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Ben Gourion était prêt à tout pour créer un État juif

Temps de lecture : 26 min

Question arabe, nationalisme, laïcité et sécurité sont au cœur des élections israéliennes de ce 17 septembre. Ces enjeux s'éclairent avec la nouvelle biographie du fondateur d'Israël par Tom Segev.

David Ben Gourion le 3 janvier 1947 à Londres. | INP / AFP
David Ben Gourion le 3 janvier 1947 à Londres. | INP / AFP

Un canyon grandiose. Un précipice immense. De l'endroit où je me trouve, je vois un désert spectaculaire et sans fin: une profonde vallée de couleurs blanches et ocres, un paysage à couper le souffle. Presque un décor de cinéma. C'est l'un des plus beaux sites du Néguev, à 160 kilomètres au sud de Tel-Aviv, et à une heure de route de la mer Morte.

Un drapeau israélien flotte au vent, gigantesque et fier, avec son étoile de David et ses deux bandes horizontales bleues. Je me trouve devant la tombe de David Ben Gourion, le fondateur de l'État hébreu, près de son kibboutz du Néguev, à Sde Boker. C'est là qu'il a vécu les dernières années de sa vie jusqu'à sa mort, dans un hôpital près de Tel-Aviv, le 1er décembre 1973, à 87 ans.

Tombes de Paula et David Ben Gourion. | Volland via Wikimedia Commons

Depuis longtemps, Ben Gourion avait fait du Néguev une véritable métaphore pour Israël. Sur ce sol désertique inclément, habité par des serpents venimeux et sous un soleil de plomb, il avait demandé aux Israélien·nes de venir habiter. «Si nous ne nous installons pas de manière ferme dans le désert, nous ne serons jamais ferme à Tel-Aviv», a-t-il déclaré dès 1948.

Le Néguev a toujours frappé son imagination, rêve sioniste le plus fou: bâtir une nation vierge sur le sable, dans un territoire (presque) inhabité. Ben Gourion sanctifiera toujours le travail manuel de la terre, allant jusqu'à inciter les Juifs à quitter les villes pour rejoindre les kibboutzim –un mouvement unique dans l'histoire. «Nous conquérons la Palestine en la développant», écrit-il au milieu des années 1910.

Une nouvelle biographie qui change les perspectives

C'est au fondateur de l'État hébreu que le grand historien israélien Tom Segev vient de consacrer un gros livre intitulé sobrement, dans sa version originale, David Ben Gourion –un ouvrage qui devrait devenir une des biographies de référence. Initialement publié en Israël et en Allemagne, il vient de paraître en anglais sous le titre: A State at Any Cost: The Life of David Ben-Gurion («Un État à tout prix: la vie de David Ben Gourion»; le livre n'est pas encore traduit en français).

Tom Segev est un Nouvel historien. On a regroupé sous cette expression un groupe de chercheurs israéliens qui ont profondément renouvelé depuis une trentaine d'années la connaissance de l'histoire de leur pays en rompant avec son idéologie officielle. Des auteurs majeurs comme Benny Morris, Ilan Pappé ou Avi Shlaïm appartiennent à ce courant. En dépit de grandes différences idéologiques ou méthodologiques entre eux, ces auteurs révisionnistes ont remis en cause l'historiographie officielle et les lieux de mémoire israéliens, notamment sur le sionisme et la question arabe, suscitant des polémiques durables. Aujourd'hui, leur travail est généralement respecté et considéré comme faisant partie d'un courant de recherche post-sioniste incontournable.

Tom Segev a, pour sa part, déjà publié Le septième million, sur «les Israéliens et le génocide», un ouvrage sur la guerre des Six Jours en juin 1967 qui a transformé le Moyen-Orient, ainsi que Les premiers Israéliens, consacré à la fondation de l'État en 1948-1949. C'est dire à quel point, au carrefour de ces thèmes, sa biographie de Ben Gourion était attendue.

Disons-le dès le départ: l'ouvrage est décisif. C'est une biographie de référence, conduite à l'américaine. Avec une précision d'horlogerie suisse, Segev se nourrit de tous les détails puisés dans les archives déclassifiées et des milliers de documents souvent inédits, qui apparaissent dans des notes de bas de page, elles-mêmes innombrables. En le lisant, on se sent en confiance car on connaît le sérieux de cet historien et sait que tout repose sur des faits précis. Paradoxalement, ce sérieux fait aussi la limite du livre: l'auteur n'y exprime aucune passion; il ne fait ni commentaire, ni description, ni portrait. Ce n'est ni de la narrative non-fiction, ni du storytelling. Les faits, rien que les faits, dans leur succession fiable et parfois ennuyeuse.

Lorsque je visite le kibboutz de Ben Gourion et passe du temps avec ses habitant·es, je comprends mieux Israël. La maison de l'ancien chef de l'État est modeste, son bureau et sa chambre plus encore. C'est l'un des derniers endroits du pays où l'on partage encore ses revenus, où l'on mange collectivement, où les enfants grandissent en commun, où l'idéal socialiste du premier Israël demeure une réalité, disparue presque partout ailleurs dans le pays.

La maison de Ben Gourion, transformée en musée. | יעקב via Wikimedia Commons

David Ben Gourion fut un intellectuel et un immense lecteur, ce que montre bien la biographie de Tom Segev et ce qu'atteste sa bibliothèque, spectaculaire, que je vois dans le kibboutz. C'est un homme de l'écrit, pas de l'oral: ses lettres, ses journaux, ses articles, ses livres représentent des dizaines de milliers de pages que le biographe s'est épuisé à consulter. Les livres constituent son plus important trésor et il en achète constamment, bien plus qu'il ne peut en lire, y consacrant, jeune homme, une part importante de son budget. Il les lit en allemand, en anglais, en français, en russe et, bien sûr, en polonais, en yiddish et en hébreu. Car il parle et écrit sept langues...

S'il s'intéresse à la littérature (Shakespeare, Goethe et Tolstoï notamment), sa bibliothèque montre bien ses centres d'intérêt majeurs: l'histoire, les biographies et les ouvrages militaires. Il n'a aucune idée de l'économie mais il lit les philosophes, mieux en tout cas que la plupart des responsables politiques de sa stature: il a longuement fréquenté Platon, Spinoza, Heidegger, Wittgenstein ou Popper, ce qui n'est pas donné à toutes les femmes et hommes d'État. Et le biographe de raconter la nature cocasse de ses relations avec les penseurs de son temps quand il s'efforce de leur parler philosophie et eux politique.

L'homme est aussi ce qu'on appellerait aujourd'hui un workaholic: il n'a fait que travailler toute sa vie. Il dort peu, passe ses nuits à lire (il fait chambre à part avec sa femme, comme l'atteste le lit minuscule à une place que je vois dans sa maison). Pour compenser, il fait parfois de micro-siestes dans la journée. Il commande ses livres à la librairie Blackwell à Oxford, parfois sans même régler les factures! Surtout, il a une volonté hors du commun qui lui permet d'élaborer des plans de vie qu'il respecte à la lettre: il décide d'arrêter de fumer et il arrête; il régule ses insomnies en lisant et en prenant des somnifères; il contrôle son énervement en troquant le café pour le jus de pomme. Il est, pour reprendre la belle formule de Victor Hugo, «une volonté qui va».

C'est un homme à femmes, à la sexualité parfois animale, un womanizer qui a multiplié les relations adultères.

Toujours vêtu avec attention, portant presque systématiquement une cravate, même en été sous le soleil du Néguev, il n'arrive jamais à une réunion sans être minutieusement préparé et il sait toujours, à l'avance, quelle position privilégier et quelle décision en sortira. Il est toujours ponctuel. Il prépare ses discours très en amont, même s'il donne l'impression d'improviser en les lisant; il parle longuement, sans humour, de façon égocentrique, parfois durant plusieurs heures. S'il n'est pas un très bon orateur, il arrive à convaincre par sa stature, sa détermination et en incarnant son rêve. Une critique, une attaque contre lui est simplement une attaque contre les intérêts vitaux d'Israël. Autoritaire, il sait néanmoins écouter d'autres points de vue, lorsqu'ils émanent de conseillers qui maîtrisent leurs dossiers à la perfection et qui partagent son sens de l'histoire.

C'est un homme à femmes, à la sexualité parfois animale, un womanizer qui a multiplié les relations adultères (pendant plusieurs années avec la journaliste Rivka Katznelson), mais il serait exagéré de dire, affirme Tom Segev, que les femmes ont été la grande affaire de sa vie. Lorsqu'il fera le choix de partir pour la Palestine, il le fera pour une femme, mais il suit d'abord son idéal sioniste. Et toute sa vie, il donnera la priorité aux affaires politiques sur les affaires familiales. Lorsqu'il devient Premier ministre, Paula, sa femme, n'a pas un rôle déterminant; elle le sert à table mais ne mange qu'une fois son repas fini. C'est une assistante qui le protège, partage ses idées et veille sur sa santé et son repos.

Le socialisme au service du sionisme

David Joseph Gruen est né le 16 octobre 1886 dans la petite ville de Płońsk, en Pologne. Selon Tom Segev, il s'est toujours senti juif plutôt que polonais. Son identité est claire dès sa jeunesse européenne: il parle yiddish avec sa famille et apprend l'hébreu; mais il connaît aussi le polonais et le russe. Orphelin de mère dès l'âge de 11 ans, Ben Gourion sera inconsolable toute sa vie de cette disparition précoce. Il évoquera souvent, en des phrases magnifiques, le souvenir de cette mère qu'il aimera éternellement, bien qu'il n'ait pas même conservé une photo d'elle. Son père vivra, lui, jusqu'à l'âge de 86 ans et une grande complicité les liera «même s'il n'y a rien qui puisse remplacer une mère», écrira-t-il.

Sa mère est morte de maladie; elle n'a pas été victime de pogrom. En fait, Ben Gourion n'a guère connu l'antisémitisme, insiste Segev; il n'est pas non plus croyant. L'historien analyse sa judaïté dans un essentialisme singulier et nationaliste. Son rêve israélien, nourri dès le tournant du siècle, ne s'inscrit ni dans une démarche religieuse, ni comme fuite face à l'antisémitisme: c'est un sioniste.

Ben Gourion adhère précocement à une idée, qui a pu lui être inculquée par son grand-père, grand défenseur de Theodor Herzl: le nouveau nationalisme juif.

Lecture de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël par David Ben Gourion, sous le portrait de Theodor Herzl, le 14 mai 1948 à Tel-Aviv. | Rudi Weissenstein via Wikimedia Commons

L'un des apports majeurs de la biographie de Tom Segev est de montrer que le socialisme de Ben Gourion, qu'il ne cessera de symboliser, apparaît en réalité inféodé à son nationalisme. «En fait, Ben Gourion a mis son socialisme au service de son nationalisme», écrit l'auteur. Il a grandi dans un milieu qui rêvait de Palestine et, avant lui, bien de ses amis de Płońsk ont choisi de partir pour la terre promise. Les lettres qu'il reçoit, d'ailleurs, de cette parentèle lointaine, jouent un rôle décisif.

En quittant Płońsk, David Joseph Gruen passe plusieurs années à Varsovie, où il baigne dans les débats à la fois socialistes et sionistes. Il y affronte notamment les Juifs antisionistes du Bund. C'est là que le futur Ben Gourion trouve sa voie, mi-socialiste, mi-sioniste, dans le mouvement marxiste des Travailleurs de Sion, Poale Zion –ce nom, en lui-même, est la quintessence de l'idéologie originale de Ben Gourion. Lequel dira de cette période: «J'ai ajouté le socialisme à mon sionisme.»

La mission du prolétariat juif est donc de s'établir dans un État indépendant à partir duquel on pourra parvenir à l'égalité de tous. Le pari est osé et il anime Ben Gourion dès sa jeunesse. Pourtant, Segev insiste encore une fois: ce projet socialiste est inféodé à son projet sioniste. L'avenir allait le prouver.

Le chemin vers la Palestine est enclenché. Le déclic aura lieu en 1906, sous l'impulsion d'une femme (Rachel Nelkin) dont le futur fondateur de l'État d'Israël est amoureux. Il émigre pour la suivre et, ce faisant, poursuit aussi son idéal. Il n'a pas 20 ans; il est encore mineur. Il débarque à Jaffa le 7 septembre 1906.

Ses premières années se passent à Petah Tikva, la première moshava, puis à Sejera en Basse Galilée. Bientôt, il troque le nom de son père pour un nom hébreu (Ben Gourion), une manière de rompre avec ses origines et son pays de naissance. Il choisit sa nouvelle identité. Sa nation, c'est déjà la Palestine.

Les lettres que le futur premier Premier ministre d'Israël envoie entre 1906 et 1919 à son père, et que Tom Segev utilise minutieusement, sont passionnantes. Presque chaque jour, ce jeune homme sans mère raconte à son père sa vie dans les moindres détails: il lui envoie des rapports sur le fonctionnement de la moshava, lui décrit la situation politique. Fondés sur le principe socialiste d'une égalité collective, les premiers kibboutzim dans les années 1910 apparaissent, sous les yeux émerveillés de Ben Gourion, comme de petites républiques juives. Il vénère ces fermes et ces villages communautaires et chante leur magie quasi communarde dans ses lettres à son père. Bientôt, la déclaration Balfour de 1917, moment charnière, change la perspective en autorisant le principe pour les Juifs d'établir leur foyer national en Palestine.

Arthur Balfour et sa déclaration. | דניאל צבי via Wikimedia Commons

Ben Gourion est d'abord un homme d'idées. Ce n'est pas un travailleur, il n'a pas vraiment cultivé la terre, et ce ne sera jamais, en fait, ni un économiste, ni un gestionnaire, ni un soldat. Ce qui frappe à la lecture de la biographie de Tom Segev, c'est sa nature profondément idéologique ancrée dans un incroyable pragmatisme. Dès son arrivée en Palestine, Ben Gourion comprend le pays, son climat, sa géographie et la dureté de ses conditions de vie (la malaria ne l'épargne pas). Il sait déjà qu'un idéal ne suffira pas pour créer un État. Il faut des moyens pour vivre, une économie et des ressources matérielles, il faut s'organiser –et construire. Bientôt, face aux tensions meurtrières avec les Arabes, il comprend qu'il faut aussi des armes.

Peu à peu, le nationalisme de Ben Gourion prend donc le dessus sur son socialisme. Les questions de défense et de sécurité, la nécessité pour les Juifs de Palestine de se défendre, deviennent ses obsessions. Il veut de l'argent pour acheter des armes; une éducation pour former des soldats; une armée pour protéger «la terre des Juifs».

C'est ainsi que commence la véritable carrière de Ben Gourion qui sera longtemps un redoutable diplomate. Dès 1915, il part pour les États-Unis, un pays qui va durablement changer sa conception du monde; les liens qu'il noue habilement avec l'Amérique demeurent cruciaux, plus d'un siècle après, et d'Obama à Trump, constituent encore le principal soutien à Israël. Au contact de ce qu'on n'appelle pas encore l'American way of life, les idées socialistes idéalisées de Ben Gourion vacillent. Tom Segev, qui a déjà publié un bon livre sur l'américanisation d'Israël (Elvis in Jerusalem) est remarquable ici dans son analyse et apporte des informations vraiment nouvelles. L'efficacité du capitalisme made in USA, le développement économique spectaculaire du pays, l'hyperpuissance américaine en gestation contribuent à l'amorce d'une révolution intellectuelle profonde chez l'homme venu de Palestine. L'économie de marché peut être aussi une source de développement, voire même d'une émancipation.

Il y a plus. Ben Gourion découvre, d'abord incrédule, l'intégration globalement réussie des Juifs aux États-Unis, où plus de deux millions vivent déjà et qui, dans leur grande majorité, n'ont aucune intention d'émigrer en Palestine. Sa conception du sionisme est mise à l'épreuve par cette découverte inattendue, qui le désespère, lui qui était venu pour collecter de l'argent en vue de l'émigration massive. Une nouvelle fois, son sionisme va prendre le pas sur son socialisme. Il reste ferme sur le premier, quitte à céder sur le second.

Ce faisant, il se marie. Sa femme, Paula Munweis, qu'il épouse en décembre 1917, n'est pas sioniste; c'est une juive anarchiste, de quatre ans sa cadette. C'est un mariage discret, sans fête ni voyage de noces. La famille de Paula s'oppose même à cette union, parce que Ben Gourion est sioniste. De telles tensions, assez incompréhensibles aujourd'hui, racontent bien l'atmosphère de l'époque.

Paula Munweis et David Ben Gourion en juin 1918. | Government Press Office via Wikimedia Commons

De fait, les États-Unis vont constituer l'une des matrices principales du modèle politique de Ben Gourion, se surimprimant à son socialisme comme à son sionisme. Toute sa vie, Ben Gourion continuera à se définir comme socialiste, mais il n'essaiera jamais de mettre en pratique la dictature du prolétariat: ses années américaines et ses réserves sur la révolution russe de 1917 (il passe à Moscou un séjour très décevant de quatre mois) l'ont durablement vacciné, le dissuadant de construire Israël sur un socle communiste. De fait, il sera «social-démocrate», résume Segev.

La matrice syndicale, la guerre, l'Holocauste

Ben Gourion est aussi, et peut-être d'abord, un syndicaliste. Élu à la tête du syndicat Histadrout, il contribue à faire de cette organisation de travailleurs une véritable colonne vertébrale du pays, base éducative, culturelle, sociale et médicale du futur État d'Israël et préfiguration de ses forces armées. C'est grâce à ce syndicat et, bientôt, à la création et à l'unification du parti Mapaï des travailleurs de Palestine, qu'il pourra devenir le premier Premier ministre d'Israël.

Mais encore une fois, si on suit les informations et les archives inédites révélées par Tom Segev, on comprend que Ben Gourion n'a qu'une seule obsession: bâtir une nation. Les classes sociales, les travailleurs, le syndicalisme, le socialisme ne sont que des instruments pour parvenir à cette fin. Et à chaque fois, lorsque le sionisme apparaît en contradiction avec le socialisme, c'est le premier qui l'emporte.

Pendant la Seconde Guerre mondiale et après la victoire des Alliés, la biographie de Segev devient plus passionnante encore, toujours factuelle et sans aucun storytelling. Deux sujets ici méritent d'être mentionnés: l'Holocauste et, déjà, la question arabe.

«Si je savais qu'on pouvait sauver tous les enfants d'Allemagne en les envoyant en Angleterre mais seulement la moitié d'entre eux en les envoyant en Palestine, je choisirais cette dernière option.»
Ben Gourion

Ben Gourion ne s'est guère intéressé à la Shoah. Certes, il emploie le terme précocement (le mot figure dans un de ses discours de 1934) et il a lu Mein Kampf dès 1933. Très vite, il dénonce la persécution des Juifs et les incite, pour se protéger, à rejoindre la Palestine. Mais il s'agit d'un argument politique sioniste, pas d'une prise en compte réelle des risques.

Tom Segev révèle que Ben Gourion contribue en 1936, en tant que président de l'Agence juive, au renvoi vers l'Europe de quelques groupes de Juifs européens installés en Palestine parce qu'ils étaient un fardeau, sans se soucier de leur sort. De même, en 1937, il laisse entendre qu'il préfère que les Juifs restent en Europe et n'émigrent pas en Amérique s'ils ne peuvent pas émigrer en Palestine (d'autres documents de la même période apportent des informations contradictoires).

En 1938, Ben Gourion affirme même publiquement: «Si je savais qu'on pouvait sauver tous les enfants [juifs] d'Allemagne en les envoyant en Angleterre mais seulement la moitié d'entre eux en les envoyant en Palestine, je choisirais cette dernière option parce qu'il ne s'agit pas seulement de prendre en compte le nombre d'enfants mais de tenir également compte de l'histoire du peuple juif» (discours devant le comité central du parti Mapai, décembre 1938). Tom Segev, qui semble consterné par une telle déclaration trouvée dans les archives, écrit: «En fait, Ben Gourion n'a pas eu à faire ce choix, ce n'était que pure spéculation. Il n'avait pas le pouvoir de sauver tous les enfants juifs d'Allemagne, ni même la moitié d'entre eux. Mais sa volonté de payer le prix d'un sacrifice humain aussi terrible pour atteindre les buts du sionisme correspondait à une position qui a toujours été la sienne depuis qu'il a mis les pieds en Palestine.»

Le nationalisme de Ben Gourion est finalement assez atypique, y compris par rapport à la tradition juive, selon Segev, parce qu'il est prêt au sacrifice d'innombrables Juifs si c'est pour servir son dessein de créer un État.

De manière plus générale, Ben Gourion sous-estimera longtemps l'ampleur du génocide, même après en avoir été parfaitement informé, en 1944. Ses discours de 1946 restent encore évasifs sur le sujet. On a même l'impression, à lire Segev, que seul compte à ses yeux le sort des Juifs de Palestine, pas celui des Juifs en général. Par la suite, Ben Gourion se montrera même ironique avec certain·es survivant·es de l'Holocauste qui viennent en Israël pour des raisons «égocentriques». Pour être ponctuelles et rares, de telles déclarations sont significatives.

Aussi paradoxal que cela soit, Ben Gourion pourrait confirmer ici, à son corps défendant, les hypothèses majeures d'Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem: le mouvement sioniste n'a pas fait de la protection de la population juive européenne sa priorité et l'idée de la création de l'État d'Israël primait sur la survie de celles et ceux resté·es en Europe. Aux yeux parfois cyniques de Ben Gourion, l'Holocauste risquait seulement de priver Israël d'une population dont le futur État avait grandement besoin. Tom Segev écrit cruellement: «Pour Ben Gourion, l'Holocauste était essentiellement une défaite du sionisme.»

En 1939, devant le Congrès sioniste à Genève, Ben Gourion critique encore sévèrement les Juifs restés en Allemagne ou en Pologne et qui n'ont pas voulu se battre. «Ne peut-on pas être courageux quelque part à travers le monde? Nous ne faisons pas partie de ce [that] peuple Juif. Nous ne voulons pas être ce type de Juif [that sort of Jew]

Les pages que Tom Segev consacrent à Ben Gourion entre 1940 et 1944 sont parmi les plus terribles du livre et les plus nouvelles.

Peu après les débuts de la guerre, Ben Gourion laisse entendre aux dirigeants de l'Agence juive que la protection des Juifs à travers le monde est maintenant «au-dessus des capacités humaines» et qu'il convient de s'occuper prioritairement des affaires locales. Il ne déviera jamais de cette ligne jusqu'à la fin du conflit.

Les pages que Tom Segev consacrent à Ben Gourion entre 1940 et 1944 sont parmi les plus terribles du livre et les plus nouvelles. Elles montrent un leader politique dans l'attente, impuissant sans doute, mais nullement engagé, au moment où s'accumulent sur son bureau des rapports qui décrivent, dès 1940, l'extermination systématique des Juifs d'Europe. Segev décrit un leader qui passe ses vacances au bord de la mer Morte, puis à Londres. Un futur chef d'État qui s'intéresse principalement à la lecture de Schopenhauer, Platon et Homère; qui prend des notes à partir de ses lectures historiques et apprend le grec ancien; un leader qui multiplie aussi les maîtresses[1].

«Je crois au pouvoir»

Et pourtant, les qualités exceptionnelles de Ben Gourion se confirment dès cette période, dans le travail, comme dans la stratégie: il a une «vision». Le talent de Ben Gourion n'a jamais été militaire, ni opérationnel (il n'a passé son permis de conduire qu'en France, en 1950): il est dans la simplicité pragmatique, l'organisation minutieuse, la négociation subtile et la diplomatie. «Je crois au pouvoir», dit-il. Il ne perd jamais de vue cette «vision», à laquelle il consacrera sa vie: bâtir l'État d'Israël.

L'essentiel de son action avant 1948 est diplomatique: il voyage constamment et fait du lobbying vis-à-vis de toutes les chancelleries. Turquie d'abord (la Palestine est sous contrôle ottoman jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale), Égypte ensuite (lorsqu'il est expulsé par les Turcs, alliés des Allemands, en 1914), Londres sous le mandat britannique, puis Washington. Ce faisant, il passe parfois plus de temps à l'étranger, notamment entre 1927 et 1933, qu'en Palestine.

David Ben Gourion et Yitzhak Ben-Zvi à Istanbul en 1912. | Фотограф не известен via Wikimedia Commons

Comme diplomate, Ben Gourion est un homme entièrement dédié à sa grande idée et les contingences matérielles importent peu. Il voyage toujours en troisième ou en seconde classe, dans des hôtels bon marché ou chez des militants. Mais c'est un fundraiser formidable, un développeur de réseaux infatigable et un guerrier dans l'âme. Son talent n'est pas seulement d'avoir imaginé de nouvelles idées, mais d'être arrivé à faire en sorte que ses idées se concrétisent.

Habile diplomate, pragmatique futé, il ne poursuit qu'un seul et même but: donner aux Juifs une terre et, bientôt, un État. Il se bât sans relâche pour accomplir la mission de sa vie contre les Turcs, contre les Anglais et bientôt contre les Arabes.

L'invisibilité des Arabes

C'est évidemment sur la question arabe que la biographie de Tom Segev était la plus attendue: les pages qu'il consacre à ce sujet sont essentielles –et nouvelles. L'auteur, comme il l'a montré dans ses précédents livres, défend un point de vue plutôt favorable aux Arabes, du moins si on le compare à la majorité des historiens israéliens. Il serait trop long de détailler ici tous les apports de son livre, mais ils sont décisifs, tant avant la création d'Israël (la priorité de Ben Gourion de remplacer les travailleurs arabes par des travailleurs juifs, les achats de terre, la sécurité des fermes) qu'après.

Mais que pense, avant 1948, Ben Gourion des Arabes? C'est le point capital et la réponse de Tom Segev est incroyable: pas grand-chose. Ben Gourion est à la fois dénué de tout racisme et, en même temps, les Arabes sont complètement invisibles à ses yeux. C'est simple: il ne les voit pas, ils n'existent pas. La présence de populations arabes en Palestine avant 1948 n'a jamais été un sujet pour lui; ils passent après son projet politique et, en cela, la question ne se pose pas.

Pour Ben Gourion, le «départ des Arabes» s'explique par leur manque de courage et par le fait qu'ils n'acceptent pas de sacrifier leur vie et leurs idées pour garder leur terre. Ils ne sont animés que par «la haine religieuse, la xénophobie, et les ambitions de leurs dirigeants». Il nie le fait qu'ils aient été forcés à fuir et minimise, après 1948, la question des camps de réfugiés palestiniens. Il pense surtout –et c'est fondamental– que les Juifs, et par la suite les Israéliens, sont du côté du «bien». Le caractère moral de l'armée israélienne et de l'État juif ne font pas de doute à ses yeux. Sans être fondamentalement religieux, Ben Gourion a pleinement assimilé l'idée du peuple «choisi», du peuple «élu», du peuple «lumière des nations».

Yitzhak Rabin et David Ben Gourion sur le front sud, pendant la guerre israélo-arabe de 1948. | Israel Defense Forces via Flickr

L'historien utilise d'innombrables documents sur la destruction des villages palestiniens, brûlés, bombardés ou éliminés («cleaning out») de leurs habitants, notamment en juillet 1948. Lorsque Ben Gourion est informé que des soldats israéliens ont pu violer des femmes palestiniennes, il se montre furieux et demande à ce qu'ils soient fusillés sur le champ («shot without mercy»). En général, Ben Gourion aurait en effet condamné les crimes de guerre commis par l'armée israélienne.

La création de l'État d'Israël est-elle à ce prix? C'est ce que pense Ben Gourion qui n'a jamais cru véritablement en la coexistence pacifique entre deux peuples sur une même terre. Il a défendu précocement l'idée d'une séparation des Juifs et des Arabes en deux territoires distincts. Mais il s'efforcera toujours, en fonction des circonstances et des victoires militaires, de faire grandir l'État d'Israël et d'élargir ses frontières, condition à ses yeux de l'existence d'une nation et de son développement.

Peu importent d'ailleurs les frontières et la place des Arabes: Ben Gourion veut un jour la Galilée et non pas le Néguev; un autre jour, il préfère garder le Néguev; en fait, il veut les deux. Parfois, comme en 1948, il affirme vouloir «conquérir toute la Palestine», «peut-être même jusqu'à Damas»...

Tom Segev trace minutieusement toutes les positions de Ben Gourion sur la question arabe. Est-il favorable à des échanges de populations, par exemple lorsqu'il fait accueillir les Juifs d'Irak et espère en retour que des Palestiniens seront envoyés... en Irak? Vrai. Espère-t-il des solutions pacifiques, avec une émigration volontaire? Vrai aussi. Privilégie-t-il les achats de terre? Vrai, souvent. A-t-il décidé de l'enrichissement de l'atome et de la possession de la bombe atomique pour permettre à Israël de se défendre dans un environnement très hostile? Certainement. Enfin, il a défendu bec et ongles l'interdiction de la peine de mort en Israël, même à l'égard des criminels arabes, ce qui pourrait montrer la persistance chez lui de quelques grands principes moraux.

«Combien petit est notre pays!»

On le sait: l'idée de l'État d'Israël est ancienne; elle s'inscrit dans la mémoire des siècles et dans une bataille concrète commencée depuis la fin du XIXe siècle. L'ouvrage de Tom Segev montre pourtant à quel point l'idée est neuve et combien elle doit au contexte de l'époque et à la vision d'une génération d'hommes, dont Ben Gourion fut le plus illustre. C'est la victoire d'une idée, la puissance d'une idéologie, la force d'une stratégie, le succès de courants politiques souterrains et peut-être d'abord l'opiniâtreté d'un homme animé par la force de sa vision et le sens des réalités.

Le 12 mai 1948, l'avant-veille de la déclaration d'indépendance, Ben Gourion survole en avion l'État d'Israël qui sera proclamé unilatéralement le 14, après le feu vert des Nations unies. Le vol prend trente-cinq minutes. «Combien petit est notre pays!», se lamente celui qui va prendre la tête de son État.

Le rôle de Ben Gourion dans la création d'Israël est naturellement central dans le livre. La discussion sur les frontières du nouvel État est, par exemple, intéressante car Ben Gourion fait le choix, dès le départ... de ne pas définir de frontières. Choix absurde d'un point de vue diplomatique; mais essentiel quant au futur de l'État hébreu.

«L'immigrant vient pour se servir du pays quand le pionnier vient pour donner au pays.»
Ben Gourion

Autre point capital des débuts de l'histoire d'Israël: le rapport à la religion. Ben Gourion n'est pas pratiquant et il s'est rarement rendu dans une synagogue. Il s'est forgé une idée personnelle de ce qu'on pourrait appeler «sa laïcité». Son modèle mixte est clairement celui des États-Unis, où la séparation de l'Église et de l'État est constitutionnelle (premier amendement), et il reste fasciné par le mythe du melting-pot: il rêve de l'agrégation des cultures et du «mélange des exilés». Ce qui passe par une forme d'acculturation: les nouvelles personnes venues, affirme-t-il devant la Knesset –le parlement israélien– doivent oublier d'où elles viennent, comme il a lui-même «oublié être polonais», allant jusqu'à changer de nom.

Sa religion est juive mais il n'entend pas l'imposer à tout le monde. Il n'a pas voulu interdire les importations de porc; il s'est opposé à l'établissement d'une université religieuse; il a refusé que les séances de la Knesset soient ouvertes par la prière d'un rabbin. Pour unir les Juifs et constituer une véritable nation, Ben Gourion fait confiance à deux matrices essentielles: l'esprit des pionniers d'abord (et donc les kibboutzim); l'armée ensuite; pas à Dieu.

Ses idées –pour ne pas dire ses préjugés– sur le mariage, où un Juif ne devrait pas épouser une non-Juive, et sa défense de la circoncision, tendraient à penser qu'il n'est pas non plus le défenseur d'un État seulement laïque. Ni athée, ni pratiquant, il est une sorte de spinoziste déiste. Surtout, il a construit son sionisme sur une lecture de la Bible hébraïque. Pour lui, le sionisme est une religion. C'est sa religion.

Mais sa laïcité ambiguë et socialisante tient compte également des forces en présence. Il doit faire des compromis avec les religieux. «Les relations de Ben Gourion avec les leaders religieux, écrit Segev, ont toujours été fondées sur quatre principes: premièrement, la nature des relations entre la religion et l'État ne doit pas être définie par la loi; les débats théologiques doivent être évités au maximum et les différences fixées politiquement. Deuxièmement, il n'y a pas de symétrie entre les Juifs religieux et les Juifs séculaires. [...] Le troisième principe, c'est que l'État doit offrir des enseignements et des services religieux à ses citoyens croyants, quels que soient leurs affiliations politiques. [...] Enfin, le quatrième principe est qu'il est plus facile de travailler avec des leaders religieux quand ils font partie du gouvernement plutôt que s'ils forment une opposition religieuse.» Dans la vision de Ben Gourion, toutes les forces en présence participent à la création du nouvel État. Il n'est pas plus question de créer un État religieux que de s'aliéner les religieux. De fait, Ben Gourion valorise les compromis, au risque de ne pas avoir de séparation claire entre l'État et la religion. Un flou qui demeure jusqu'à aujourd'hui.

Ce qui frappe également dans cette forme de laïcité et ce modèle d'intégration à plusieurs vitesses, c'est le peu de considération dont semble témoigner Ben Gourion pour les autres religions et, même, pour les autres Juifs qui ne sont pas, comme lui, des Ashkénazes venus d'Europe de l'Est. Avant 1948, et souvent après, les Séfarades n'existent guère plus à ses yeux que les Arabes, sauf exception (il en parle comme de simples «matériaux humains», et même parfois de «bad human material», ou comme des «Juifs primitifs»).

Cette conception très étroite du peuple d'Israël est surprenante. La Palestine ne doit pas accueillir «n'importe quel immigrant mais des pionniers». Et Ben Gourion d'argumenter: «L'immigrant vient pour se servir du pays quand le pionnier vient pour donner au pays.» Celles et ceux qui n'entrent pas dans son projet sont invisibles à ses yeux: les Arabes d'abord, mais aussi les Séfarades ou les personnes âgées. Quant aux Juifs de la diaspora, en particulier celles et ceux qui n'ont pas l'intention d'émigrer en Israël –il pense sans doute à ces Américain·es qui l'ont profondément déçu– Ben Gourion les méprise profondément. Dans son système, il n'y a pas de salut pour les Juifs hors Israël.

De là une certaine dichotomie entre «deux tribus» et «deux peuples»: les Juifs d'Europe centrale et orientale et les Juifs d'origine arabe. Il ne fait guère confiance à ces derniers pour être de bons soldats, ni défendre leur nouveau pays.

Et pourtant, Ben Gourion célèbre tous les individus qui migrent vers Israël avec la même jubilation. Chaque vague d'immigration est fêtée et, au début des années 1950, il fixe un minimum de quatre millions de Juifs comme «question de vie ou de mort pour Israël».

Pour relativiser ses positions, au demeurant fluctuantes, il faut enfin rappeler que Ben Gourion n'a pas toujours été fidèle à ses propres préjugés –heureusement, serait-on tenté de penser. Son action en faveur des Juifs yéménites, par exemple, montre un homme qui fait tout pour les sauver (cette épopée est connue mais le récit que Segev en fait est passionnant).

Cinq millions de Juifs dans le Néguev

Vingt cinq ans après la création de l'État d'Israël, la guerre du Kippour marque la fin du rêve israélien tel que Ben Gourion l'avait imaginé. Dans les années qui vont suivre, la paix improbable va devenir possible, notamment avec l'Égypte. La démographie israélienne va changer fondamentalement. Les guerres israélo-arabes vont se transformer en conflit israélo-palestinien. Les deux chocs pétroliers vont changer également la nature du Moyen-Orient et des relations internationales. Bien des idées de Ben Gourion ne seront plus pertinentes dans l'après-1973.

À la veille de ces mutations, et à la fin de cette guerre du Kippour, Ben Gourion meurt, le 1er décembre 1973, à 87 ans. Les sirènes retentissent dans tout le pays pour marquer son décès. Son corps est exposé dans l'enceinte de la Knesset qu'il a contribué à bâtir, avant d'être transféré en hélicoptère dans le kibboutz de Sde Boker, au milieu du Néguev qu'il a tant aimé.

Dans ses plans de chef d'État encore sans État, Ben Gourion imaginait, déjà en 1948, que «cinq millions de Juifs pourront vivre là [dans le Néguev, ndlr]». L'armée israélienne allait effectivement conquérir cette terre et même rejoindre Eilat, sur la mer Rouge, le rendant euphorique à l'annonce de cette nouvelle. Et même s'ils ne sont pas cinq millions à vivre dans ce désert aujourd'hui, David Ben Gourion, lui, y repose pour l'éternité.

1 — On peut relativiser ces pages graves qui concernent 1940-1944 en tenant compte d'une part du contexte et des informations parcellaires dont Ben Gourion pouvait disposer à l'époque sur la réalité du massacre systématique des Juifs, ainsi que, d'autre part, de son action sur le front diplomatique en Angleterre et aux États-Unis pendant la guerre. On doit tenir compte également de l'étroitesse de sa marge de manœuvre alors qu'il était placé sous surveillance étroite par les services secrets britanniques, Tom Segev nous révélant qu'il était sur la liste des personnes les plus recherchées par les Anglais. Retourner à l'article

Frédéric Martel Journaliste et chercheur

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