Pourquoi Tarantino a toutes les chances de gagner un oscar
L'histoire des oscars laisse penser que le réalisateur d'Inglourious Basterds remportera le prix du meilleur film.
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Vous voulez remporter l'oscar du meilleur film? Rien de plus facile. Montez une comédie musicale interdite aux mineurs (1), qui raconte l'histoire d'un personnage militaire historique, et est tirée d'un roman. Et faites en sorte qu'elle dure 2 heures et 10 minutes.
Voilà 82 ans que les oscars existent. C'est autant d'œuvres cinématographiques qui permettent de dégager des tendances sur les films primés lors de cette cérémonie. Voici les critères à respecter:
Source du film
De Autant en emporte le vent à No Country for Old Men, 40 des 82 des films ayant remporté l'oscar du meilleur film sont adaptés de romans éponymes. En seconde position –c'est étonnant– on trouve les films orignaux (22 sur les 82 films oscarisés). Puis viennent les pièces de théâtre. C'est de moins en moins le cas, car il n'y a eu que trois films récompensés aux oscars qui étaient inspirés de pièces de théâtre depuis 1968: Amadeus, Miss Daisy et son chauffeur et Chicago. En queue de peloton, nous n'avons que deux vainqueurs inspirés d'autres films: Marty et Les infiltrés.
Genre du film
Les films de guerre arrivent en premier. Ils représentent 21 des films récompensés pour le meilleur film. Le plus surprenant, c'est que l'essentiel des films de guerre primés l'ont été dans les années 90, alors que les Etats-Unis ne livraient aucune guerre de grande envergure. Le second genre le plus apprécié est ce qu'on appelle les biopics (ou biographies picturales): 14 films récompensés sont basés sur la vie de personnalités, depuis Shakespeare in Love en remontant jusqu'à The Great Ziegfeld (1936). A la troisième place, 9 films récompensés aux oscars du meilleur film sont des comédies musicales. En outre, 39 films sur les 82 vainqueurs sont des films d'époque.
Box-office
Un examen des recettes (en tenant compte de l'inflation, bien sûr) révèle que, dans un premier temps, nous n'avons pas regardé les films oscarisés. Puis nous les avons beaucoup regardés, avant d'arrêter. En 28 ans, depuis 1927, année qui a vu la célébration de la première cérémonie des oscars, jusqu'en 1955, seuls trois films ont fait partie des 100 films détenant les records d'entrées: Autant en emporte le vent, Les plus belles années de notre vie et Sous le plus grand chapiteau du monde. Et au cours des 31 ans qui se sont écoulés depuis 1978, 3 films seulement ont réussi à figurer parmi les 100 films les plus vus: Forrest Gump, Titanic et Le Seigneur des anneaux: Le Retour du roi. Mais pendant les 22 ans qui ont séparé 1956 de 1978, 11 films sont entrés dans la liste des 100 films les plus vus. Des œuvres comme La Mélodie du bonheur, Ben Hur, Le Parrain, Rocky et L'Arnaque ont aussi obtenu de belles récompenses et fait un carton au box-office.
Classement
Aux Etats-Unis, la MPAA a commencé à «classer» les films (en fonction du public visé) en 1968. Depuis, les films oscarisés dans la catégorie du meilleur film sont très majoritairement interdits aux mineurs. Depuis 1968, 20 films interdits aux mineurs ont raflé la récompense suprême, contre seulement 12 films primés pour lesquels l'accord parental est souhaitable. 7 films interdits au moins de 13 ans ont été récompensés aux oscars. Les deux seuls films aux extrémités du classement à avoir gagné sont Oliver!, classé G (tout public) et Macadam Cowboy, classé X à sa première sortie.
Durée des films
Une chose est certaine, l'Académie des oscars aime les films longs. La durée moyenne des films ayant remporté l'oscar du meilleur film est de deux heures et vingt minutes. C'est le cas de Kramer contre Kramer (1979) à Slumdog Millionaire (2009). Seuls Miss Daisy et son chauffeur et Crash font moins de deux heures. Avant 1979, la durée moyenne était légèrement inférieure, à savoir deux heures et dix minutes.
Studio
S'agissant des oscars, le studio de cinéma a bel et bien son importance. Columbia Studios arrive en tête avec 74 victoires et 110 nominations. Il a remporté des oscars avec les belles images de Tant qu'il y aura des hommes, Ghandi, Le Dernier empereur et Lawrence d'Arabie. (Sa dernière victoire remonte cependant à 1987). Juste derrière Columbia Studios, 20th-Century Fox a été primé 58 fois et nommé 98 fois pour des réalisations un peu plus décousues, comme Eve, Braveheart et French Connection.
Si jusqu'ici vous continuez à me lire avec attention, vous vous demandez sans doute qui sera le grand gagnant de cette année...
Alors, on peut disqualifier plus de la moitié des 10 films nommés de 2010. Pour cela, il faut se rappeler une seule et unique règle: tous les films oscarisés dans la catégorie du meilleur film ont, en moyenne, remporté cinq oscars et ont été nommés pour huit. Ce qui nous permet d'éliminer A Serious Man (deux nominations), Une éducation (trois nominations), District 9 (quatre nominations), L'Éveil d'un champion (deux nominations). De plus, on peut facilement écarter Là-haut: l'intrigue est originale, c'est une comédie (seules neufs comédies ont été primées), elle est tout public et fait 96 minutes (Il n'y avait que Marty et Annie Hall comme films primés plus courts).
Il nous reste donc Avatar, Démineurs, Precious (tiré du roman Push de Sapphire), In the Air et Inglourious Basterds.
Precious et In the Air sont tous deux des comédies dramatiques inspirées de romans. Ces films semblent prometteurs. Néanmoins, ayant été nommés seulement six fois et en tant que drames dont l'action se déroule dans le présent, pour une durée d'environ une heure et cinquante minutes, ce ne sont pas des vainqueurs potentiels. En revanche, Avatar a la bonne durée (162 minutes) et le bon nombre de nominations (9)... Mais il est interdit au moins de 13 ans et c'est de la science-fiction. (Aucun film de science-fiction n'a jamais remporté d'oscar du meilleur film. En outre un seul film fantastique, Le Seigneur des anneau: Le Retour du roi, a gagné).
Restent désormais Démineurs et Inglourious Basterds, deux films interdits aux mineurs (classement américain), qui parlent de guerre et ont été nommés respectivement neuf et huit fois. Théoriquement, l'avantage revient à Tarantino (Inglourious Basterds), car l'action se situe dans le passé (Seconde Guerre mondiale) et le film a été réalisé par un studio ayant plusieurs oscars à son actif. Contrairement à Démineurs, un film à l'intrigue actuelle et qui est distribué par le studio novice Summit Entertainment.
Un oscar, qu'est-ce que ça rapporte?
A quoi cela sert-il de remporter l'oscar du meilleur film? Comme l'explique Mo'nique: «Cet oscar ne m'a pas donné à manger. Tout le monde a besoin d'argent mon vieux.» Ne vous inquiétez pas Mo'nique, la science a parlé, et si votre agent a réussi à vous faire marquer des points, un oscar vous rapportera un sacré paquet de fric! Dans un article qui date de 1988 intitulé «Ce que vaut un oscar», John C. Dodds et Morris B. Holbrook nous apprennent qu'une nomination aux oscars dans la catégorie Meilleur film rapporte autour de 988.247 dollars [727.650 euros] en recettes complémentaires au box-office. En cas de victoire, on peut ajouter 3.380.154 dollars [2.488.722 euros] au bénéfice du film.
Il y a toutefois une anomalie statistique: une nomination à l'oscar de la meilleure actrice rapporte 872.632 dollars [642.537 euros] au film, tandis que la nomination d'un comédien au titre de meilleur acteur ne lui fera gagner que 809.630 dollars [596.132 euros]. Cependant, un oscar du meilleur acteur rapporte 1.037.634 dollars [764.200 euros], tandis que si une comédienne est primée «meilleure actrice», cela engendre une perte pour le film! La somme en jeu est «statistiquement négligeable», mais cela reste une perte. Mo'nique n'a peut-être pas tort de se plaindre.
Grady Hendrix
Traduit par Micha Cziffra
Image de une: Brad Pitt dans Inglourious Basterds
À LIRE ÉGALEMENT: Tarantino, l'inconséquence du spectateur; A Serious Man est un film sérieusement bon, mais...; Avatar, pas très écolo; Là-haut: on la refait, mais moins pixellisée
Ndt(1) : Pour simplifier, nous emploierons l'expression «interdits aux mineurs» dans cet article. En fait, il s'agit ici de films «classés R» selon la normalisation américaine, c'est-à-dire interdits aux moins de 17 ans non accompagnés d'un parent ou d'un tuteur adulte. Les films sont souvent classés différemment en France.
Mis à jour le 07/03/2010 à 23h11













































Je ne sais pas si Tarantino aura un oscar, mais je sais une chose : Roman Polanski aurait dû être sélectionné. L'académie des Oscars n'a pas osé. Les allemands ont eu raison de lui donner le grand prix lors du festival de Berlin.
Je viens de voir "The Ghost Writer" : époustoufflant, du Grand Cinéma. M. Polanski est un grand réalisateur.Je sais de quoi je parle, j'ai vu tous ses films.
Le mois dernier, vous avez fait paraître un article d'une journaliste américaine qui regrettait que M. Polanski soit un bon metteur en scène alors qu'il est accusé de viol... Je la soupçonne d'être partisane.
Cela n'a rien à voir.M. POLANSKI a un talent immense, c'est un réalisateur de génie.
Il est à mon sens à la fois tout à fait juste et tout à fait idiot de se contenter d'observer que le cinéma de Tarantino est un cinéma de spectateur. Au premier abord, et c'est son premier défaut, Tarantino fait un cinéma de gimmick. Clin d'oeil ici, clin d'oeil là, référence ici et là, au point où par exemple on peut se demander la raison de tout ça, comme le début Leonesque de Inglourious, le survet d'Umma, ou les reférences musicales permanentes. C'est vrai c'est la facilité de Tarantino... Mais en fait le critique ici, et c'est paradoxal, se contente d'être spectateur d'un cinéma qu'il qualifie de cinéma de spectateur et ignore, par un effet de facilité commun à l'endroit de Tarantino, que celui ci, par exemple est un grand lecteur d'Elmore Léonard. Ce n'est pas anodin du tout. Jacky Brown est une très fidèle adaptation de Punch Créole, fidèle dans les scènes autant que dans l'esprit de l'écrivain qui a toujours une certaine distance avec ses personnages et prend systématiquement la voie du contrepied. Ce que fais en l'occurence Tarantino dans tous ses films. Il prend le cinéma de genre à contrepied et y installe un univers bien à lui, injectant de l'humanité dans ce qui ailleurs ne serait que des films de genre. Comme s'il se plaisait à introduire non pas du réalisme dans sa fiction, mais en confrontant les deux. Tout en étant parfaitement conscient de ses limites.
Par exemple si Jacky Brown est une application quasi scène par scène du livre il y manque une scène en particulier, où deux dealers de cracks délirent au milieu d'un stock d'arme, et que Tarantino a sucré parce que précisément il ne voulait pas qu'on lui reproche de faire du Tarantino. Léonard l'a écrite pour respecter son contrepied, Tarantino l'a sucré parce que justement ici il n'y avait pas lieu d'être, Jacky Brown est un polard couleur (vaguement) blaxploitation, par un multiréférencé. Je remarque d'ailleurs que l'auteur fait complètement l'impasse sur ce film, alors qu'il parle des quatre autre.
De plus qu'est-ce qu'on observe réellement dans les fameux dialogue de Tarantino ? La digression d'une part, et une forte proportion à cela en revisitant la pop culture (Madonna, le dialogue sur superman, les hamburgers) donc déjà un point de vue sur le monde. Ensuite un point de vue même sur le cinéma et sa "légerté" ici heurté de plein fouet par le réel. Dans Reservoir Dog, la scène des toilettes, Steve Buscemi demande à son complice : "est-ce qu'il y a eu des vrai gens de tué ?" "non juste des flics" précisément parce que dans ce genre de film, polard "léger" les flics ou les bandits sont généralement comme des dummys, on tire et rien n'est grave. Or ce que nous montre Tarantino dans ce film là, justement est que les choses sont graves. Quand un homme est blessé au ventre il souffre le martyre et une balle peut provoquer une agonie et une hemmoragie interminable. Les gangsters ne sont pas de simple voyous qui essayent de faire un coup, mais des brutes et parfois même des brutes sadiques, et aussi, comme le montre le dialogue du début, des gens parfaitement ordinaires qui "ne croit pas aux pourboir"... pourquoi croyez vous qu'Edward J Bunker, ex taulard devenu écrivain a un role dans ce film ? parce que précisément c'est que lui décrit dans le Récidiviste ou ce que Mann décrit dans le Solitaire, ces voyous là ont une vie, un quotidien, des préoccupations basiques et ne sont pas que ces personnages uniforme que l'on rencontre dans les films de genre.
Prenons ensuite le cas de Kill Bill, en dehors du fantasme ambulatoire que présente l'ensemble du film et dont Tarantino ne se cache nullement, que nous raconte la fin ? Une scène de couple, d'un couple qui se déchire et qui va directement rejoindre le vécu du réalisateur, élevé par sa mère, abandonné par son père et ici comment ne pas imaginer combien il projette dans Beatrix Kiddo et sa fille sa propre vie (la mère et la fille regardant ensemble Shogun Assassin). De plus c'est un film d'acteur. Tarantino adore les acteurs et ils le savent, parce qu'il est prend à contrepied de leur rôle habituel (Bruce Willis et le Gump) ou les cristalise dans leur propre légende mais non pas en tant que "héros" mais en tant qu'être humain (Travolta dansant dans le musée du cinéma qu'est ce restaurant, Carradine en mentor kung fu). Ce n'est plus ici un point de vue de spectateur, c'est le point de vue d'un spectateur qui s'intéresse à l'humain derrière le rôle.
Quoiqu'il arrive Tarantino cherche un point de vue disruptif par rapport à ce cinéma dont il s'est gavé. Un film s'appel Inglourious Basterds mais les fameux personnages ont à peine quelques scènes dans le film, le nazi est un sadique, mais c'est surtout un brillant cerveau qui par la psychologie va constamment mettre à mal ses ennemis (et sans jamais torturé ou blesser qui que ce soit). Kill Bill est un film de vengeance avec des personnages gimmick mais qui en réalité révèle une histoire d'amour tragique entre l'égoïsme masculin et la responsabilité d'une mère. Boulevard de la Mort est un film Grindhouse de tueur sadique mais en réalité c'est une digression sur les femmes entre elles et comment elles vont botter le cul à ce qui s'avère un être passablement pitoyable, lâche et impuissant (là où le ciné américain fait toujours passer les tueurs en série pour des génies machiavélique, Tarantino montre le véritable aspect de ce genre d'individu).
De plus Tarantino place toujours les femmes au centre à l'exception de Réservoir Dog qui est en réalité du théâtre filmé. A elles le manche, à elle la force, le courage, la détermination, là où les hommes apparaissent la plus part du temps comme dépassés, excessifs, bornés, stupides... c'est loin d'un point de vue passif de spectateur. Enfin la violence... chez Tarantino elle n'apparait jamais comme anodine. A l'exception de Kill Bill, revendiqué comme tel, ce n'est même pas la violence presque métaphorique et sexuelle de Peckinpah, c'est une violence douloureuse, compliquée par le réel. Par exemple la scène ou Travolta explose la tête d'un type dans une voiture dans Pulp Fiction n'est pas traité comme dans la plus part des films de genre. C'est un problème authentique, il faut nettoyer la voiture, c'est sale, il faut se changer, appeler des intervenants, etc... La violence intervient comme un personnage et non plus comme un vecteur d'action, un détail. Sans doute pourquoi Tarantino a détesté l'adaptation qu'Oliver Stone a fait de son scénario de Natural Born Killer où la violence est ici factuelle.
Mais oui, Tarantino est spectateur aussi, il est même voyeur interne d'un certain cinéma, comme s'il passait la toile et y injectait le monde réel en gardant l'apparence du reste. A ceci il faut voir rien de plus que l'influence principal de Tarantino, à savoir Brian de Palma qui fait un cinéma de voyeur (Body Double, Blow Out, Pulsion). Donc pour conclure je trouve que ce regard sur le cinéma, certes imparfait, de Tarantino reste quand à lui bien en surface et partisan. Un partisianisme en fait très superficiel... de spectateur.
Merci de nous avoir fourni une analyse aussi intéressante du cinéma de Tarantino.
Parfois le spectateur superficiel a besoin du regard d'un autre genre de spectateur pour l'aider à approfondir son propre regard.