Monde

Au Qatar, les travailleurs immigrés meurent sous les coups de chaleur

Temps de lecture : 2 min

Âgés de 25 à 35 ans, ils travaillent dans des conditions extrêmes sur les chantiers de la Coupe du monde de football 2022.

Des travailleurs immigrés sur le chantier de l'Al-Janoub Stadium (anciennement Al-Wakrah Stadium), qui doit être livré pour la Coupe du monde 2022, le 6 février 2018, près de Doha au Qatar. | Karim Jaafar / AFP 
Des travailleurs immigrés sur le chantier de l'Al-Janoub Stadium (anciennement Al-Wakrah Stadium), qui doit être livré pour la Coupe du monde 2022, le 6 février 2018, près de Doha au Qatar. | Karim Jaafar / AFP 

Le Qatar s'applique à construire rapidement des stades, des routes, et des hôtels qui accueilleront les compétitions de la Coupe du Monde 2022. Le pays a vu sa population de travailleurs migrants atteindre 1,9 million d'habitants. Ce projet pharaonique nécessite une main-d'œuvre de centaines de milliers d'ouvriers. Cet été, ils ont travaillé jusqu'à 10h par jour, bien que le labeur soit interdit aux heures les plus chaudes de la journée, c'est-à-dire de 11h30 à 15h, durant lesquelles les températures peuvent culminer à 45 degrés.

Selon des estimations doublées d'une enquête menée par le Guardian, des centaines d'immigrés, qui sont de jeunes hommes âgés de 25 à 35 ans, meurent chaque année pour cause de stress dû à la chaleur. «D'après nos recherches, il est clair que les travailleurs sont recrutés dans leur pays d'origine en partie sur la base de leur santé, et arrivent dans le Golfe aptes au travail», a déclaré le Dr Dan Atar, professeur en cardiologie. La majorité de ces décès sont attribués par les autorités qataries à des causes cardiovasculaires ou sont considérés comme «naturels».

Mais, d'après le Dr Atar, «la conclusion claire que j'en tire en tant que cardiologue est que ces décès sont causés par des coups de chaleur. Leur corps ne supporte pas le stress thermique auquel ils sont exposés». Selon la recherche du Guardian, travailler à des températures élevées met à rude épreuve le système cardiovasculaire humain.

Des ouvriers surexploités

Le Comité suprême du Qatar a déclaré qu'il avait mis en place plusieurs mesures pour atténuer le risque d'exposition à la chaleur et qu'il avait mené une recherche pour évaluer l'impact du stress thermique sur les travailleurs, examinant les mesures d'atténuation, notamment les chambres froides sur place et l'amélioration des périodes de pause. Cette année, il a fourni des serviettes et des gilets de refroidissement à des milliers d'ouvriers. À l'interdiction de travailler aux heures chaudes, les autorités ont ajouté l'injonction faite aux employeurs de ne pas faire travailler les personnes qu'ils emploient plus de cinq heures par jour durant l'été. La réalité est toute autre.

L'analyse du Guardian révèle que, certains jours du mois d'août, aucune tâche ne peut être effectuée sans risque sérieux pour la santé. Les ouvriers n'ont même pas accès à une assistance médicale d'urgence, et certains d'enter eux ont déclaré que leur employeur refusait de les laisser accéder à des installations médicales s'ils tombaient malades. À Doha, un ouvrier Kenyan a assuré qu'il n'y avait aucune eau potable propre sur le chantier et qu'il ressentait beaucoup de stress. «Nous avons droit à une pause de trente minutes en huit heures, a déclaré un Bangladais travaillant sur un chantier près de Doha. Si on fait une pause de vingt minutes, ils nous ordonnent de travailler vingt minutes en plus.»

D'autres travailleurs immigrés ont confié au Guardian qu'ils souffraient de diverses affections liées à la chaleur, notamment d'allergies cutanées, de maux de tête, de troubles de la vision, de vertiges et de difficultés respiratoires.

Le Pr Tord Kjellstrom, consultant en santé environnementale pour les Nations Unies, déplore: «Le risque sanitaire posé par le stress thermique aura des conséquences dévastatrices pour des millions de personnes, mais il n'est toujours pas considéré comme une urgence.» Il tire également la sonnette d'alarme climatique et met en cause la hausse des températures mondiales. «Il faut que ça change», a-t-il affirmé.

Slate.fr

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