Sciences / Monde

Abdus Salam, premier prix Nobel musulman, renié par le Pakistan

Temps de lecture : 2 min

Le scientifique pakistanais a contribué à la découverte majeure du boson de Higgs. Mais dans son pays d'origine, rares sont les personnes qui lui rendent hommage.

Abdus Salam est l'un des plus grands scientifiques pakistanais mais le Pakistan ne l'a jamais reconnu à sa juste valeur. | Arif Ali / AFP
Abdus Salam est l'un des plus grands scientifiques pakistanais mais le Pakistan ne l'a jamais reconnu à sa juste valeur. | Arif Ali / AFP

En 1979, le scientifique pakistanais Abdus Salam est le premier musulman à recevoir un prix Nobel. En 2019, ses compatriotes n'ont bien souvent jamais entendu parler de lui ou de son parcours. Pourtant, ses travaux pour définir une théorie de la physique des particules ont constitué une avancée majeure dans le domaine. Ils ont ensuite servi de base pour la découverte, en 2012, du boson de Higgs, une particule permettant de déterminer la masse de toutes les autres particules.

Né en 1926 dans la ville pakistanaise de Jhang, en Inde britannique à l'époque, Salam se distingue par des compétences en mathématiques et en physique remarquables mais également par une pratique fervente de la religion musulmane. Après avoir étudié au Government College de Lahore, il obtient une bourse qui lui ouvre les prestigieuses portes du St John's College à l'Université de Cambridge. Là-bas, il est l'un des seuls sud-asiatiques et musulmans pratiquants. Il décide finalement de revenir au Pakistan où il enseigne les mathématiques jusqu'en 1953.

Exil sur fond d'intolérance religieuse

Abdus Salam est membre du mouvement ahmadi, une minorité religieuse musulmane qui considère son fondateur Mirza Ghulam Ahmad comme un prophète, contrairement à d'autres courants musulmans majoritaires qui estiment que Mahomet est le dernier prophète. Ces profondes divergences religieuses ont atteint un premier paroxysme en 1953 lorsque des émeutes violentes éclatent à Lahore contre le mouvement. De nombreux morts sont à déplorer et le gouvernement ne prend aucune mesure pour apaiser la situation. Au contraire, en 1974, une loi déclarant les Ahmadi·es non musulman·es et les privant de leurs droits est promulguée.

Face à cette situation, Salam retourne à Cambridge pour quelques années puis poursuit sa route vers l'Imperial College de Londres. Il participe à la création du département de physique théorique tout en gardant un œil tourné vers son pays d'origine. Dans les années 1970, il contribue d'ailleurs à ce que le Pakistan fabrique l'arme nucléaire. Mais après la promulgation de la loi de 1974, Salam est progressivement écarté du développement du pays.

Cinq ans plus tard, Abdus Salam devient le premier Pakistanais et premier musulman à recevoir le prix Nobel de physique. Toutefois, celui qui écoutait le Coran en boucle pendant qu'il travaillait et avait refusé de devenir citoyen britannique ou italien pour conserver sa nationalité pakistanaise fut désavoué par son propre pays. À sa mort en 1996, sa pierre tombale porte l'inscription «Abdus Salam, premier prix Nobel musulman». Mais quelques temps après, les autorités ont fait effacer le mot «musulman», dernière humiliation pour ce scientifique qui n'a jamais rien souhaité d'autre que de servir son pays.

Aujourd'hui, deux cinéastes pakistanais rendent hommage à Abdus Salam dans un film intitulé Salam, The First ****** Nobel Laureate, sorti sur Netflix.

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