 2019: sondage Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l'Institut Montaigne, menée auprès de 996 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Retourner à l'article

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