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Aux États-Unis, l'hypnose est encore utilisée pour condamner les criminels

Temps de lecture : 2 min

Malgré de sérieux doutes sur sa validité scientifique, la méthode sert toujours à envoyer des gens dans le couloir de la mort.

Sur les dix-sept États américains admettant les témoignages induits par hypnose, dix autorisent encore la peine de mort. | Matthew Ansley via Unsplash
Sur les dix-sept États américains admettant les témoignages induits par hypnose, dix autorisent encore la peine de mort. | Matthew Ansley via Unsplash

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les forces de l'ordre américaines et les services de renseignement ont recours à l'hypnose dans le cadre d'enquêtes criminelles.

En juillet 1976, un article faisait la une du New York Times, annonçant qu'un conducteur d'autobus enterré vivant s'était souvenu sous hypnose du numéro de plaque d'immatriculation de ses ravisseurs en Californie. Cette affaire a popularisé la méthode et a mené les services de police à l'utiliser à travers tout le pays.

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, la police effectuait en moyenne plus de cent séances d'hypnose par an à Los Angeles. Le chef du programme d'hypnose des forces de l'ordre de la ville a affirmé que les trois quarts d'entre elles ont fourni des informations utiles à la résolution des affaires.

Selon les partisan·es de l'hypnose, elle permet aux victimes et aux témoins de se rappeler d'événements traumatisants avec plus de clarté, en les détachant des émotions qui troublent le souvenir.

Aux États-Unis, treize États autorisent encore les témoignages induits par hypnose si celle-ci est réalisée conformément à certaines directives et quatre autres États les admettent sans condition. Sur ces dix-sept États, dix ont également des lois sur la peine capitale, ce qui signifie qu'ils peuvent potentiellement infliger la mort à des personnes innocentes.

Fiabilité contestée

Au cours des dernières décennies, la validité scientifique de l'hypnose a en effet été remise en question par des expert·es étudiant le fonctionnement de la mémoire, en particulier dans les interrogatoires policiers et les salles d'audience. «L'ampleur de l'erreur scientifique en matière de criminalistique est époustouflante», a assuré l'avocat Ben Wolff au Guardian.

À mesure que l'hypnose s'est répandue dans le domaine judiciaire, ses faiblesses sont devenues plus évidentes et c'est ainsi qu'est apparu «un changement d'attitude» à son égard chez les juristes et les psychologues, note le Dr. Steven Lynn, expert en hypnose.

Une étude menée en 1983 à l'université Concordia de Montréal a révélé que les sujets hypnotisés ont tendance à être particulièrement vulnérables à l'implantation de faux souvenirs.

En 2006, un autre travail de recherche a exploré les souvenirs d'individus après la mort de la princesse Diana et a constaté que les personnes sous hypnose omettaient plus de détails et se souvenaient moins bien que celles qui ne l'étaient pas.

Au cours des deux dernières décennies, des États américains ont bloqué ou restreint l'utilisation de l'hypnose, mais l'interdiction de cette méthode soulève la nécessité d'un réexamen plus large de la manière dont la police et les procureurs peuvent influencer la mémoire des témoins et des suspect·es.

Slate.fr

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