Sarkozy: la rupture, jusqu'au cégétisme?
L'alliance entre le président de la République et Bernard Thibault est flagrante.
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Relisez toute l'histoire du début du quinquennat et vous verrez en permanence affleurer la trame d'une alliance objective passée entre Nicolas Sarkozy, le président de la République, et Bernard Thibault, le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT). La pitoyable affaire Total, la nomination d'Henri Proglio (le candidat de la CGT) à la tête d'EDF, la réforme des régimes spéciaux de retraite réalisée avec de très avantageux accommodements cédés aux bastions de la CGT, le changement de la représentation syndicale qui favorise les organisations les plus grosses, donc la CGT: la liste des gages donnés est longue.
La nostalgie de l'enfance
Il y a beaucoup de raisons de fond qui soutiennent cette hypothèse. Les réflexes idéologiques d'abord. Nicolas Sarkozy donne souvent des signes d'une nostalgie de son enfance sur tout sujet, mais notamment sur l'idée du gaullisme. Son conseiller Henri Guaino vante le programme gaullo-communiste du Conseil national de la Résistance, et une lecture de la politique du Général consiste, en effet, à souligner l'«alliance» conclue entre lui et le PCF (dont la CGT était le bras) pour repousser les socialistes et autres «représentants de la IVe». Une politique couronnée de succès jusqu'à l'arrivée de Giscard en 1974. Nicolas Sarkozy chausserait aujourd'hui les bottes du grand homme.
Le besoin politique ensuite. Ayant fait campagne sur un programme de «rupture» qui insiste sur l'adaptation de la France à la compétition mondialisée, il provoque, sitôt élu en mai 2007, une levée de boucliers des syndicats, qui veulent faire barrage «au passage en force». Son autre conseiller proche, Raymond Soubie, a précisément pour fonction de déminer l'avancée des réformes en les négociant largement et directement avec les partenaires sociaux. Pourquoi avec la CGT plutôt qu'avec la CFDT, le partenaire précédent du pouvoir de gauche ou de droite? A cause d'une réelle attraction de fond: le «travailler plus pour gagner plus» est naturellement plus proche de la CGT que de la CFDT.
Cette grande alliance Sarkozy-Thibault est évidemment ni officielle (surtout pas) ni permanente, elle a ses heurts nombreux. Mais elle s'ancre dans la durée car elle est légitime. On l'a vu dans la crise, au cours de laquelle les concessions faites par le gouvernement, il y a un an, en faveur des chômeurs et des démunis ont déminé le terrain social devenu très dangereux. Le dialogue a permis d'éviter des embrasements et, sur le terrain, les SUD et autres représentants de l'extrême gauche ont été repoussés des usines occupées. L'anticapitalisme ne donne pas du travail, la CGT et la CFDT, en position de négociation, si. La crise de 2009 aura été une sorte de 1995 à l'envers, une défaite des thèses de la lutte radicale et la victoire du réformisme. La logique sarkozyenne est de favoriser le réformisme au sein de la CGT, il n'est pas sans y parvenir. C'est, pour la France, à mettre à son crédit.
Il ménage au lieu de bousculer
Reste que cette politique néo-gaullienne présente deux gros désavantages. Le premier est son rapport qualité-coût. La réforme des régimes spéciaux de retraite, c'est maintenant établi, est passée, mais elle est ruineuse pour l'Etat tant les concessions ont été trop nombreuses. Il faudra revenir dessus. Non sans grande difficulté, car la CGT se dira légitimement «flouée». A EDF, on peut se demander si le coût du «deal» avec Veolia n'est pas le maintien en place de la quasi-cogestion avec la CGT.
Le deuxième désavantage est encore plus lourd. Le choix fait de moderniser la France avec le premier des syndicats, et non pas contre, relève d'une tactique légitime, mais elle éclaire aussi un certain type de modernisation que veut engager Nicolas Sarkozy. La CGT occupe des bastions que le président doit forcément ménager quand il faudrait les bousculer. Les raffineries de Total en sont un exemple très malheureux. La campagne pour les régionales ne justifiait pas que la CGT soit défendue sur une ligne aussi archaïque de sauvetage de raffineries surcapacitaires et déficitaires. Sauf à penser que le président est, plus encore qu'on ne le dit ici, d'accord au fond avec la CGT sur l'avenir industriel du pays. Ce serait alors très inquiétant. L'alliance Sarkozy-Thibault ne serait alors pas modernisante mais rétrogradante.
Eric Le Boucher
Photo de une:Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault à l'Elysée, le 15 janvier 2010. REUTERS/Michel Euler/Pool
Cette chronique est parue dans Les Echos du 26 février 2010.
Mis à jour le 07/03/2010 à 11h04





















































Bien sûr, il y a certainement un accord avec la CGT.
Pour déminer certains conflits ? peut-être. Je pense que M. SARKOZY n'est pas Talleyrand.
Il peut avoir Bernard Thibault dans "sa poche", la CGT c'est autre chose. Comme vous le soulignez aussi, M. SARKOZY va faire des erreurs, comme TOTAL.Négocier un conflit à la veille des élections régionales, alors que tout le monde sait qu'elles seront gagnées par la gauche, est suicidaire pour l'avenir de notre industrie. Le travail a repris dans les principales raffineries mais les travailleurs de Dunkerque savent parfaitement que l'aménagement d'un port méthanier ne sauvera pas tous les emplois... Alors après le 21 mars, le conflit risque de repartir et d'être encore plus dur, M. SARKOZY renégociera autre chose et le cercle recommencera sans fin, enfin... jusqu'en 2012.
La relation syndicat-pouvoir (pas de noms !) : un vrai sujet.
L'interprétation psychanalytique est superflue ou à la rigueur, l'histoire personnelle peut-elle expliquer l'attitude de chacun(e) en face du rapport de forces.
N'y a-t-il pas simplement, devant l'obstacle, un déploiement tactique ?
Qu'il puisse aller, pour les un(e)s, jusqu'à l'entrée de la cour, et même plus loin,
et pour les autres, jusqu'au semblant d'ouverture, ce n'est pas dans leur jeu
de séduction réciproque avec ses petits rapprochements et ses crises passagères
que réside l'intérêt mais dans la réalité des traités signés après les batailles
pour savoir à qui profite vraiment cette comédie. Mais peut-être vaut-il mieux,
là encore, sauvegarder les apparences ?
Confiancevelissement.
N’est-ce pas le seul moyen de réaliser des réformes ? Prenons la réforme des régimes spéciaux. Insuffisante d’un côté, une capitulation syndicale pour d’autres. Les réformes de statut à la baisse dans le secteur privé se sont faîtes le plus souvent par l’intégration des primes supprimées pour les présents. C’est ainsi qu’il est logique de constater que cette réforme ne rapportera pas beaucoup dans les années à venir. Cette réforme aurait du être faîte il y a 20 ans…. Ce qui est important c’est qu’en rapprochant le statut des régimes spéciaux du régime général, elle permettra de nouvelle réforme concernant l’ensemble de la population. régimes spéciaux, fonction publique et secteur privé. Cette première réforme a bien été déterminante et pourra permettre de sauver le système des retraites. L’équité des différents systèmes évoluera progressivement de façon concomitante sans que ce soit l’objectif principal des évolutions à venir. Qui avait osé s’attaquer à ce sujet ? La réforme en catimini de 1993 sur le privé montrait bien le courage des hommes politiques. Celle de Fillon plus courageuse ne touchait pas aux régimes spéciaux trop puissants. Pour négocier il faut des syndicats forts, crédibles et responsables. Ils ne sont pas si nombreux. Reprocherait on à Sarkozy de s’appuyer sur la société civile pour réformer ? C’est juste mais nouveau. Ni Thibaut, ni Sarkozy ne peuvent s’exprimer sous peine de perdre du crédit dans leur camp respectif. Cet article en est une illustration.
Le problème principal en France c'est que de nombreuses corporations se sont approprié leur domaine: les aiguilleurs, les cheminots, les taxis, les enseignants, les médecins, les pharmaciens, les notaires, les syndicalistes, les restaurateurs, les agriculteurs, les pécheurs, tous ceux qui peuvent emmerder les autres en se liguant. Cela fait beaucoup de monde. Si on ne touche à rien on renforce encore tous ces gens qui ne roulent que pour eux, c'est sans fin. On se retrouve dans une situation où, en gros, les trains roulent quand la CGT n'est pas opposée à ce qu'ils roulent. On voit aussi des enseignants faire jouer pendant des semaines leur "droit de retrait" pour des événements dont personne n'aurait parlé il y a 10 ans. Ils râlent et sont payés. Le renforcement de leurs "droits" est devenu une fin en soi maintenant qu'on ne peut plus leur donner plus. Cela ne peut pas durer dans une situation où l'argent n'est plus là. Et puis finalement, on donne encore à ceux qui ont déjà beaucoup et ceux qui ont vraiment besoin (400 000 chômeurs en fin de droit ou les jeunes qui sortent de l'école) n'ont rien du tout. Ils n'ont pas un peu, ils n'ont rien. Dire qu'on ne peut pas réformer autrement qu'en donnant c'est abdiquer devant les contre-pouvoir. Quel mérite y-a-t'il à faire des réformes qui augmentent les coûts ?
"Dire qu'on ne peut pas réformer autrement qu'en donnant c'est abdiquer devant les contre-pouvoir. Quel mérite y-a-t'il à faire des réformes qui augmentent les coûts ?" En disant cela vous niez le principe de la négociation. Ils acceptent une harmonisation partielle de leur statut en échange d'une augmentation de salaire cela s'appelle de la négociation. Tout n'est pas que rapport de force. On reproche assez à Sarkozy de réformer à la hussarde. Dans le privée j'ai participé à des harmonisations de statut cela s'est toujours fait comme cela. C'est à moyen terme que l'état et la société y gagneront. Je le réécris c'est pour cette raison que cette réforme aurait du être faîte il y a 20 ans. Contrairement à ce que vous écrivez la réforme est réelle même si elle est insuffisante. Mais je ne connais personne qui accepte de gaité de coeur d'abandonner ses privilèges.
Avis pas vraiment iconoclaste. C'est le principe du rapport de force que jboss met en cause. La négociation dont vous parlez, cela donne les aiguilleurs du ciel qui travaillent très peu sans grande contrepartie. On voit même le ministre défendre les aiguilleurs suite aux révélations de la cour des comptes. Finalement les politiques sont au service des corporations. Vraiment pas iconoclaste.
Avoir un avis nuancé sur Sarkozy est quand même à contre-courant même si je vous l'accorde ce n'est pas iconoclaste! Je ne crois pas que Sarkozy soit une icône. Il est plutôt bien vu de le critiquer. Je comprend que ces rapports de force exaspère mais ce n'est pas ce président qui les a inventé. Je considère qu'il en joue pas si mal parce qu'il fait des réformes quoi qu'on en dise. Qui a fait plus de réformes que ce gouvernement.
Cordialement
Les rapports CGT/Sarkosy sont dans l'air du temps ! Guy GROUX a commis un article du même ordre sur Télos :
http://www.teloseu.com/fr/article/que_se_passe_t_il_entre_la_cgt_et_l_elysee
Doit-on pour autant soupçonner autant que faire se peu, les uns et les autres ? Peut-être mais dans ce cas c'est à la marge, une marge infime qui ne mérite sans doute pas autant d'intérêt. les syndicats sont non seulement faible en nombre et ce nombre va en s'affaiblissant à chaque jour. ils ont également une certaine difficulté à mobiliser si l'on en juge par les dernières "grandes" manifestations. Celle annoncée du 23 mars ne sera probablement pas non plus à la hauteur des espérances. Alors que les uns ou les autres copinent un instant avec le président n'est pas de grandes conséquences !
Par contre, il serait autrement plus important de redonner à des syndicats plus vigoureux le rôle qui doit être le leur. Le dialogue social tant réclamé est loin d'être à la hauteur d'un pays qui se réclame, rappelons-le, des Droits de l'Homme. Or, l'enjeu est d'envergure dans une société où la démocratie n'apparaît plus aussi sûr d'elle même. Les syndicats sont plus qu'un droit, une nécessité pour saisir l'âme subtil de notre complexité. Ils permettent de sonder et de penser, d'aider à une intelligence du social qui fait trop souvent défaut.
Seulement si l'on veut bien leur reconnaître à l'occasion quelques qualités, on sait aussi qu'ils n'ont pas les moyens d'une réelle efficacité. Le syndicalisme de service serait à court terme une solution provisoire ainsi qu'une reconnaissance pleine et entière sans calculs... juste pour redonner la joie de vivre à une société "fatiguée psychiquement" (Jean-Paul DELEVOYE, médiateur de la République Le Monde du 22/02)
L'idée présentée par cet article est juste. Elle s'explique. Sarkozy craint par dessus tout des protestations populaires. En achetant la CGT il peut les retarder. Quand on voit comment il a traversé le salon de l'agriculture, on constate qu'il essaie aussi d'acheter les agriculteurs. Il en est aussi à promettre aux fonctionnaires qu'on ne touchera pas au calcul de leurs retraites. Outre le fait qu'il semble ne plus avoir rien de grand à proposer aux Français, il en est réduit à donner de moins en moins, les poches se vident petit à petit. La CGT peut encore s'acheter pour pas cher, c'est pour ça qu'il le fait. Tout cela fait une bien petite politique, une politique de boutiquier. En tous cas, bravo à M. Le Boucher pour trouver encore des sujets pour parler de ce "roi agité" qui, pour l'instant, n'a rien produit de positif pour le pays.
N'est-ce pas une marque du pragmatisme de Sarkozy que d'admettre que, pour qu'il y ait dialogue social, il faut un interlocuteur légitime; que de constater que les syndicats sont morcelés et très peu représentatifs. S'il parviennent encore à perturber certains services de l'état (SNCF, RATP, Education nationale) ils sont complètement absents des décisions que l'état est et sera amené à prendre concernant les réformes en cours (retraites, justice etc).
Le pari de Sakozy est donc d'essayer de remettre les syndicats en selle, en commençant par le plus important d'entre eux, la CGT.
Ce pari ne réussira que si les syndicats parviennent enfin à augmenter le nombre de leurs adhérents pour que leur représentativité soit indiscutable.
Mais cela c'est une autre histoire.
Je voudrais bien savoir sur quoi vous vous appuyez pour prétendre que "le pari de Sarkozy est de remettre les syndicats en selle" ? Si oui, pourquoi ne favorise-t-il pas aussi les autres syndicats ? Non, c'est bien trop lui prêter, il essaye seulement d'amadouer ceux qui peuvent l'être.
Je maintiens ce que j'ai dit : Sarkozy a besoin d'interlocuteurs légitimes pour faire passer ses réformes.
En effet, quel besoin aurait-il "d'amadouer", comme vous le dites ou "d'acheter", comme le dit jcroispas, la CGT, alors que selon les estimations de l'iFRAP, 80% des ressources des syndicats sont déjà dues aux deniers publics contre seulement 20% aux cotisations ?
Quel besoin aurait-il d'amadouer ? M. Le Boucher le démontre bien: en prenant la position de la CGT il éteint le conflit, sacré politique ! Qui plus est il peut après aller dire "voyez, je suis main dans la main avec la CGT". S'il a besoin d'interlocuteurs légitimes, c'est pas à la CGT qu'il va les trouver, ils ne représentent qu'eux. Tous ces dossiers un par un mal gérés vont ressortir un jour. J'attends d'ailleurs Estrosi dans les jours qui viennent avec Heuliez.
Monsieur Le Boucher écrit : "La logique sarkozienne est de favoriser le réformisme au sein de la CGT, et il n'est pas sans y parvenir. C'est pour la France à mettre à son crédit... Le choix fait de moderniser la France avec le premier des syndicats, et non pas contre, relève d'une tactique légitime, mais elle éclaire aussi un certain type de modernisation que veut engager Nicolas Sarkozy."
Je ne vois pas là de démonstration d'une turpitude quelconque de Sarkozy.
"Sacré politique" écrivez-vous. Seriez-vous de ceux qui reprochent aux politiques de faire de la politique ?
Pour la fin de l'article où monsieur Le Boucher suggère qu'il vaudrait mieux "bousculer les bastions" de la CGT au lieu de les ménager, le mode conditionnel qu'il utilise lorsqu'il écrit : "L'alliance Sarkozy-Thibault ne serait alors pas modernisante mais rétrogradante", montre bien qu'il y a une sorte de pari qui aura, je vous le concède bien des chances d'être perdu dans la mesure où il sera très difficile à la CGT ou à n'importe quel autre syndicat d'augmenter de manière significative le nombre de ses adhérents pour espérer en faire ces interlocuteurs légitimes dont apparemment vous ne voulez pas.
Il me semble que le pari est gagnant. Personne ne demande à Sarkozy d'obéir à tous les oukazes des libéraux. Des réformes se font sans conflit paralysant la France.
Je crois que Sarkozy cherche un interlocuteur légitime. On le voit énormément dans l’éducation. Quand les syndicats sont reçus et qu’ils négocient, ils en réfèrent à la base avant de se décider. Où est l’interlocuteur légitime dans ce cas là. Ceux qui négocient ne représentent plus les intérêts communs, et lorsqu’il y a négociation, donc concession, les syndicats ne sont plus des interlocuteurs légitimes.
Il faut donc leur redonné une force et ceci passe par des dirigeants de syndicats qui sont reçus et écoutés au plus haut de l’état.
Ne pas prendre en compte cet état de fait, c’est passé un peu à coté du sujet.