Boire & manger / Politique

Jacques Chirac à table, un ogre bienveillant

Temps de lecture : 6 min

Où l'on apprend que l'os à moelle était un must pour le fondateur du RPR.

Jacques Chirac au restaurant L'Ami Louis (IIIe arrondissement de Paris) avec sa femme Bernadette, Bill et Hillary Clinton, le 16 juin 1999. | Thomas Coex / AFP POOL / AFP
Jacques Chirac au restaurant L'Ami Louis (IIIe arrondissement de Paris) avec sa femme Bernadette, Bill et Hillary Clinton, le 16 juin 1999. | Thomas Coex / AFP POOL / AFP

La tête de veau a été le plat fétiche du président de la République. Où qu'il aille, le Corrézien aux longues jambes et à l'appétit féroce se voit offrir cet abat un brin gluant accompagné ou non de sauce gribiche: le président en est saturé.

Au restaurant Le Père Claude, la terrine de tête de veau. | lepereclaude

À l'Élysée, le chef en titre Joël Normand n'en sert jamais. Par contre, il mitonne le poulet fermier, le cochon de lait et la viande rouge persillée en provenance des Boucheries Nivernaises où le navarin d'agneau est la spécialité majeure.

Au Ritz de Paris, place Vendôme, où Jacques Chirac se rend le dimanche pour le brunch somptueux, le chef lorrain Michel Roth, double étoilé, fait ajouter des lamelles de truffes noires sur la tête de veau. Le chef de l'État salue tous les personnels de salle et nombre de client·es du palace 1900 sont ravi·es d'échanger quelques mots avec lui.

Au Ritz, Jacques Chirac est persona grata car il a veillé en personne à la restauration de l'admirable façade, de concert avec les architectes des Monuments historiques.

En fait, Jacques Chirac est un gourmand à l'ancienne –la nouvelle cuisine chichiteuse, très peu pour lui. D'après le chroniqueur Gilles Brochard, auteur du Guide secret des tables politiques (Verlhac Éditions), l'ancien député de Corrèze apprécie d'abord le pain, le pâté et le saucisson qu'il range dans le placard de son bureau à l'Hôtel de ville –fréquente petite faim.

Jacques Chirac et Claude Perraudin au restaurant Le Père Claude. | Claude Parraudin

C'est un dévoreur de charcuteries, ce que confirme Claude Perraudin, chef et patron du restaurant Le Père Claude & Fils, à deux pas des Invalides. Le repas commence toujours par des escargots à l'ail, double portion.

Au restaurant Le Père Claude, les escargots. | lepereclaude

Fils d'un boucher-charcutier de Nevers, le patron, arpète chez Troisgros, puis cuisinier chez Bocuse, Claude Perraudin s'occupe particulièrement du président, souvent accompagné de son épouse Bernadette et de sa fille Claude attablées devant les terrines maison, les cuisses de grenouilles, la côte de veau à l'estragon et l'entrecôte saignante à la plancha, os à moelle, un must pour le fondateur du RPR, pape de la gueulardise traditionnelle dont le compagnon de table préféré reste Jean-Louis Debré qui le vouvoie tandis que Chirac le tutoie –une amitié fraternelle nourrie par la bonne chère.

Au restaurant Le Père Claude, l'os à moelle. | lepereclaude

Car Chirac est heureux à table, il incarne la joie de manger dans des bistrots canailles et à la Rhumerie, boulevard Saint-Germain, où il lampe les eaux-de-vie de la Martinique qui alternent avec la bière blonde mexicaine si désaltérante. Le président n'est pas un grand œnophile, il a soif, il déjeune tôt, dès midi –c'est qu'il s'est levé bien avant 7 heures du matin.

Claude Perraudin dans son restaurant. | lepereclaude

Bien sûr, le président élu deux fois par les Français·es à la magistrature suprême a écumé tous les grands restaurants de la capitale, d'abord Lipp, un passage obligé pour le Tout-Paris des lettres, des médias et de la politique, il est assis au rez-de-chaussée, dans la salle en U où l'on peut voir et être vu·e.

Jacques Chirac est reçu par le père Cazes, propriétaire auvergnat qui fait préparer la choucroute fumante au jarret de porc, on l'a vu dans cette brasserie alsacienne avec son petit-fils Martin et sa mère Claude en charge des relations publiques de son père si aimé.

De là, il file à La Palette, le café à terrasse de la rue de Seine chère aux galeristes du secteur. Le président vient le dimanche à l'heure du thé car il a un attachement particulier pour Saint-Germain-des-Prés qu'il arpentait à l'époque où il habitait un très bel appartement quai Malaquais, face à la Seine et au Louvre.

Les grands étoilés de prestige, il les connaît; comme l'ex-trois étoiles Taillevent. Il y est accueilli par Jean-Claude Vrinat, propriétaire, qui lui suggère un menu festif: la selle d'agneau de l'Aveyron en croûte de sel et la purée Soubise qui enchantent les meilleurs palais. Le président est affable et souriant, il se laisse conseiller les plats de la carte sans rechigner. C'est un gourmet facile à satisfaire.

Chez Lasserre, il est invité par des représentants de grand journaux de province, il aime ce beau restaurant au toit ouvrant où il convie sa famille que René Lasserre, propriétaire, où Monsieur Louis, directeur, bichonnent au mieux: le canard à l'orange a ses faveurs, le champagne est offert. On lui présente l'addition comme à un client normal. Il salue un personnel enchanté de le recevoir.

C'est au Fouquet's des Casanova qu'il invite Line Renaud et Loulou Gasté son mari, des amis intimes. C'est là aussi qu'il convie Bernard Pons, secrétaire général du parti gaulliste. Tout comme Chez Françoise sous la gare des Invalides, la cantine des député·es, il polarise l'attention des convives. Chirac est fêté, adulé, tout le monde veut le saluer.

Le Tong Yen, restaurant vietnamien de la rue Jean Mermoz, a été une de ses tables de prédilection. Il y savoure les raviolis de crevettes à la vapeur, la salade thaï, et le canard laqué pékinois avec Dominique de Villepin et Jean-Pierre Raffarin. La fermeture de l'établissement en 2015 l'a affecté: il avait une grande tendresse pour Thérèse Luong, la patronne au sourire éternel. Le restaurant est devenu un Kinugawa, japonais à sushis.

Au retour d'un séjour au Royal Palm de l'Île Maurice, Bernadette a été conquise par le chef local du palace, sa cuisine marine basses calories l'a emballée. Elle entend persuader le chef Normand de s'inspirer de ce type de préparations allégées et goûteuses. Joël Normand devra se plier à ses exigences car l'épouse du président entend faire évoluer les mets à l'ancienne de l'Élysée, ce qui affectera le moral de Normand, responsable des compositions culinaires, viandes et volailles qui plaisent tant au président, bonne fourchette s'il en est.

Avec les politiques et les gens de la presse, Chirac applique pendant tous ses repas le mot de Bossuet: «C'est à table que l'on gouverne».

RESTAURANTS CITÉS

Les Jardins de l'Espadon du Ritz

Sous la véranda bordée de verdure, le récital moderne au déjeuner de Nicolas Sale, plats clochés et personnel en queue-de-pie. Bar de ligne, ris de veau et des vins à des tarifs cinglants. Clientèle du palace et du Tout-Paris.

15 place Vendôme 75001 Paris. Tél.: 01 43 16 33 74. Formules à 95, 115, 135 et 150 euros. Pas de fermeture. Dîner à la Table de l'Espadon sous le plafond bleu ciel, addition bien plus élevée. Voiturier.

Le Père Claude & Fils

Recettes bistrotières exécutées avec doigté, tête et langue de veau ravigote, pied de cochon, poulet à la broche, boudin noir et baba au rhum. Pour de bons mangeurs. Morgon frais en carafe.

51 avenue de la Motte-Piquet 75015 Paris. Tél.: 01 47 34 03 05. Menus à 29,50 et 35 euros. Pas de fermeture.

La Rhumerie

166 boulevard Saint-Germain 75006 Paris. Tél.: 01 43 54 28 94. Assiettes antillaises à partir de 16 euros, salades. Pas de fermeture.

Lipp

Brasserie intemporelle, banquettes, miroirs et le personnel qui connaît la clientèle à bien placer. Harengs Bismarck, brandade, pied de porc farci, sole, glace au café. Plein aux deux repas.

151 boulevard Saint-Germain 75006 Paris. Tél.: 01 45 48 53 91. Plats du jour à partir de 24 euros. Carte de 50 à 80 euros. Terrasse chauffée. Pas de fermeture.

La Palette

Café 1900. Tartines charcutières, jambon cru et vins au verre. Terrasse très courue.

43 rue de Seine 75006 Paris. Tél.: 01 43 26 68 15. Carte de 21 à 25 euros. Pas de fermeture.

Taillevent

Restaurant de classe internationale logé dans l'ancien hôtel du duc de Morny. Banquettes, boxes, tables rondes ou carrées, le style parisien à son meilleur. David Bizet en cuisine envoie des plats splendides (le lièvre à la royale) qui valent des étoiles. Carte des vins à des prix humains.

15 rue Lamennais 75008 Paris. Tél.: 01 44 95 15 01. Menus au déjeuner à 90 euros, 220 et 275 euros (Caviar). Carte de 180 à 200 euros. Fermé samedi et dimanche.

Lasserre

Rénové, le restaurant sous le ciel de Paris n'a pas vieilli. Grand style culinaire. Carte en mouvement selon l'humeur du chef actuel, étoilé. Macaronis au foie gras et truffes. Vins d'anthologie.

15 avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris. Tél.: 01 43 59 02 13. Menu au déjeuner à 90 euros, dégustation à 195 euros. Carte de 130 à 190 euros. Fermé dimanche et lundi.

Fouquet's

Refait à l'identique, le grand restaurant cher aux gens du septième art semble éternel, la terrasse est très demandée et la carte de Bruno Guéret longue et variée. Thon cru, crabe royal et clubs sandwiches. Terrasses plaisantes aux deux repas.

99 avenue des Champs-Élysées 75008 Paris. Tél.: 01 40 69 60 50. Beau menu au déjeuner, au dîner menu Pierre Gagnaire à 86 euros avec du champagne. Carte de 90 à 130 euros. Pas de fermeture. Voiturier.

Chez Françoise

Rendez-vous des député·es, refait à neuf par Pascal Mousset, excellent connaisseur des parlementaires et autres fonctionnaires de la République. Salade de ris de veau aux girolles, poêlée de cabillaud à la sauge, sole à la plancha, pots de crème et une ambiance fraternelle et gourmande. C'est l'entre-soi des politiques.

Aérogare des Invalides 75007 Paris. Tél.: 01 47 05 49 03. Menus au déjeuner à 29 euros (du lundi au vendredi), 35 et 46,50 euros. Carte de 45 à 75 euros. Pas de fermeture.

Nicolas de Rabaudy

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