Parents & enfants / Santé

Comment le sentiment anti-vaccin s'est enraciné aux États-Unis

Temps de lecture : 2 min

En pleine rentrée scolaire et alors que les familles sont confrontées aux exigences médicales des établissements, les résistances à la vaccination à l'œuvre depuis plusieurs décennies rejaillissent.

Bien que la majorité des parents américains fasse vacciner ses enfants, les tendances anti-vaccins se confirment. | kfuhlert via Pixabay
Bien que la majorité des parents américains fasse vacciner ses enfants, les tendances anti-vaccins se confirment. | kfuhlert via Pixabay

Cela lui semblait inimaginable, mais c'est maintenant devenu monnaie courante: lorsque la docteure Elizabeth A. Comen emmène ses enfants jouer à l'aire de jeux de Central Park, des parents inquiets lui demandent si ses enfants sont vaccinés. L'oncologue leur répond naturellement par l'affirmative. Elle a elle-même soigné des patient·es souffrant de cancers liés au papillomavirus humain, cancers désormais évitables grâce à un vaccin.

Il est toutefois surprenant de constater que les États-Unis traversent une période marquée à la fois par des progrès scientifiques et médicaux étonnants et par une progression de la défiance à l'égard des vaccins. À tel point que l'Organisation mondiale de la santé envisage de retirer les États-Unis de la liste des pays ayant éradiqué la rougeole.

Plusieurs facteurs alimentent cette controverse autour des vaccins: internet permet à chaque personne de s'exprimer sur un sujet qu'elle ne maîtrise pas nécessairement, les grandes sociétés pharmaceutiques sont décriées, des célébrités ont maintenant plus d'influence en matière de santé publique que des médecins et le tout est couronné par le discours antisciences de l'administration Trump.

Bien que la très grande majorité des parents américains fassent encore vacciner leurs enfants, les taux de vaccination ont tendance à diminuer. Par exemple, le taux idéal pour prévenir la rougeole, maladie hautement contagieuse, est estimé à 95%. Or, pour la troisième année consécutive, les centres de prévention et de contrôle des maladies ont constaté que ce même taux n'atteignait que 94,3% pour l'année scolaire 2017-2018. Certains États tels que le Kansas et le New Hampshire ont même eu des taux de 89,1% et 92,4%.

Victimes de leur propre succès

Dans un sens, la vaccination a tellement bien fonctionné que la société a oublié à quoi ressemblaient les maladies potentiellement mortelles que sont la rougeole et la polio. «Les vaccins sont victimes de leur propre succès», déclare le docteur Paul A. Offit, coinventeur d'un vaccin contre le rotavirus, qui peut causer une diarrhée grave chez les jeunes enfants. «Nous avons largement éliminé la mémoire de nombreuses maladies.»

La pression sociale impliquant de contrôler tous les aspects de la vie de son enfant pousse les parents à questionner chaque information et à vouloir s'impliquer dans chaque décision. «Comme nous avons adopté une culture de parentalité individualiste, la santé publique est devenue difficile à vendre», affirme la docteure Jennifer Reich, sociologue à l'Université du Colorado à Denver qui étudie les familles résistantes aux vaccins.

«Le fait que le gouvernement leur ordonne de faire quelque chose renforce les théories du complot», ajoute Daniel Salmon, directeur de l'Institute for Vaccine Safety à Johns Hopkins. Avec tant de convictions différentes aussi profondément ancrées, il est devenu plus difficile que jamais pour les expert·es de la santé publique de concevoir des campagnes de vaccination positives.

Slate.fr

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