Monde

De 1959 à 2019, six anniversaires de la République populaire de Chine

Temps de lecture : 8 min

Quelques mois après la répression place Tiananmen ou en pleine période de manifestations à Hong Kong, chaque anniversaire du régime a ses spécificités.

Célébration des 70 ans de la République populaire de Chine, place Tiananmen à Pékin, le 1er octobre 2019. Sur cette photo, on peut lire: «Mettre en œuvre la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise pour une nouvelle ère». | Greg Baker / AFP
Célébration des 70 ans de la République populaire de Chine, place Tiananmen à Pékin, le 1er octobre 2019. Sur cette photo, on peut lire: «Mettre en œuvre la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise pour une nouvelle ère». | Greg Baker / AFP

Le 1er octobre à Pékin, lors de la vaste cérémonie marquant le 70e anniversaire de la Chine populaire, Xi Jinping, président de la République et premier secrétaire général du Parti communiste chinois est apparu en costume à col Mao. Depuis quarante ans, tous les successeurs de Mao Zedong ont fait de même. Cela suffit à montrer que le régime ne veut pas faire oublier que ses origines se situent dans le communisme maoïste aux apparences austères et dans lequel les rapports de forces étaient souvent violents.

Tous les dix ans, la Chine commémore l'installation de ce régime marxiste-léniniste qui a pris le pouvoir dans le pays en 1949. Cette année, les autorités chinoises ont tenu à afficher la puissance du pays. Il est devenu la deuxième économie au monde, juste derrière les États-Unis. Il s'agissait en ce 1er octobre de faire défiler sur l'avenue Chang'an, au centre de Pékin, 15.000 soldats, femmes et hommes en parfait ordre de marche. Ils étaient groupés en régiments qui alternaient avec des centaines de chars et de camions sur lesquels étaient disposés des missiles à la pointe de la technologie.

Au premier étage de la porte sud de la Cité interdite, les dirigeants chinois actuels et quelques anciens assistent à cette parade militaire. Ils sont juste au-dessus du portrait de Mao Zedong, face à la place Tiananmen.

Xi Jinping et les anciens présidents Hu Jintao et Jiang Zemin assistent à la parade militaire, place Tiananmen à Pékin, le 1er octobre 2019. | Greg Baker / AFP

Avant que commence le défilé, Xi Jinping prononce un court discours dans lequel il déclare: «Rien ne peut ébranler les fondations de notre grande nation. Rien ne peut empêcher la nation et le peuple chinois d'aller de l'avant.» Ensuite, il sort de la Cité interdite dans une Hongqi («drapeau rouge»), la voiture officielle réservée aux dirigeants chinois.

C'est une réplique modernisée de la ZIS qu'utilisait Staline. Debout dans le toit ouvrant à l'arrière du lourd véhicule, le président chinois passe les troupes en revue en répétant: «Salut à vous camarades!» Il répète ainsi, un rituel qui remonte à Mao Zedong et que tous les numéros 1 chinois ont respecté. Visiblement, il n'est pas question pour la direction chinoise de modifier ce rituel.

Xi Jinping dans la voiture réservée aux dirigeants chinois, place Tiananmen à Pékin, le 1er octobre 2019. | Greg Baker / AFP

Il convient au contraire de signifier tous les dix ans qu'une continuité existe et que le régime s'y réfère. La façon dont le communisme chinois a bâti son pouvoir reste aujourd'hui un élément clé de la formation des cadres du Parti. Le sujet occupe une place importante dans les stages auxquels ils doivent participer tous les cinq ans. Mais, si la fondation du régime est un angle de formation essentiel, les sept décennies qui ont suivi sont analysées et sélectionnées sous l'angle de la grandeur future de la Chine.

Révolution permanente

Officiellement, l'histoire moderne du pays débute par l'arrivée du communisme au pouvoir en 1949. Elle survient au terme d'une ample guerre civile. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste de Mao Zedong et son Armée populaire de libération (APL) ont combattu aux côtés des nationalistes du Guomindang contre les envahisseurs japonais. Mais les deux armées chinoises s'affrontent dès le conflit terminé. Et le 1er octobre 1949, les communistes l'emportent dans une Chine dévastée et appauvrie.

La mise en route du programme de Mao Zedong est marquée par la collectivisation forcée des terres agricoles accompagnée par le massacre d'un grand nombre de propriétaires terriens. À l'international, le seul allié de poids de la Chine est alors l'URSS de Staline.

Mao Zedong annonce la création de la Republique populaire de Chine, le 1er octobre 1949. | AFP

En 1959, lorsque le défilé militaire à Pékin célèbre les 10 ans du nouveau régime, la rupture avec l'URSS se précise. Pour renforcer l'économie chinoise, Mao Zedong lance le Grand Bond en avant, dont l'objectif est d'amener la Chine au niveau économique de la Grande-Bretagne. Les campagnes chinoises sont organisées en communes populaires où sont érigés des hauts fourneaux que les paysans doivent faire fonctionner au détriment des travaux agricoles. Une terrible famine s'ensuit, provoquant plusieurs millions de morts. Cela amène les dirigeants chinois à revenir à une orientation économique plus classique et à marginaliser Mao Zedong.

1969 marque les 20 ans de la République populaire et l'apogée de la grande révolution culturelle prolétarienne. Celle-ci a été lancée trois ans plus tôt par Mao Zedong avec, pour objectif premier, de se réinstaller au pouvoir. Il est désormais appelé Grand Timonier. Le 1er octobre, à Pékin, le défilé de l'Armée populaire de libération est acclamé par des milliers de jeunes gardes rouges. Ils prônent la révolution permanente et ont renversé bon nombre d'institutions du pays en humiliant publiquement les fonctionnaires qui les géraient.

Parallèlement, de sérieux accrochages militaires se produisent le long du fleuve Oussouri, qui marque une partie de la frontière nord de la Chine avec la Russie. À cause de ces incidents, la Chine va entamer des contacts discrets avec les États-Unis. Ils aboutiront, début 1972, à une spectaculaire visite à Pékin du président américain Richard Nixon.

Mao Zedong et Richard Nixon à Pékin, le 22 février 1972. | AFP

Priorité au développement économique

Une évidente réorientation de la politique chinoise apparait autour du 1er octobre 1979. Mao Zedong est mort trois ans plus tôt. Ses proches, qui formaient la Bande des Quatre, ont aussitôt été arrêtés et Deng Xiaoping, un dirigeant qui avait été exilé à la campagne pendant la Révolution culturelle, prend les rênes du pouvoir à partir de 1978. Sous le maoïsme, il lui a été reproché des phrases comme: «Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir. L'important est qu'il attrape les souris.» Avec lui, l'idéologie fait donc place à l'affirmation d'une ligne de réformes pragmatiques. La nécessité est proclamée de réaliser les Quatre modernisations: industrie, agriculture, science et défense nationale. Mais le dissident Wei Jingsheng est envoyé en prison: il réclamait la démocratie comme cinquième modernisation. Il y a en Chine des limites à ne pas dépasser.

Le 1er octobre 1989, les 40 ans de la République populaire sont fêtés trois mois après que les tanks de l'armée chinoise ont écrasé le mouvement étudiant qui occupait la place Tiananmen. À Pékin, il n'y a pratiquement pas d'invités européens ou américains dans la tribune officielle pour voir le défilé militaire. La réprobation face à la répression de Tiananmen est quasi générale dans le monde occidental et l'ONU décide notamment un embargo sur les ventes d'armes à la Chine, qui est d'ailleurs toujours en vigueur.

En novembre, l'URSS et les démocraties populaires s'écroulent. La Chine communiste se retrouve plus isolée que jamais. Mais, en 1992, Deng Xiaoping, alors âgé de 88 ans, va faire prendre à la Chine un réel virage économique et social. «Enrichissez–vous», dit-il aux Chinois, lors d'une tournée dans le sud du pays. En précisant qu'«il faut prélever les éléments positifs du capitalisme pour édifier le socialisme à la chinoise». Une politique de réformes et d'ouverture est décrétée, la notion «d'économie socialiste de marché» est inscrite dans la Constitution chinoise. Très rapidement, la Chine va connaître un taux de croissance annuel autour de 10%.

Lorsqu'arrive le 1er octobre 1999, la Chine est dans une période de grande transformation. Les pratiques du communisme traditionnel subsistent dans une organisation politique qui reste opaque. Le président Jiang Zemin, entouré de dirigeants shanghaïens, donne la priorité au développement économique. Les villes se transforment, des entreprises occidentales trouvent des associés en Chine, l'exode rural prend de l'ampleur. Deux ans avant, en 1997, Hong Kong a été rétrocédé par le Royaume-Uni à la Chine populaire. Et cette «zone économique spéciale» offre un savoir-faire international de première importance à l'économie chinoise. Le commerce chinois va par ailleurs être admis en 2001 dans l'Organisation mondiale du commerce. L'économie chinoise obtient ainsi la possibilité de s'ouvrir au libéralisme international. Elle va largement en profiter.

Durcissement progressif

En octobre 2009, la Chine dirigée par Hu Jintao est dans un état contrasté. La croissance de son économie se poursuit et son commerce, tout comme ses investissements extérieurs se développent fortement. Les Jeux olympiques en août 2008 ont démontré que le pays était parfaitement capable d'organiser une manifestation de cette ampleur. Et la performance est confirmée en 2009 par la tenue à Shanghai de l'exposition internationale.

Le président Hu Jintao assiste au défilé militaire du 1er octobre 2009 à Pékin. | AFP

Mais, en 2008, la violente répression de manifestations au Tibet ternit l'image de la Chine. Elle n'est pas redorée par les relations officielles avec l'île nationaliste chinoise de Taïwan que Pékin met en place quelques mois plus tard. L'idée répandue en Occident selon laquelle la Chine finirait par évoluer vers la démocratie s'estompe, tandis qu'en 2010 le pays est la deuxième économie au monde.

Devenu secrétaire général du Parti communiste en novembre 2012, Xi Jinping met en place un durcissement progressif de la politique chinoise. Cela tient sans doute aux craintes que provoque une économie chinoise qui semble décélérer et qui parvient tout juste à atteindre une croissance autour de 6%. Par ailleurs, le fonctionnement des instances du Parti communiste est toujours aussi opaque mais il est probable que des luttes de tendances s'y déroulent et que les proches de Xi Jinping aient des difficultés à les contenir. Surtout quand elles sont dirigées contre lui. Probablement pour renforcer son pouvoir, Xi Jinping fait adopter lors du congrès du Parti en 2016 une disposition qui lui permet de rester secrétaire général à vie. Alors que Deng Xiaoping avait institué qu'on ne pouvait cumuler plus de deux mandats de quatre ans.

Dans ce contexte, ce 1er octobre est certainement apparu comme un événement heureux pour Xi Jinping. Personne dans le Parti ne peut contester l'importance de l'événement.

Un portrait géant de Xi Jinping sur la place Tiananmen, à Pékin, le 1er octobre 2019. | Greg Baker / AFP

Mais la fête terminée, le secrétaire général du Parti communiste chinois se retrouve confronté aux dossiers particulièrement complexes du moment. Sur le plan commercial, l'attitude de Donald Trump à l'égard de la Chine n'évolue pas. Les produits exportés par la Chine commencent à être affectés par l'ampleur des taxes qui leur sont imposées aux États-Unis. La balance commerciale chinoise subit ces effets.

Autre question, les manifestations antichinoises à Hong Kong qui durent depuis juin. Celles et ceux qui y participent avec le plus de détermination avaient pour objectif d'attirer les regards de l'opinion internationale en provoquant un maximum de désordre dans la ville le 1er octobre.

Le déploiement policier a limité cette intention mais en blessant gravement un manifestant. À aucun moment, semble-t-il, il n'a été envisagé de faire intervenir à Hong Kong l'armée chinoise. La priorité pour Pékin était de commémorer les 70 ans du régime. Cette cérémonie étant désormais passée, une nouvelle phase s'ouvre dans la relation entre la Chine et Hong Kong.

Au moins, le 1er octobre 2019 peut-il être considéré en Chine comme une journée d'unité nationale. Le défilé retransmis sur de nombreuses chaînes de télévision a été regardé par plus de 900 millions de gens. Ainsi que le gigantesque feu d'artifice tiré le soir même au-dessus de Pékin. Comme chaque année en Chine, une semaine de vacances suit traditionnellement cette journée de fête nationale. Le temps pour les dirigeants chinois de commencer à réfléchir à ce que pourrait être en 2029 la commémoration des 80 ans de la révolution communiste chinoise.

Richard Arzt Journaliste

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