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Sur Snapchat, du porno payant... mais jusqu'à quand?

Temps de lecture : 3 min

En échange de quelques euros, il est possible d'accéder au compte Snapchat «privé» de sa pornstar préférée. Mais la plateforme ne cautionne pas ce principe.

Let's talk about porn | Charles de Luvio via Unsplash License by
Let's talk about porn | Charles de Luvio via Unsplash License by

Sur les sites de cam comme sur leurs comptes Twitter, les travailleurs et travailleuses du sexe (option porno) ont de plus en plus recours à Snapchat pour augmenter leurs revenus. En échange d'une rémunération de quelques euros (ou de quelques tokens, la monnaie virtuelle utilisée sur un certain nombre de sites), le public peut avoir accès à un compte Snapchat interdit à celles et ceux qui n'ont pas versé leur obole. En échange, vidéos et photos explicites sont proposées, et même parfois quelques échanges.

Pour Aerie Saunders, actrice de X et camgirl, 90% des personnes de la profession tiendraient (ou auraient tenu) ce genre de compte premium non officiel. Interrogée par Wired, elle explique que c'est également un bon moyen de faire de la publicité gratuite (et même rémunérée) pour sa plateforme indépendante. Wired donne l'exemple d'Ashley Tea, performeuse qui compte environ 250 abonné·es payant·es, dont 35 avec qui elle échange régulièrement, «aussi humainement que possible».

Cette pratique a beau enfreindre les conditions d'utilisation du site, Snapchat semble avoir bien du mal à savoir comment la contrôler. Contrairement à Instagram, où le moindre morceau de téton féminin ou d'entrejambe est supprimé manu militari, le site au petit fantôme éprouve visiblement des difficultés à censurer ses utilisateurs et utilisatrices les plus olé olé. Le fait que les comptes en question soient privés contribuerait à rendre plus difficile la modération des contenus.

Pour une utilisatrice ayant souhaité rester anonyme, si les fans apprécient tout particulièrement ce genre de compte Snapchat, c'est parce que le ressenti est proche de celui d'une «girlfriend experience», service proposé par certaines escort girls, qui jouent le rôle de la petite amie de leur client le temps d'un dîner ou d'une soirée. «Cela crée un investissement émotionnel», explique cette femme dont le travail du sexe n'est pas le métier principal. L'impression d'accéder à l'intimité de la personne qui vous excite, le frémissement lorsqu'elle vous envoie quelques mots, tout cela crée fidélisation et fascination.

Les fournisseurs et fournisseuses de contenu premium réservé aux adultes marchent cependant sur des oeufs. Comme cette pratique est contraire aux principes de Snapchat, la publicité doit se faire de façon plutôt discrète. Il faut parvenir à hameçonner la clientèle sans pouvoir crier haut et fort que l'on tient un tel compte. «Je n'utilise pas mon compte Instagram pour dire "hé, payez-vous mon Snapchat pour 5 dollars!", sinon un de mes comptes va finir par être fermé», confirme Ashley Tea.

Épée de Damoclès permanente

La publicité se fait principalement via les sites de cam, où les performers proposent notamment d'ouvrir l'accès à leur compte premium en échange d'une plus ou moins grosse poignée de tokens. Ashley Tea confie même avoir augmenté le prix de l'accès à son compte afin d'éviter au maximum qu'une personne n'ait envie de payer que pour pouvoir ensuite signaler son compte à Snapchat. Ce qui entraînerait très probablement la suspension du compte en question, et donc la disparition d'une partie de ses revenus.

Le paiement ne se fait donc pas par Snapchat, mais par des moyens contournés. Outre les sites de cam, des plateformes dédiées aux sex workers indépendant·es (comme Indiebill ou Erotofix) permettent ce genre de transaction, mais prélèvent un pourcentage relativement élevé. Il semble assez compliqué de passer par des sites comme Paypal ou Venmo, qui refusent les échanges d'argent liés à l'industrie du sexe... et n'hésiteraient pas à garder l'argent lorsqu'ils ferment un compte.

Ashley Tea, qui utilisait Paypal jusqu'à ce que son compte soit fermé, vend désormais son Snapchat premium via l'un des sites de cam sur lesquels elle pratique son activité. Mais si le nombre de tokens versés par les utilisateurs correspond à une somme d'environ 50 dollars (45 euros), elle n'en touche que la moitié. C'est ce qu'elle appelle la «slut tax», ce qu'on se gardera bien de traduire pour ne pas blesser les yeux les plus chastes.

Pour Aerie Saunders et Ashley Tea, c'est vers 2016 que Snapchat s'est avéré être le plus lucratif. Une utilisation régulière des sites de cam serait dorénavant plus rémunératrice. Les deux professionnelles évoquent notamment le fait que certains consommateurs ont été échaudés, lorsque, après avoir appris par leur pornstar favorite du moment que son compte premium n'existait plus, ils ont reçu des réponses négatives à leurs demandes de remboursement.

Wired décrit l'irruption d'une plateforme comme OnlyFans, décrit comme une version «adulte» d'Instagram, dont les utilisateurs peuvent accéder à des contenus explicites et verser des pourboires, le tout de façon légale et réglementée. Grâce à OnlyFans, Ashley Tea affirme toucher entre 2.200 et 2.700 euros par mois lorsqu'elle est suffisamment active sur le site.

Reste que Snapchat continue à présenter des avantages, comme son ergonomie et la qualité des vidéos que l'appli permet de diffuser. Et puis c'est une appli populaire, que chacun·e peut avoir sur son téléphone sans éveiller l'attention de ses proches.

Chaque performer ne choisit pas la même méthode. Ce qu'il y a de certain, c'est que tous et toutes ont l'impression de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Récemment, Tumblr (plateforme de type blog) et Patreon (qui permet de financer des artistes pour pouvoir accéder à leurs contenus) ont expurgé le travail du sexe et les contenus explicites de leurs pages. Personne n'est à l'abri d'un durcissement de la politique menée par Snapchat, qui pourrait coûter pas mal d'argent à un paquet d'acteurs et d'actrices porno.

Slate.fr

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