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L'affaire Epstein remplit toutes les cases de la théorie du complot

Temps de lecture : 5 min

De nombreuses personnes sont convaincues qu'il a simulé sa mort –pour s'enfuir, ajoutent d'autres.

 

Jeffrey Epstein à New York (États-Unis) le 8 juilet 2019. | HO / Palm Beach County Sheriff's Department / AFP
  Jeffrey Epstein à New York (États-Unis) le 8 juilet 2019. | HO / Palm Beach County Sheriff's Department / AFP

L'homme d'affaires nord-américain et milliardaire Jeffrey Epstein est déclaré mort dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan au petit matin du 10 août 2019.

Jeffrey Epstein avait été incarcéré pour trafic et conspiration de trafic sexuel, à la suite d'une longue liste d'incriminations aux États-Unis dès 2008 pour délinquance sexuelle, notamment sur mineures. Il risquait la prison à perpétuité.

Cette histoire réunit les ingrédients d'un scénario où se mêlent pouvoir, argent, drogue, corruption, recruteur international de fillettes et victimes mineures –sans oublier un cadavre. En bref, tous les éléments nécessaires à un roman policier sont réunis. Pour les personnes qui en ont fait le thème de leurs recherches, cette sordide affaire est un excellent cas d'étude pour couvrir une théorie du complot.

La «fausse» mort, scénario idéal

L'annonce de la mort d'Epstein dérange. Que ce soit un suicide ou un meurtre, cette évidence ne fait pas l'unanimité. D'après certains individus, il s'agit d'un complot fomenté pour le pousser au suicide, d'après les autres, pour l'assassiner. Une troisième version distille aussi l'idée d'un stratagème pour l'aider à fuir.

Cela ne paraît pas impossible. Nombreux sont les romans qui abordent la façon dont on peut se faire passer pour mort en ingérant des drogues qui simulent l'état cadavérique. Dans le roman Le Monarque, Jack Soren explique comment il est possible de s'enfuir de sa cellule en se glissant dans un cercueil qui s'ouvre hors les murs grâce à des complices.

Un célèbre roman d'Alexandre Dumas, raconte aussi de quelle façon des gardiens de prison pensent jeter à l'eau une dépouille alors qu'il s'agit d'un prisonnier qui s'échappe: Edmond Dantés, le héros, futur comte de Monte Cristo du livre éponyme.

Certaines personnes pensent qu'Epstein serait en fait en cavale grâce à un faux passeport car il était déjà en possession de ce type de document. L'annonce officielle de son suicide ou meurtre serait un leurre. Les jours passent. Les hypothèses conspirationnistes s'élaborent.

Le lois de la théorie du complot

Plusieurs principes sont importants pour élaborer une théorie du complot.

Le premier énonce les faits comme inéluctables: un pédophile est condamné, or l'homicide en milieu carcéral, surtout à l'encontre de ce type de criminel·les (avéré·es ou non) est connu.

Le second décrit la nécessité de réduire au silence cet organisateur de parties fines pour protéger d'autres personnes de pouvoir de possibles dénonciations.

«Je veux juste établir que je crois à 100% que Bill Barr a orhestré l'assassinat de the Jeffrey Epstein», a tweeté cette Démocrate.

La troisième condition est que cette action apparaisse sous un autre angle. Ici, le suicide n'en serait pas un. Cet acte serait un assassinat commis alors que deux gardiens dormaient. À la suite de cette apparente erreur professionnelle, ils auraient été suspendus.

La quatrième condition évoque le lien entre toutes les actions: l'emprisonnement, le jugement, la mort renforcent d'autant plus la thèse du complot.

La cinquième condition énonce que la critique doit accumuler les preuves. Dans ce cas, notamment sous l'intitulé «#EpsteinMurder», les charges diverses s'accumulent.

De nombreux noms sont d'ailleurs cités dans les documents judiciaires de plus de 2000 pages rendus publics par le FBI ainsi que des dépositions annexes contenant des témoignages pénibles à lire.

Angles spéculatifs

La réalité sociale de cette affaire défrayant la chronique s'examine sous tous les angles, notamment spéculatifs, mais aussi à travers ceux de la communication et de la psychologie. L'étude du cas Epstein rejoint des dossiers tels que ceux de l'alunissage, la mort de Lady Diana ou, le travail dans la base US 51 qui restent encore questionnés aujourd'hui.

Avec les faits décrits comme réels et validés par la justice, le suicide s'impose comme la première version donnée. Or les nombreuses remises en cause de cette théorie pointent plutôt vers le meurtre.

Des éléments étayent cette première hypothèse. Les avocat·es mentionnent que l'homme était en excellente santé psychologique et prêt à se défendre, ce qui mettrait à mal l'idée du suicide.

Cette stratégie de communication de complot ourdi en secret servirait-elle de diversion?

D'autres mentionnent la disparition rapide des gardiens de prison, suspendus de leurs fonctions. Enfin, sa mort supposée à l'arrivée à l'hôpital a été remise en question, contrairement à ce qui a été écrit. Selon cette version, des complices auraient pu l'assister dans sa fuite et lui forger une nouvelle identité.

Cette stratégie de communication de complot ourdi en secret dirige les cibles (le lectorat) vers deux strates complotistes. Serviraient-elles de diversion?

Relevons qu'à ce jour, aucune dénonciation de cet homme très public, s'affichant régulièrement avec de très jeunes filles, n'a fait l'objet de révélations.

Communication sans objet

Certes, le corps a officiellement été autopsié. Mais qui peut garantir que le cadavre présenté était bien celui d'Epstein et pas celui d'un autre, transporté de Manhattan à New York? L'affaire du corps de Ben Laden et les photos truquées de son visage soumis au jugement de tous, en plus des analyses ADN et des interviews des soldats présents pour témoigner de la réalité de sa mort, reste encore en mémoire.

Un autre élément vient appuyer cette seconde réalité. Epstein se piquait de sciences. Il espérait transcender la mort. Savait-il qu'un corps pouvait paraître mort cliniquement pour être ensuite ramené à la vie?

La seconde strate de cette théorie (la fuite du criminel) s'ajoutera si celle de l'assassinat manque d'éléments.

Epstein n'avait-il pas des contacts du genre de ce spécialiste en chirurgie esthétique, homonyme de son frère Mark Epstein? Ou l'un de ses enfants réels ou supposés susceptibles de l'aider et aujourd'hui recherchés?

La seconde strate de cette théorie de complot (la fuite du criminel) ne pourra sans doute se développer qui si la première strate (l'assassinat prémédité) n'est plus suffisamment fournie en éléments probants ou si certains communicants y perçoivent un intérêt.

Un débouché politique

Le contexte de la course à l'élection présidentielle américaine, qui aura lieu le 3 novembre 2020, peut apporter un éclairage sur cette thèse du complot simple (première hypothèse où Epstein aurait été assassiné) ou du complot à double réalité (seconde hypothèse où il aurait fui) par les dénigrements politiques.

Les questionnements, la réfutation ou la confirmation de complot participent à une véritable stratégie communicationnelle.

Trump, pourtant lui aussi mêlé à différents scandales, pourrait tirer ainsi profit de cet axe pour pointer du doigt l'ex-président Bill Clinton et ses voyages dans le Boeing 727 d'Epstein. Les archives de NBC montrent Clinton dans une vidéo de 1992 entourée de jeunes filles au côté du criminel.

Pourtant, l'actuel président nord-américain ne semble jamais avoir accusé le milliardaire. Trump a côtoyé Epstein mais pourrait, avec ce complot, défrayer la chronique, alimenter les rumeurs à l'encontre de ses adversaires, les diffamer, rappelant à l'Amérique du Nord les antécédents de l'affaire Monica Lewinsky et les liaisons extraconjugales du président démocrate. Continuera-t-il à utiliser ce scandale à des fins politiques?

Dans l'attente, les victimes veillent sur les rebondissements de l'affaire, les complices transpirent, le public nord-américain reste en haleine et des scénaristes de tous pays commencent à rédiger leurs scripts.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

Marie-Nathalie Jauffret

Frédérique Sandretto

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