Égalités / Société

Derrière le syndrome de l'imposteur se cache un problème de classe

Temps de lecture : 2 min

Ce terme en apparence médical pousse les gens à se blâmer eux-mêmes alors que l'injustice est structurelle.

Et si le syndrome de l'imposteur n'était pas dû à l'absence de confiance en soi mais aux effets pervers d'un système de classes sociales profondément inégalitaire? | Annie Spratt via Unsplash
Et si le syndrome de l'imposteur n'était pas dû à l'absence de confiance en soi mais aux effets pervers d'un système de classes sociales profondément inégalitaire? | Annie Spratt via Unsplash

Terme à la mode depuis plusieurs années maintenant, le «syndrome de l'imposteur» fait souvent parler de lui. S'il semble toucher beaucoup de monde, Nathalie Olah, autrice de Steal As Much As You Can («Volez autant que vous pouvez», non paru en France) estime qu'il élude le problème de la classe sociale.

Partant du principe que Boris Johnson ne souffre certainement pas de ce syndrome, la journaliste et autrice soutient que l'heure est venue d'en finir avec «l'illusion que de nombreux politiciens d'aujourd'hui et par extension les chefs d'entreprise, les dirigeants des médias et même les avocats, sont là grâce à leur mérite». Nathalie Olah veut remettre en cause l'idée trop répandue selon laquelle les personnes arrivées au pouvoir ne le doivent qu'à leur travail et leurs compétences, tandis que les millions de personnes qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts n'ont qu'à s'en prendre à elles-mêmes.

Le «syndrome de l'imposteur», un terme pseudo-médical

Lorsque des personnes réussissent à emprunter l'ascenseur social, cela se fait souvent au terme d'un long décodage de «la langue, des styles et des goûts des classes supérieures». Enfin parvenues là où nul ne les attendait, elles se départissent rarement du sentiment qu'elles n'ont pas mérité d'en arriver là. Or, aux yeux de Nathalie Olah, cette impression d'imposture est plus naturelle que pathologique si l'on prend en compte le fait que la personne vient d'une classe ouvrière, défavorisée ou minoritaire et qu'elle se retrouve plongée dans un milieu majoritairement constitué de gens issus du système éducatif privé.

En observant quelques statistiques établies par Create London et des sociologues de l'Université d'Édimbourg et de l'Université de Sheffield, seules 18% des personnes travaillant dans le domaine artistique (musique, arts du spectacle, arts visuels) ont grandi dans un ménage populaire. Dans les métiers de l'édition, elles ne sont que 13% et même 12% dans le monde des médias. Nathalie Olah conclut: «Si vous êtes diplômé d'une école publique issu de la classe ouvrière travaillant dans les médias, alors il est compréhensible que vous vous sentiez comme un imposteur.»

Dans une «tentative d'individualiser un problème structurel», le syndrome de l'imposteur fait reposer sa charge sur les travailleurs et travailleuses marginalisées que le système pousse à douter d'elles-mêmes. L'autrice remarque qu'on ne loue que la confiance des cols blancs, et bien souvent leur ego, surtout en matière de discours, de style de débat et de capacité à imposer aux autres leurs idées et leurs priorités. Pourtant, il en faut de la confiance pour «prendre soin des personnes âgées, pour savoir comment se comporter devant une salle pleine d'enfants qui hurlent, ou pour conduire un bus dans les rues de Londres». Mais cette confiance est rarement valorisée.

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Plutôt que d'intérioriser la honte de n'être pas issu⋅e de la classe sociale supérieure, Nathalie Olah invite à repenser le syndrome de l'imposteur dans le cadre «d'une société profondément classiste» qui a créé un «système profondément enraciné de parti pris et de discrimination».

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