Monde

L'implosion en direct de Rudy Giuliani

Temps de lecture : 5 min

L'avocat de Donald Trump, qu'un conseiller du président a comparé à «une grenade qui va faire sauter tout le monde», parle trop et se ridiculise à la télévision.

Rudy Giuliani lors d'une conférence en France le 30 juin 2018. | Zakaria Abdelkafi / AFP
Rudy Giuliani lors d'une conférence en France le 30 juin 2018. | Zakaria Abdelkafi / AFP

Depuis qu'il est l'avocat personnel du président Donald Trump, Rudy Giuliani, l'ancien maire de New York, a pété les plombs plus d'une vingtaine de fois en direct à la télévision. Censé protéger Trump, il se retrouve souvent à dévoiler des informations compromettantes, à hurler, à se contredire et à gesticuler de façon grotesque, comme ici, lorsqu'il imite le sénateur républicain Mitt Romney.

Les médias et les humoristes des late night shows ont tous fait leur best of des pires moments télévisés de Giuliani. Le spectacle a commencé rapidement après que Trump a décidé qu'il serait son avocat personnel, en 2018, en pleine enquête sur la collusion avec la Russie. Prêt à tout pour défendre le président, Giuliani a fait des déclarations devenues emblématiques de l'ère trumpienne de post-vérité.

Dans une interview sur la chaîne NBC, alors qu'il défendait la décision du président américain de refuser tout entretien avec le procureur Robert Mueller, Giuliani a donné sa version du concept de vérité lors d'un échange devenu culte:

– Et quand vous me dites qu'il devrait témoigner parce qu'il va dire la vérité et qu'il ne devrait pas s'inquiéter, eh bien c'est idiot parce que c'est une version subjective de la vérité, pas la vérité.
– La vérité c'est la vérité, je ne veux pas...
a rétorqué le journaliste.
– Non, ce n'est pas la vérité. La vérité n'est pas la vérité...

Le journaliste Chuck Todd s'est alors mis à rire et a prédit que cette phrase deviendrait un «mauvais mème».

En janvier 2019, Giuliani a aussi révélé en direct que des discussions commerciales sur la Trump Tower de Moscou étaient actives pendant la campagne de 2016, une information gênante qu'il n'était pas censé fournir.

Depuis que le scandale ukrainien a éclaté, Giuliani a donné de nombreuses interviews télévisées où il semble confus, instable et incapable de répondre sans hurler et insulter ses interlocuteurs, comme lorsqu'il a plusieurs fois crié «la ferme, idiot!» à un invité sur le plateau de Fox News.

Il a également perdu son sang froid sur CNN, lors d'une interview où il a d'abord nié qu'il avait demandé aux Ukrainiens d'enquêter sur le fils de Joe Biden, un des candidats démocrates à la présidentielle, avant d'admettre en hurlant qu'il avait en effet bien demandé une enquête sur les Biden. C'est cette requête, répétée par Donald Trump lors d'un coup de fil avec le président ukrainien, qui est au cœur de la procédure de destitution (impeachment) initiée par les Démocrates.

Sur ABC News, il a aussi évoqué une théorie du complot selon laquelle les Ukrainiens auraient aidé Hillary Clinton pendant l'élection de 2016 avec l'aide de George Soros, le milliardaire d'origine hongroise que l'extrême droite américaine accuse de tous les maux. Sur Twitter, il a déclaré que l'enquête de destitution était encore plus injuste que les procès en sorcellerie de Salem, et comparable aux procès staliniens.

Envie de revanche

L'entourage du président commence à être gêné par cette approche. Un conseiller de Trump a confié au site Politico que «le président serait mieux servi si Rudy ne passait pas à la télé». D'autres sources anonymes ont déclaré que Giuliani devait «arrêter de parler». Dans le cadre de la procédure d'impeachment, une ancienne conseillère de Trump, Fiona Hill, a déclaré que John Bolton, alors conseiller sur la sécurité nationale, lui avait dit que Giuliani était «une grenade qui va faire sauter tout le monde».

Alors que dans les années 1980, Giuliani s'était fait connaître comme procureur fédéral du district sud de New York, où il a fait inculper plusieurs figures de Wall Street et de la mafia, il fait désormais l'objet d'une enquête criminelle par les procureurs de ce même district. Et alors qu'il est obsédé par l'argent reçu par Hunter Biden, le fils du candidat Joe Biden, en tant que membre du conseil d'administration d'une compagnie gazière ukrainienne (une forme de népotisme problématique mais pas illégale), Giuliani a lui-même reçu 500.000 dollars de la part d'une entreprise nommée Fraud Guarantee, une société fondée par deux hommes d'affaires ukrainiens qui viennent d'être arrêtés pour avoir enfreint la loi sur le financement des campagnes électorales.

Un des business de Lev Parnas et Igor Fruman était de verser de l'argent ukrainien à des Républicains américains qui pourraient défendre leurs intérêts. Par le passé, Parnas avait travaillé aux États-Unis pour trois sociétés d'investissements depuis fermées pour fraude et son associé, Fruman, est propriétaire d'un club de plage en Russie nommé «Mafia Rave». Une vidéo des trois hommes au Trump International Hotel de Washington a été retrouvée récemment:

Ces deux associés au passé douteux ont aidé Giuliani dans sa quête d'informations pouvant discréditer les Biden, et Trump a informé le président ukrainien que Giuliani lui passerait un coup de fil à ce sujet. Plusieurs journalistes ont rappelé que cette envie de revanche de Giuliani était probablement liée au fait que Joe Biden s'était moqué de lui lors d'un débat en 2007, avec une phrase devenue célèbre:

«Rudy Giuliani, il a juste besoin de trois choses pour faire une phrase: un nom, un verbe et “11-Septembre”.»

Une référence à l'utilisation par l'ancien maire de New York de la tragédie du 11-Septembre pendant des années pour s'enrichir, en prononçant des discours payants et en facturant son consulting en sécurité.

Si sa réaction mesurée après les attaques terroristes avait fait de lui une star internationale –le «maire de l'Amérique», la personnalité de l'année selon Time– il était déjà auparavant devenu assez impopulaire: sa politique de «tolérance zéro» à l'égard de la criminalité et de la petite délinquance avait été accompagnée de brutalités policières et d'un mépris affiché pour les communautés noires et latino-américaines de la ville.

Il y a vingt ans, l'épisode du furet

Tandis que certains demandent: «Qu'est-il arrivé à Rudy Giuliani?», nombre de journalistes soulignent qu'il a toujours été agressif et enclin à l'autoglorification et aux déclarations gênantes. Il semblerait simplement que désormais, à l'âge de 75 ans, ses pires tendances se soient accentuées.

L'épisode dit du furet, en 1999, est souvent cité comme preuve que Giuliani n'a pas tant changé. Après que la mairie avait banni les furets comme animaux domestiques à New York, un défenseur des «droits des furets» avait appelé Giuliani dans le cadre de son émission radio hebdomadaire. Furieux, le maire avait alors fait une longue et étrange tirade dans laquelle il effectuait un diagnostic psychiatrique de son interlocuteur:

«Il y a quelque chose de très triste en vous. Vous avez besoin d'aide. […] Votre intérêt excessif pour les petites fouines est une maladie. […] Vous devriez aller voir un psychologue ou un psychiatre qui vous aidera à gérer cet intérêt excessif, le fait que vous consacrez votre vie aux furets.»

L'échange, devenu culte, avait été reconstitué en animation par Slate.com.

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