Sports

Coupe Davis: un saladier dans le potage (MàJ)

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.03.2010 à 9 h 03

Pourquoi il faut continuer à défendre cette compétition, qui a fait la légende du tennis.

Mise à jour: Samedi, la France s'est qualifiée pour les quarts de finale de la coupe Davis 2010 en battant l'Allemagne 3-0.Nous republions l'article paru à la veille de ce premier tour.

Jusqu'à dimanche, l'équipe de France de tennis affronte l'Allemagne au Palais des Sports de Toulon, cadre du premier tour de la coupe Davis 2010. Capitaine indéboulonnable depuis 1999, Guy Forget a la chance de pouvoir compter sur la presque totalité de ses meilleurs éléments représentés par Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Julien Benneteau et Michaël Llodra alors que Richard Gasquet fait banquette dans la peau du cinquième homme. Convalescent après une blessure, Gilles Simon n'était pas, lui, dans une forme suffisante pour pouvoir être choisi.

Tous les sélectionneurs des 15 autres pays engagés lors de ce tour initial du groupe mondial (la première division de la coupe Davis) ne peuvent pas se flatter d'être dans l'envieuse position de Guy Forget. Au cours des dernières semaines, les forfaits de marque ont été officialisés, en effet, les uns après les autres. Parmi les dix premiers mondiaux, ils sont six à s'être fait ainsi porter pâle ce week-end, soit pour des blessures avérées, soit pour des convenances personnelles. Manquent à l'appel, Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Murray, Juan Martin del Potro, Nikolay Davydenko et Andy Roddick. Excusez du peu. L'affrontement entre l'Espagne et la Suisse, qui aurait dû nous valoir un Nadal-Federer toujours réjouissant, est, par exemple, du coup totalement démonétisé.

Où va-t-elle?

Comme chaque année, à la veille du premier tour, le débat, qui avait existé en 2009, 2008, 2007... et qui poindra à nouveau en 2011, a agité la presse sportive. C'est même devenu un marronnier du journalisme spécialisé: mais où va donc la coupe Davis? La question n'est pas nouvelle, en effet. Elle affleure régulièrement à la surface du Saladier d'argent, ce bol à punch remis chaque année à l'équipe gagnante. Il y a près de 30 ans, déjà, l'Américain Jimmy Connors avait pris la mauvaise habitude de snober cette épreuve défendue, en revanche, mordicus par son compatriote John McEnroe. Trop individualiste, Connors détestait cette coupe Davis qui l'obligeait à se fondre dans un groupe et à mettre son ego de côté.

En 2010, il est toujours question d'égoïsme, mais il ne ressemble pas à celui de Connors. Aujourd'hui, la coupe Davis reste chère au cœur de champions comme Nadal et Federer (ils l'ont prouvé), mais elle n'est plus une priorité pour eux. Dans un calendrier surchargé, elle est devenue une variable d'ajustement. Elle ne vaut plus tous les sacrifices. «Si je joue ce premier tour de coupe Davis, ça veut dire que ça me coûte un Masters 1000 (l'un des neuf tournois les plus importants de l'année après ceux du Grand Chelem) parce que je n'aurais pas récupéré de mes efforts en Espagne», avait expliqué Federer à Melbourne lors de l'Open d'Australie.

Cinq jours après ce premier tour de coupe Davis débute, en effet, le Masters 1000 d'Indian Wells, en Californie, qui distribue de nombreux points pour le classement mondial. Federer a rapidement fait ses calculs: passer de la terre battue à une surface en dur en quelques jours, sans oublier les affres du décalage horaire, se serait soldé pour lui par un probable résultat décevant à Indian Wells et donc une mauvaise affaire au classement mondial. A ce stade de sa carrière, Federer, qui a tout gagné, en est toujours là: privilégier son classement individuel parce qu'il espère, en juin prochain, battre le record de Pete Sampras, n°1 mondial pendant 286 semaines sur l'ensemble de sa carrière. Un record dont veut s'emparer le Suisse, moins intéressé par le fait que son pays n'a jamais remporté la coupe Davis.

Calendrier

La coupe Davis est un problème pour beaucoup de joueurs car elle n'offre que peu de points pour le classement. Elle n'est guère rémunératrice. Et physiquement et mentalement, elle est très coûteuse avec trois éventuels matches en cinq sets sur trois jours et un stress démultiplié en raison de l'enjeu national, car il ne s'agit plus de jouer pour soi, mais pour son pays. En mars, la saison ne fait que commencer. Inutile donc de brûler si vite ses cartouches.

En dépit de ces avatars, la coupe Davis, épreuve née en 1900, a pourtant toujours bon pied bon œil. Financièrement, elle reste même une manne considérable pour la Fédération Internationale de Tennis, puissance organisatrice courtisée par les sponsors qui se pressent à sa porte. Cette semaine, Hewlett Packard vient, par exemple, de nouer un partenariat avec la compétition, signe de sa bonne santé économique et de sa permanence à savoir véhiculer des valeurs appréciées des annonceurs. Sur le plan populaire, la coupe Davis continue aussi de faire un carton. Les salles sont pleines, comme l'avait été, en fin d'année dernière, l'immense Palau Sant Jordi de Barcelone dont les 48 000 billets s'étaient vendus à la vitesse de l'éclair alors que l'issue de la finale entre l'Espagne, favorite, et la République Tchèque ne faisait aucun doute.

Jeux olympiques

Mais la Fédération Internationale n'est pas sourde non plus aux complaintes des champions et est prête à un très léger toilettage. Elle est consciente des difficultés de l'épreuve qui paye sans doute le fait que le tennis est redevenu un sport olympique depuis 1988. Voilà désormais la priorité nationale des joueurs actuels qui, contrairement aux plus âgés, n'ont jamais connu l'époque où le tennis n'était pas un sport olympique. Hier, la coupe Davis était cette occasion unique de défendre le drapeau. Aujourd'hui, les Jeux offrent le double avantage de représenter la patrie mais d'en tirer aussi une gloire toute personnelle.

Et pourtant, selon moi, rien ne vaut les émotions d'une coupe Davis. Qui n'a pas en mémoire la formidable finale de Lyon en 1991 quand la France était venue à bout des Etats-Unis, 59 ans après les célèbres Mousquetaires du tennis français? Comment ne pas frissonner au souvenir de la finale de Malmö en 1996 lorsqu'Arnaud Boetsch avait sauvé trois balles de match dans le cinquième set du cinquième match décisif contre le Suédois Nicklas Kulti? Avez-vous, en échange, un joli moment, depuis 1988, à vous remémorer des Jeux Olympiques où le tennis n'est qu'une discipline parmi toutes les autres et d'ailleurs très peu diffusée par la télévision? Je cherche, je cherche et je ne trouve pas.


Coupe davis91

 

Depuis janvier a ressurgi une vieille (et mauvaise) idée pour faire la peau à cette coupe Davis: la création d'une coupe du monde dans un lieu unique avec toutes les meilleures équipes réunies l'espace de deux semaines tous les deux ans. Une sorte de Ryder Cup du tennis, projet qui plaît tant aux anglo-saxons sauf que la Ryder Cup, ce rendez-vous de golf qui oppose les Etats-Unis à l'Europe les années paires, est un non événement dans la plupart des pays non concernés.

Cette formule de coupe du monde est très jolie sur le papier, mais elle supprimerait l'atout n°1 de la coupe Davis: les matches devant un public partisan. Quel serait, par exemple, l'intérêt de faire jouer un France-Allemagne à Sydney en supposant que la phase finale aurait lieu en Australie? Quels seraient l'engouement et l'implication d'un Australien pour une finale entre la Russie et l'Espagne? Néant ou proche du néant. Les télévisions y perdraient beaucoup.

Plutôt que de s'en prendre à une compétition qui a fait la légende et le succès de leur sport, les joueurs feraient mieux de s'attaquer (vœu pieux) à leurs cadences infernales parfois inutiles (et à leurs petits intérêts personnels) en se demandant notamment s'il est bon pour leur discipline que lors d'une même semaine, comme c'était le cas il y a quelques jours, se déroulent trois tournois en même temps: l'un à Dubaï, l'autre à Delray Beach, en Floride, et le dernier à Acapulco, au Mexique. En termes de lisibilité, on repassera. Le public s'y perd. Au moins la coupe Davis reste-t-elle un repère identifiable par le plus grand nombre. Par conséquent, il ne faut pas y toucher et continuer à la défendre.

Yannick Cochennec

Image de Une: l'équipe d'Espagne après sa victoire en Coupe Davis en décembre 2009, REUTERS/Albert Gea

Yannick Cochennec
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Journaliste
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